‹ Bertram: ou, Le pirate; mélodrame en trois actesChapitre 21 sur 47 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

IMOGÈNE , ensuite BERTRAM.

IMOGÈNE

D'où peut naître l'intérêt que cet homme m'inspire ? je ne sais , mais ses cris de douleur retentissent sans cesse à mon oreille ! je l'attends et mon cœur semble battre avec plus de violence !.. ah ! si , comme moi , il porte une amc désespérée, je ne veux pas le tromper par un seul mot de consolation.

( Bc.rtram s' avance à pas lents , les bras croises , et les regards fixes sur la terre ).

11 approche !.. un objet semblable à cet être mvstérieux m a poursuivie dans mon sommeil... serait-ce encore ?..

( La lune en ce moment semble voilée par un nuage et Jie répand plus sur la scène qu'une Jaihle lumière ).

( Bcrtram parvient au bord du i/iédtre j, et reste sans regarder J inogcne ).

J ai désiré te voir séparé de tes compagnons , dans la crainte que tu ne fusses importuné par leur joie bruyante. Ta fortune serait-elle anéantie par ce naufrage?., mon or...

On me comblerait en vain de toutes les richesses de l'univers.

IMOGENE.

Alors je devine ton malheur : ton cœur est enseveli dans les flots impitoyables, avec une amie adorée ou uu frère chéri ;

ton lime a péri là !.. je te plains , infortune^ c'est tout ce que je puis faire. Je pouvais te donnei" de l'or , mais je ne sauruis donner de la cens.' laiiou , car je suis inconsolable aussi. LERTRAM .frappant SOJI cœur.

R"ea ne peut calmer les tourmens qui me déchirent.

IMOGÊNE.

Ton extérieur est eiraiige , mais tes discours le sont encore davantage , dis-moi , cependant, ta famille... ta patrie...

ïjERTUAM.

Qu'importe! les malLeureux n'ont point de patrie : une pairie... c'est une demeure fixe , de tendres parens , des amis gj'néreux , des lois protectrices , tout ce qui unit riiommc à ihomme. Je n ai rien de tous ces biens j je n'ai point de pairie, point de f.anille.

imoGENE,

Je trenjble do l'entendre. Il y a quelque chose de solennel dans sa voix. Les souvenirs se pressent sur mes esprits... puisque mes secours ai mes larmes ne peuvent te soulager , adieu, adieu ! et quand le sentiment de la misère te conduira au pied des auu Is , n'oublie pas de prier pour une femme encore plus à plaindre que loi.

LEt'.THAM.

Attendez, dame généreuse, il est important que je vous dise er.core quelques mots. (Iniogène ejfrajée veut se retirer^ Ileste ! lu ne me quitteras pas !

iMOcixE.

Je ne te quitterai pas?., qui es-tu?., parle 1

EERTHAM.

Et dois-je parler encore?., il y avait jadis une voix que tout le monde , excepté loi , pouvait oublier j et tout le monde, excepté toi , pouvait être pardonne pour cet oubli.

IMOGÊNE.

Qu'entends-je?.. o Dieu ! non... non !.. ces cheveux noirs, ce visage basané, ce regard farouche... pourtant cette voix... mais cela est impossible... il aurait prononcé mon nom.

Imogène !..

( l'endaiU la fin de sa phrase ^ elle s'est approchée de lui insensiblement en tremblant; et quand il prononce son nom , elle jette un cri ).

IWOGÊNE.

c'esi lui :

BEUTP.AM.

Imogène... oui , dans cet état de pâleur et de raort , tu peux cire pressée contre ce cceur désolé.. . c'est ainsi que niainlenant je veux te voir pâle , évanouie , inorie pour la nuiure cuiièie, comme pour Bertram. ..

IMOGÈNE , revenant à elle ^ sortant de ses bras.

Sauve-loi , sauve-toi , tes ennemis sont ici.

BEKTHAM.

luiogf-ne! pourquoi te trouves-tu dans ces murs ? Que faisti; d-:iu.> le paUsis d'Aldini ? une lueur infernale éclaire n^iOU esprit... juie que le luisard ou la fv)rce l'a conduite ici ! lu ne saurais être... non!., mon cœur se gondt; d'angoisses : l'enfer n'a point de tourment plus aflVeux , oh! non... non... non... tu n'as pu me irotiiper.

IWOGÊ.NE.

Je suis l'épouse d'Aldini , je lui ai donné ma main pour sauver un père mourant de l^tsoin.

L'épouse d'Aldini !..

Mandts-moi j consoaiine riiorrible fatalité de ma vie, car jclépocjai , accablée de dése>poir et poursuivie par d'affreux présages ; cet hymen ne u;'a jamais promis que le malheur , il n'y manquait que la malédiction de Beiiram. BEriTRAM , sans la leganler.

Parler de son père ! mais un père pouvait-il aimer comme moi ? l'être le plus misérable de la terre , chérit au moins une pensée, qui rend son triste cœur le sanctuaire de quelques lèves consolans , et dans lacpielle il se réfugie pour verser de douces larmes. C est ce ([ue tu étais pour moi... et tu es perdue ! dans le besoin , dans ht guerre , dans cVefïVoyables hasards, je me suis quelquefois étanué de devenir humain , rien que de penser à toi. Imogène auraii tremblé pour mon danger, Imogène aurait versé du baume sur mes blessures , Imogène aurait cherché mon corps parmi les morls et l'aurait bientôt reconnu... et tu étais épouse... épouse... n'y avaii-il pas d'autre nom pour te flétrir , que celui d'épouse de mon éternel ennemi. Ai-je échappé à la guerre, à la misère, à la famine , pour périr par la perfidie d'une femme !

IMOGÈNE

Epargne-moi , Beriram 3 oh ! pour ton propre salut... Bertram . 4

La vengeance d'un despote , la malédiction d'un pays ingrat, l'abandon des faux amis que celle main libérale a nourris , la puissance de mon cœur avait triomphe de tout ! un seul irait mortel devait m'alteindre , et c'est ta main qui l'a dirigé 1,.

i:»iugÈne.

Tu n'as pas entendu les cris de mon père! ô ciel ! point de nourriture, point de vèteraens , point d'asile ! combien j'avais loiJ-^^nqîs imploré le secours de la providence , avant que mon âme égarée par l'excès du désespoir , put endurer la pensée horrible d'eu épouser un autre 3 il ti^llait m'unir à lui , ou voir mourir mou père.

Tu trembles que je ne te maudisse !.. Ne tremble pas ; qiu)ique tu maies rendu le plus misérable des hommes , je ne veux, pas te maudire! écoute la deruièie prière du cœur déchiré de Bertrain , de ce cœur brisé par loi seul , et non parses emieinis. Puisses-tu satisfaire, dans toute leur étendue , à la vanilé de tes désirs ! puissent la pompe et l'orgueil remplir ton àme jusqu'à ce que tu sois dégoûtée de leur néant 1 puisse celui que lu as épousé être bon et géiiérens envers toi , jusqu'à ce que lou cœur, poignardé par sa noble teudresse, succombe aux. reaiorJs de ta periidia^î puissent les sourires de ton enfant déchirer le sein d'une uière mfortmiée , qui ne peut pas aiuier le pci'e de soii enfant! et dans la splendeur de tes banquets somptueux , quand tes vassaux s'agenouillent devant toi , et que tes parens sourient de satisfaction autour de toi, puisse l'ombre de Beriram apparaître et te rappeler tes sermens rompus , en criant : salut et joie à lorgueiileuse dame de Caldora , tandis que ses ossemens blanchiront aux pieds des tours de lou château. IMOGÈ^E , It; retenant.

Attends.

BEUTHAM.

Non.

Tu as un poignard.

IMOGEiVE.

Non pas pour une femme.

IMOGÈNE , se trainani. à ses genoux.

Je n'ai jamais fait d'aulre prière que de mourir près de loi. mais ces affreux reproches...

BERTRAM , sc retournant.

A mes pietls !... Iiuogèiie'... Va . je te pardonne du fond de mon à me.

Page 1