‹ Bertrand Barère, 1755-1841Chapitre 2 sur 30 · A LA SOCIÉTÉ AMICALE DES HAUT-PYRÉNÉENS · texte numérisé non relu

A LA SOCIÉTÉ AMICALE DES HAUT-PYRÉNÉENS

Par a. SOUVIRON

De Bngnères-de-Bigorre, ancien Président de la Société

Mes ghers Compatriotes,

La plupart d'entre vous ont eu le plaisir d'assister ici Tannée dernière à une conférence de notre distingué président sur les personnages les plus célèbres de notre département. Parmi ces personnages, M. Ducuing n'a eu garde d'oublier Bertrand Barère. Il a tracé en quelques mots les grandes lignes de la vie si agitée du fameux conventionnel ; et, tout en recueillant les appréciations peu bienveillantes de quelques historiens, il a eu soin de nous signaler les liens de reconnaissance qui doivent nous attacher à son souvenir.

Quelques-uns de mes amis, sachant que je me suis occupé depuis plusieurs années de recherches biographiques sur Barère, ont pensé que ce sujet est assez vaste pour motiver une seconde causerie. Je ne sais si

elle vous intéressera autant que la première. Je compte sur votre bienveillance accoutumée pour ne pas établir entre mon éloquent prédécesseur et moi une comparaison qui serait toute à mon désavantage.

Barère est peu connu, ou plutôt il est mal connu. Je ne sais quel est le grand homme dont on a dit — c'est peutêtre Napoléon — qu'il a fait trop de mal pour en dire du bien, et trop de bien pour en dire du mal. Barère est un des hommes publics dont on a dit le plus de mal et le moins de bien. Il m'a paru que cette proportion devait être renversée. Mais si une étude attentive et documentée de la vie de Barère m'a donné cette conviction, je ne prétends pas vous la faire partager dans une causerie d'une heure ou deux. Il ne s'agit pas de formuler en ce moment un jugement sur le caractère et sur la conduite politique de Barère. Plus tard, j'exposerai peut-être mes idées personnelles à ce sujet, idées qui diffèrent notablement, je vous l'avoue, de celles qui ont cours chez la plupart des historiens de la Révolution. Je me contenterai aujourd'hui de vous faire connaître les événements les plus saillants auxquel Barère s'est trouvé participer. Sur la plupart de ces événements, les ennemis de Barère ont fait l'obscurité et répandu le mensonge. Je veux essayer, au moyen de documents irréfutables et de témoignages faciles à vérifier, d'y apporter un peu de lumière et de vérité. Ainsi que le remarque, avec beaucoup de raison, M. Hippolyte Carnet (1), on ne saurait mieux repousser

(1) Notice histowique sur Barère y par H. Camot, p. 18. L'auteur de cette notice, qui a été imprimée en tête des Mémoires de Barère ^ avait reçu de Bertrand Barère, ancien collègue de son père au

les attaques dont Barère fut Tobjet qu'en énumérnnt les témoignages publics d'estime et de confiance c|ui lui furent donnés à toutes les époques de sa vie [)ar sch compatriotes :

En 1780, ils le choisissent pour électeur et ensuite pour député aux Etats-(jénéraux.

En 1701, ils le nomment membre du Tribunal de Cassation, magistrature soumise à l'élection.

En 1792, ils Tenvoienl à la Convention.

En 1705, Barère, enfermé dans la prison de Saintes et sur le point de subir un jugement devant l:i (Unir criminelle, en butte aux accusations les plus atroces, reçoit la visite d*im bataillon de son pays natal. Les jeunes soldats viennent avec respect lui pr/:sentrîr le drapeau national qu*il avait remis entr<i leurs mains trois ans auparavant.

En 1707, pendant qu'il se cache pour éviter l'exénjtion de l'arrêt prononcé contre lui, le départfîincnt des Hautes-Pyrénées le nomme député au Cou'seil des Cinq-Cents.

En 1805 et en 1810. il U: nomme randidîjt au CorpK législatif.

En 1815. il le choi-il de nouv^r^iu pocjr re pré :><rij tant à la Chambre dt^s C^rijt-Joir-:.

Enfin, après unf: liOivr'I'; pro-' ription d'î quinze

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aimées, à quarante-cinq ans de distance de sa première élection, ses compatriotes le portent encore à la Chambre des Députés et au Conseil général du département des Hautes-Pyrénées.

<i Une telle persévérance, ajoute M. Hippolyte Carnot, « et dans de telles circonstances, n'honore pas moins <i les électeurs que l'objet même de leur choix. »

C'est le souvenir de cette persévérance dans Testime et dans l'affection de plusieurs générations de Haut- Pyrénéens que je voudrais faire revivre sur la tombe de Bertrand Barère. Il m'a semblé qu'il y avait là un devoir pieux à remplir, et rien ne pouvait m'étre plus agréable que de m'en acquitter devant des auditeurs dont la plupart sont originaires, comme Barère, de notre beau département et sont restés, comme lui, fidèlement attachés, malgré le temps et la distance, à leur pays natal.

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