SCENE PREMIERE
ALIFE , BONELLO.
BONF.rj.O.
Miséricorde !.. quelle nuii ! as-tu entendu ce coup de tonnerre ?
ALIFE.
Par la madone de Caldora , les morts même l'ont entendu. Depuis que je sais conduire une barque et jelier des filets, j'ai essuyé bien des ouragans , luais je n'ai rien vu que je puisse comparer à cette horrible tempête !..
BONELLO.
Ni moi , non plus. Encore devons-nous remercier le ciel de ce qu'il n'a pas permis que nous lussions embarqués 3 que serions-nous devenus avec notre chétive nacelle !..
A LIFE
Et ce vaisseau que j'apperrus hier à la clu*ue du jour j il est perdu s'il n"a pas profité de la brise pour s'éloigner de nos côtes.
BOKELLO.
Paix \. . n'entends-tu pas ?. .
ALiFE.
Rien , et toi.
BONELLO.
J'ai cru distinguer comme un gémissement!., liens , écoute.
ALIFE.
En effet , c'est de ce côté.
BONELLO.
Oh ! j'ai l'oreille fine , surtout quand la peur... Bertram . x
Ar.IFE.
Quelque mallicurcux qui peul-ètre a besoin de secours .. je vais essayer !..
EONELLO.
Reste clone. Ce n'est pas là une voix humaine, et lu sais que la nuit , aux environs de ces ruines , on dit...
AI/iFE.
Ne me suis pas , si tu craius quelque chose. Mais que pensei'ait de moi notre d'guc Solii^iire, si je laissais périr un malheureux , qu'il est peut-être en mon pouvoir d'arvaclier à la mort. Attends-moi là. ( élevant la voix en sortant ). Courage, courage , on va vous porter du secours. ( il s'éloigne j et peu Ç.VCU on cesse de l'entendre. L'orage redouble ).
SCÈJNE il.
BONELLO , ensuite LE SOLITAIRE.
BONFJ.LO.
L'imprudent !.. il me laisse seul , moi qui ne visite ces ruines qu'en tremblant, même lorsqu'il fait grand jour !.. il faut avoir une conscience aussi tranquille que notre bon Solitaire pour oser habiter un pareil séjour, où depuis longtemps les esprits, les revenaus... eh! mon dieu! j'entends du bruit... on approche !.. si c'était !.. je tremble au point de ne pouvoir me soutenir... grand Saint-Nicolas , Sainl-Babylas , Saint-Auselme ; prenez pitié de moi.
LE SOLITAIRE, sort des ruines et s'avance en écoutant.
J ai cru entendre I
BONEL[.o , à genoux.
On avance! c'est un fantôme!., je viens de le voir à la lueur des éclairs!., grâce! grâce !..
LE SOÎ-ITAIKE.
C'est toi , Bonello!..
BONEl LO.
Quelle voix !.. csi-il possible ?.. c'est notre digne Solitaire.
Lîî SOLITAIRE.
Viens- tu donc près de moi chercher des consolations ? hélas, je ne puis ({uc prier avec toi ; ce moment est aftVcux , la niémoire de rUoninie ne peut s'en retracer de semblable.
IlONFLLO.
Coiuncnt vous èies-voas trouvé pendant cctle horrible nuit ?■.
LE SOLITAIRE
Comme nn homme que la crainte n'a pas rendu insensihlo aux peines cVautrui ; je me suis incline devant Tautel pour les malheureux sans asile qui sont exposés aux foudres du ciel eu courroux ; pour le voyageur égare dans les montagnes ébranlées par l'orage ; pour le marin, abandonné à la merci des vagues périlleuses , jusqu'à ce que le dernier coup , qui grondait sur ma tète , me forçat de crier miséricorde pour moi-même.
BOAELLO.
Oh 1 ce n'est pas seulement un orage ; non , ce n'est pas là un orage ordinaire... les esprits , les démons...
LE SOLITAIRE
Paix! paix!., n'ajoute pas aux horreurs de cette nuit, les horreurs encore plus terribles de les craintes impies: c'est la main du ciel et non celle de l'enfer qui pèse sur nous : et des pensées comme les tiennes la fout appesantir plus rudement encore. ( Bonelîo se retire à l'éart).