SCÈNE XII
IMOCÈXE , d'abord seule , ensuite BERTRAM.
im<;gfn£.
C'en est fait , chaque instant me rapproche de l'abîme creusé sons mes pas, et bientôt je serai forcée de m'y précipiter ! . . O ! Beriram , Bcrlraui !.. voudra-l-il suivre mes conseils? voudrat-il s'éloigner de ces lieux!.. Mais, ([ue dis-je !.. en aura-l-il le temps?., si déjà mon époux!.. J'entends lep^s de quelqu'un!.. Serait-ce une illusion?., oh! non! il ressend)le au bruit qui tant de fois a retenti dans mon cœur agité. .. C'est lui. ( Bertram entre, sa démarche est lente et son front est sévère; Irnogenecoiitinuc). Approche, c'estnn crime pourinoi de te revoir encore, et cependant je ne puis m'occuper que des dangers qui te menacent j sauve-toi, dans \i\\ instant peut-être, il ne sera plus temps. Plût au ciel (]ue tu ne fi!ss(>s point entré dans ces murs, ou que lu en fusses part) plutôt ! Mon dieu! il ne me regarde pas? ponrcp.ioi vicns-iU , quel projet l'amène? je te coiiuais... c\si du mal... niais quel' dessein...
( Une pause pendant laquelle elle regarde fixement ), Ne peux-tu le lire sur mon visage ?
IMOGEiNE.
Je n'ose... un nuage d'idées jjinislres me dérobent îa pense'ej mais ce que mes craiiiles me font voir indisiinciemcnt me glace d'cllVoi. ( Elle se retourne ).
Ne vois lu rien à mon silence?., ce que ma bouclie ne dit pas , s'annonce de soi-même.
IMOGENE.
Mes sens abattus n'ont plus qu'un objet de crainte ; ils re» douteul d'être obligés à penser. . .
BERTRAM , tirant son poignard.
Où est Aldini ! l'aurore ne doit pas nous trouver vivans tous deux !
IMOGÈNE , jette un cri.
Grand dieu !..
BERTRA!M.
Ecoute ; Aldini a <;^usé tous mes malheurs : il m'a ravi mon rang, mes biens, il m'a banni ce ma patrie: c'est par lui que je suis maintenant le dernier des hommes ; je lui dois jusqu'aux crimes que j'ai commis!... tu m'as trahi pour devenir son épouse ! et cependant je n\e serais abaissé devant lui comme un coupable repentant, car je l'avais injurié et l'injure mutnelle aurait peut-être afFranehi mon cœur de la haine qui le dévore, mais il a voidu me réduire au dernier degré du désespoir! jJ a proscrit ma tète !.. il veut que je paraisse en sa présence pour marquer sa victime et la livrer à ses ])0urre.'5ux! eh ! bien, ce projet allreux ne saccomplira pos!.. Et puisque l'épce de Ijcriram ne peut plus se mesurer contre celle d Aldini , le poignard du ])iindit décliirera son cœur.
IMOGENE , se jettant au-devant de lui.
Retire-toi... ne me résiste plus !.. Mes cris vont remplir le cluUcau , et la perle est assurée»
eertrAM.
Tes cris ! s'ils révèlent mon secret , ils proclameront aussi le tien. Va, qu'ils reieniis.scnt jusqu'à l'oreille d'Aldini , je le veux. Qu'il sache que lu trahis son amour pour celui qu'il appelle un brigand!
IMOGENE, .
N'impox'le I qu'il me maudisse et que je sauve ses jours! ja
^ois sciliffrir , je m'y suis condamnée ; mais je ne partagerai point l'horieur de tes forfaits. Eloigne-toi , éloigne-loi , ou mes cris vont devenir le signal de la mon.
Il n'est point de menace qui puisse^ enchaîner ma fureur î
laisse-moi.
I MO GENE
Eh ! bien , ne sois point sourd à mes prières , je tombe à les genoux. Songe que c'est moi qui lai donné un asile 5 le sang que tu verserais retomberait sur ma tête. Bertram , prends pitié de moi !..
r)ERTP. \1ÏT.
Non ! mon cœur est comme lacier que je presse dans ma main !
IMOGENE.
Non , Bertram , tu ne peux être insensible à mes pleurs , à mes sanglots. Bertram!.. Beriram!.. je l'en conjure , prends pitié de la malheureuse Imogène !
BERTRAM , avec efjort. Eh ! bien, vois quelle est ma faiblesse, je consens à te sacrifier ma vengeance!..
IMOGENE.
Se peut-il ?
Oui , mais j'exige que tu abandonnes à jamais ton odieux époux! il t'aime ! je veux q\i'il sache ce qu on souffre en perdant l'objet qu'on adore! il faut que lu renonces aux honneurs, à la fortune, pour partager ma honte et ma misère !.. Viens , suis- moi , mes gens se sont assui-és d'une barque !.. Cherchons un rocher , où loin des hommes , nous puissions n'exister que pour uous.
IMOGENE.
Que me proposts-tu ?
Viens ; à ce prix seulement , je puis épargner sa tête !
IMOGENE.
Abandonner mon époux et mon fils !.. Jamais!,.
BERTRA.M.
Tu me refuses !