I. — La Jeunesse de Barère
« Je suis né dans les Pyrénées, c'est-à-dire dans le « pays de la Liberté, car l'amour de l'indépendance « forme le caractère de ces braves montagnards et les « éloigne de la corruption et de la servitude des grandes « villes ». Ainsi débutent les Mémoires de Bertrand Barère.
La maison de la rue du Bourg-Vieux (l) à ïarbes, où
(1) Aujourd'hui rue Brauhauban.
naquit Barère le 10 septembre 1755 et qui a longtemps appartenu à sa famille, existe encore aujourd'hui. Elle est située en face de la place et de l'église Saint-Jean
Cet « amour deTindépendance » que Barère proclame avec raison comme la caractéristique de notre tempérament pyrénéen, il en avait trouvé, dès son enfance, des exemples dans sa propre famille.
Son père, Jean Barère, né à Tarbes, le 20 mai 1728, occupa les charges de procureur et de notaire, et fut élu premier consul et échevin de la ville de Tarbes. 11 exerçait à ce titre la présidence du Tiers-Etat aux assemblées des Etals de Bigorre, et il apportait à l'accomplissement de ces fonctions une vigilance particulière. Ayant vérifié les comptes du trésorier de la province, il y constata de graves dilapidations, des exemptions arbitraires de l'impôt, enfin des abus criants. Malgré les menaces de la noblesse et du clergé qui avaient profité de ce désordre, Jean Barère tint bon et annonça qu'il porterait les faits à la connaissance des Etats. Mais on fil intervenir contre lui Tautorité royale, et une lettre de cachet, obtenue sur la demande de Tévéque, exclut à jamais ce contrôleur importun de toute fonction municipale.
La mère de Bertrand Barère, Catherine Marras de Nais, était native de Saint-Sever-de-Rustaing. Elle avait épousé Jean Barère le 2 mai 1753. Bertrand adorait sa mère. Dans un petit manuscrit intitulé « Pages mélancoliques » (1), il en parle en termes touchants. Elle
(1) Ce manuscrit de Barère, porlaut la date de 1797, que M. Car- DOt a eu sous les yeux, n'a pas été compris dans le dépôt fait par lui à la Bibliothèque de l'Arsenal . Nous n'y avons pas trouvé non plua
devait être très jolie, si son fils lui ressemblait, comme il nous l'assure. Un très beau portrait de Barère, dessiné par Isabey en février 1793, gravé par Vallot en 1843, et qui est inséré en frontispice dans ses Mé^ moires^ ne laisse aucun doute à ce sujet. Une biographie de Barère, sur laquelle j'aurai à revenir, nous le présente tel qu'il était à l'époque même où il posa devant Isabey : « Bel homme, il avait tous les dons a physiques de Torateur. Sa fîgure, brillante d'assu- « rance, ses traits élégants, presque féminins, ses che- (( veux retombant en boucles, toute son attitude jeune « et souple faisait plaisir à voir, et, aux jours sombres, ce contrastait avec les mines terribles de Robespierre « et de Billaud-Varennes (1) ».
L'éducation du jeune Bertrand fut particulièrement soignée. 11 se signala d'abord par un goût très vif pour les lettres anciennes. Elève remarqué par son professeur de rhétorique, il prit part à quatorze ans à un concours littéraire d'éloquence et d'histoire ; il dédia sa thèse, qui fut couronnée, à un certain comte de Gontaut-Biron, qui n'avait de remarquable, prétend Barère, que le nom de 3es ancêtres, et qui se montra enchanté de cette dédicace. Il est fort probable que ce souvenir ne lui parut plus aussi agréable quelques
le manuscrit du « Dictionnaire biographique » rédigé par Barère sous ce titre : les Hommes de mon temps, et qui forme le quatrième volume des Mémoires.
(1) La Grande Encyclopédie, article Barère (Bertrand). Cet article, paru en 1887 et signé F. -A. Aulard» est presque entièrement composé d'extraits de l'ouvrage du même auteur intitulé : Les orateurs de l'Assemblée Constituante^ de la Législative et de la Convention, Paris, 1882-1886, 3 vol. in-8*.
années après, lorsque le nom du jeune rhétoricien acquit une notoriété que le noble comte n'avait certes pas prévue en accueillant cette dédicace.