‹ Bertrand Barère, 1755-1841Chapitre 30 sur 30 · XXVII. — La sépulture de Barère · texte numérisé non relu

XXVII. — La sépulture de Barère

Si pénible que soit la pensée de la mort, on éprouve un certain soulagement à la pensée que le repos éternel est enfin venu pour celui dont la vie n'a été qu'une longue agitation. Cette tranquillité de la tombe a failli échapper à Barère. Il s'en est fallu de peu de chose que ses restes fussent dispersés au vent.

La sépulture où l'avait accompagné une population sympathique ne tarda pas à être délaissée, puis oubliée. Au bout d'une période de dix-sept ans, une délibération du Conseil municipal de Tarbes en prorogea la durée pour vingt années (31 mars 1858). Dix-huit ans après, le Conseil municipal transforma cette occupation précaire en concession perpétuelle (délibération du 11 novembre 1876). Mtiis on négligea d'en faire mention sur la tombe, de sorte qu'en 1884 personne ne savait même où elle était située. Le terrain, englobé dans le roulement normal des concessions temporaires, allait être affecté aune sépulture nouvelle. Heureusement M. l'architecte Caddau eut l'idée de débarrasser la pierre tombale des impuretés qui s'y étaient amassées depuis trente-sept ans. II s'aperçut qu'il était en présence de la sépulture de Bertrand Barère, et c'est ainsi que celleci fut sauvée de la destruction.

II s'écoule encore douze années avant que cette tombe soit enfin transférée en un emplacement choisi et surmontée d'un monument convenable.

Ce monument fut élevé au moyen d'une souscription

publique par les soins d'un comité formé de zélés défenseurs de la mémoire de Barère et présidé par le plus vaillant d'entre eux. J'ai nommé le respeclable Cil. du Pouey, cet octogénaire au c(rur ardent, au caractère enjoué, qui a réussi à mener Tcruvre à bonne fin, malgré l'indifférence des uns et l'hostilité des autres.

Je voudrais vous lire Tallocution, vibrante d'un chaleureux enthousiasme, qu'il prononça lors de Tinauguration, le 14 juin i81K). Je voudrais vous lire aussi l'élo- ([uent discours de l'honorable M. Pédebidou, alors député, aujourd'hui sénateur de notre département. Il était diflicile de mieux dire en quelques mots la grande trace que Barère a laissée dans notre histoire. Il était diilicile aussi de ne pas prononcer ce mot de « versatilité » c|ue tant d'esprits superficiels ou malveillants ont jeté à la tête de Barère. A ceux-là il faut opposer, comme l'a heureusement fait M. Pédebidou, ces paroles de Barère lui-même : « Je n'ai point fait mon époque, « grosse de passions, d'intérêts, de besoins, de senli- « ments excités, de corruptions systématiques, de vio- « lences publiques et de trahisons; je n'ai point fait (( mon époque, je n'ai fait et je n'ai dû que lui obéir. »

Non, Barère n'a |)as fait son époque. 11 a subi les fluctuations des événements.

Dans ces temps d'orage, ils furent nombreux ceux qui durent abandonner des conceptions théoriques dont les péripéties de chaque jour leur montraient l'inanité. Le pilote assailli j)ar la tempête ne saurait se diriger suivant les procédés qui conviennent aux temps de calme. L'u'il fixé sur le gouvernail, il manœuvre tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre, obéissant aux capri-

CCS des éléments. Il faut d'abord sauver le navire. Si Barère dut parfois s'associer à Tœuvre d'hommes dont Téloignaient ses opinions intimes, c'est qu'à ses yeux ces hommes représentaient la sauvegarde de la patrie et de la liberté.

J'ai dit que ces deux nobles passions ont rempli son cœur jusqu'à son dernier soupir. Peut-on en dire autant de ses compagnons de bataille ? Si quelques-uns des survivants du grand drame révolutionnaire — disons à peu près tous — ont modifié au moment décisif leur attitude politique, c'était pour conserver ou obtenir des situations brillantes ou des sinécures. La fortune leur a largement souri. Barère est mort pauvre, il faut toujours le rappeler à ses détracteurs ; et si Ton étudie les principaux actes de sa vie en s'appuyant, comme je Fai fait, sur des documents inattaquables, on n'y trouvera aucun mobile d'ambition ou de cupidité.

Investi par ses concitoyens de la mission formelle de fonder la République et de maintenir l'intégrité du territoire national, rien ne le détourna de l'accomplissement de ce devoir sacré.

<( La Convention, a dit M. Thiers, a laissé un souvenir terrible ; mais pour elle, il n'y a qu'un fait à alléguer, un seul, et tous les reproches tombent devant ce fait immense : elle nous a sauvés de l'invasion étrangère. »

Notre reconnaissance doit aller à la mémoire de Barère, parce qu'il fut le collaborateur ardent et désintéressé de la Convention dans cette grande œuvre. Nous lui devons, comme à la Convention elle-même, le bienfait d'être restés Français !

A l'expression de cette reconnaissance, nous en

avons, nous, mes chers compatriotes, une second ajouter. Et c'est par là que je veux finir.

Barère a créé le département des Hautes-Pyréné c'est donc grâce à lui que notre Société a pu naî C'est évident : s'il n'y avait pas eu de départen des Hautes-Pyrénées, il n'y aurait pas eu de Soc amicale des Haut^ Pyrénéens^ et nous n'aurions pas le plaisir de nous trouver réunis ce soir. [Applau sements prolongés).

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