Bertrand de la Tour [microforme]
: Dans le midi de la France, sous le climat délicieux de l’ancienne province de Guyenne, au confluent du Tarn et du Tescon, sur un plateau élevé et pittore que se trouve la petite “ville ‘de Montau- - ban, célèbre dans les guerres de religion, à l’époque des Albigeois et à celle des ©.
Huguenots. Comme plusieurs autres villes al d'Europe, elle est moitié moyen-âge et | . moïié moderne. es y voit des constee
du château du fameux Prince Noir, qui par un tunnel avaient une issue de l’autre côté du Tarn, là où s’élève maintenant un faubourg tout moderne et comme une seconde ville. |
Montauban a donné naissance à plusieurs hommes célèbres dont il conserve religieusement la mémoire ; les plus connus sont LeFranc de Pompignan, le géné-
ral Guibert et M. Ingres, à qui la ville a dernièrement élevé, au milieu du jardin botanique, une statue de bronze sur un piédestal orné de bas-reliefs représentant :
les sujets de quelques-unes de ses compositions, Disons-le à l’honneur de la France, elle a plus que jamais le culte de ses
grands hommes, et ce que vient de faire une ville de 30,000 habitants au plus Gevrait nous servir d'exemple,
‘Montauban eut autrefois certains rap-
ports avec le Canada, lorsque nous importions des grains au lieu d’en exporter, .
c'est-à-dire dans les premiers temps de la : “colonie. Cette an et. sa voisine Moissac. “
D AE Là HRfE
faisaient, d’après Maltebrun, le commerce de minoterie avec la Nouvelle-France.
Parmi ses monunients, on remarque l’Hôtel-de-ville, érigé en partie sur les ruines du château du Prince Noir. Il
-contient l’ancienne salle d'armes très
bien conservée et renferme un musée formé en partie par le grand peintre que nous avons nommé et qui s’est montré très généreux envers sa ville natale. La cathédrale, achevée en 1739, s'élève sur le Mont Auriol, sur l’emplacement d’une abbaye à lanvelle Montauban doit son origine, de même qu’il tire son nom d’une éminence voisine, le Mont Alban, sur lequel un comte de Toulouse avait bâti ‘un château. Il faut aussi mentionner l’église de Saint-Etienne, ancienne collégiale, et ceile de Saint-Jacques, édifices de style ogival et dominé par üne curieuse tour
du quatorzième siècle. … ::
Au dire dé M. l'abbé Verreau, à qui je
dois beaucoup de renseignements pour ce.
travail, le voyageur canadien qui se trou-
verait à Mann par un Anne et qui
8 BERTRAND DE LA TOUR ns dE dan rrnnemeniarmemnnmmhenileiiitnnin assisterait à l'office du matin dans cetie dernière église, serait témoin d’une cérémonie autrefois en usage au Canada, mentionnée dans le rituel de Mgr de Saint- Vallier,et,qui m’assure-t-on, s’est continuée encore en quelques endroïts assez longtemps après la conquête. Immédiatement avant la messe, il verrait le clergé se for mer en procession et sortir de l’église ; et si sa dévotion ou sa curiosité lui conseillait de suivre avec la foule le curé qui asperge d’eau bénite les lieux qu’il parcourt, il arriverait bientôt à une petite place publique, voisine du jardin où se trouve la statue d’Ingres et qui faisait partie de l’ancien cimetière, but de la procession. Un petit monument de brique, sorte de piédestal surmonté d’une croix de fer, frappe- rait ses regards. Là dessus, ni bas-reliefs, ni inscriptions ; mais toute la ville de Montauban n’en sait pas moins qu’en cet endroit se trouvent les restes de Louis Ber- trand de La Tour, décédé en 1780, à l’âge & . Je ue ans, a A ie ru du nor a
ques ; et à cela, je dois ajouter que le méme horame fut, à l’âge de 28 ans ou 29 ans, doyén du chapitre de Québec, grand vicaire de Québec, conseiller, clerc du Conseil Supérieur du Canada, et official ou juge du tribunal ecclésiastique que Mgr de Laval avait fait établir.
Tant et de si importantes fonctions n’avaient pas été imposées à un si jeune prétre sans qu’il y eût en lui un mérite bien remarquable. Aussi la longue carrière de M. de La Tour, ses prédications, ‘ses études, ses luttes et ses nombreux écrits que l’abbé Migne a republiés en 1855, justifient-ils parfaitement le choix de Mgr Dosquet et de la cour de France. Son nom un peu oublié en Europe y a été remis en honneur ; si peu de temps qu'il ait habité le Canada, il ne laisse pas que d’avoir été, sinon un compatriote, du moins un commensal de nos ancôtres, et il m’a semblé que l’on ne lirait point sans intérêt une étude sur un homme qui a vécu deux . ar dans Tancienne capitale de la Nou- de
thédrale, siégé à côté du gouverneur, de l’évêque et de l’intendant, dans les séances parfois orageuses du Conseil Supérieur, qui de plus a écrit la vie de Mgr de Laval, et que la littérature religieuse et la science ecclésiastique de notre ancienne mère-patrie réclament au‘ourd’hui comme une de leurs gloires.
Louis Bertrand de La Tour naquit à Toulouse, cette vieille cité du Midi, déjà célèbre au temps de l'indépendance des Gaules, capitale d'Aquitaine, patrie des troubadours, de Clémence Isaure et du Collège de la gaie science que cette dame illustre ‘y rétablit, sous le nom d’Académie des jeux-floraux. Cette charmante institution subsiste encore dans notre siècle tout prosaïque ; un littérateur, ami des Canadiens, qui, lui aussi, passa quelques années à Québec et à Montréal, le regretté M. de Puibusque, y fut couronné, il n’y a pas encore bien des années. |
On a cherché en vain l’acte de naissance de M. de La Tour ; maïs il paraît certain cu Pil vint au monde dans kB Land an
née du dix-septième siècle ou dans la première année du dix-huitième (1700 ou 1701). Son père était avocat et d’une famille qui compta plusieurs capitouls, nom qui désigne une magistrature analogue à celle des échevins.
La jeunesse de notre héros est peu connue. Il est certain qu’il étudia à Paris, où il fut fait docteur en Sorbonne, qu'il entra au séminaire de Saint-Sulpice, puis à celui des Missions étrangères. M. Faillon affirme qu’il fut cédé par la première de ces maisons à l’autre qui manquait de sujets.
Toulouse, où est né Cujas, possède une très ancienne et très célèbre Faculté de Droit dont fut doyen de nos jours M. Chauveau-Adolphe, jurisconsulte bien connu d'un grand nombre de mes lecteurs ; il est bien probable que le jeune de La Tour, dont le père était avocat, étudia le droit.
dans sa ville natale. Toujours était-1l doctor utriusque juris, en même temps que très savant en théologie, et ces connaissances réunies motivèrent par dessus tout le de choix de . siens Ses lettres Je pen
vision, comme conseiller-clerc, enrégistrées au Conseil Supérieur et qui n’ont pas encore été imprimées, disent : ‘“ étant nécessaire de pourvoir de nouveau du dit office une personne dont la probité, l’expérience au fait de la judicature, la fidélité et.
affection à notre service nous solent con:
--nues, et ayant été informé que ces qualités se rencontrent en notre cher et bien aimé le Sr de La Tour, docteur en droit, doyen de l’église cathédrale de Québec, à ces causes, etc., etc. ?
Du reste, sous l’ancien régime, en vue des fonctions de conseillers-clercs, dans les cours supérieures, de juges des officialités. et aussi de l’ingérence constante de Pétat dans les affaires de l'Eglise, un grand
nombre d’ecclésiastiques faisaient leur.
- droit tout aussi biez que leur théologie.
Des complications de toute espèce avaient déjà surgi dans la Nouvelle-France, à à Pimitation de celles qui tourmentaient- la re-pa Le son seulement dans les rap-
DRE" nn
minette diverses communautés. Le chapitre de Québec lui-même avait ses dissensions intestines indépendammant de ses difficultés avec les ordres religieux et avec le gouvernement ; on s’aimait en toute charité, mais on était toujours de part et d’autres bien résolu à ne céder qu'après avoir épuisé toutes les jurisdictions ; on pratiquait surtout cette maxime qui aime bien châtie bien ” ou si l’on veut “ qui aime bien plaide bien. ” “ie
En se voyant nommé coadjuteur de Mgr de Mornay qui, Ici, ne voulut ja- | mais venir en Canada, et le chargena de Vadministration du diocèce, Mgr Dosquet, qui connaissait le pays où il avait déjà .
passé deux ans, ne dut accepter qu'avec Fe
brouiller tous les différends existants et ceux qui ne manqueraient pas de. naître plus tard. Or, tél était M. de La Tour que Mgr Dosquet, ancien sulpicien, cédé comme lui aux Missions étrangères, devait bien connaître.
L'évêque de Samos (c'était le titre qu'il possédait depuis plusieurs années) s’embarqua donc à LaRochelle avec son grand vicaire, un secrétaire, M. de la Vernède de Saint-Ponucy, et plusieurs autres prêtres.
A bord du même vaisseau se trouvait M.
Hocquart, intendant nommé pour. remplacer M. Dupuy, que son intervention dans les difficultés ecclésiastiques avait complètement browillé avec le gouverneur M. de Beauharnois. La traversée fut lon- gue et faillit se terminer d’une manière tragique. Comme le remarque M. Fer- land, les vaisseaux du roi n'étaient pas heu-
reux ;il ny avait pas quatre ans que le
du de ne La biens nr
neur des Trois-Rivières, plusieurs prêtres, jésuites, officiers civils et militaires, et six instituteurs dont la colonie avait le plus grand besoin. L’Eléphant, commandé par M. de Vaudreuil, fils du premier gouverneur de ce nom, et auquel on avait confié une cargaison humaine tout aussi précieuse, vint se jeter dans la nuit du ler au 2 septembre 1729 (1) sur les rochers qui se trouvent entre le Cap Brûlé et le Cap Tourmente, à douze lieues de Québec. Le vaisseau fut perdu ; mais l'équipage et les passagers s’en tirèrent sains et saufs, non toutefois sans de grandes pertes pour quelques-uns d’entre eux, notamment pour Mgr Dosquet.
On se rendit à Québec les uns en chaloupe, les autres à pied, le long de la côte, ec l’on dut y faire assez piteuse mine, arrivant naufragés et sans bagages. Je ne voudrais pas affirmer que cet accueil ir
hospitalier dont le pays n’était pourtant s point responsable y ait été pour ,uelque me: mais c'est une coïncidence bien
. @) M. A Fe de la sœur ea
frappante que ni l’évêque, ni le grandvicaire, ni le secrétaire ne finirent leurs jours en Canada. Avant peu d'années, ils étaient déjà tous repatriés.
Pour donner une idée des difficultés que j'ai mentionnées, je me permettrai d'entrer dans quelques détails sur une affaire qui ne fut pas étrangère à la nomination de M. de La Tour, ni peut-être aux désagréments qui, d’après M. Faillon, l’engagèrent à repasser en France.
Le décès de Mgr de Saint-Vaillier avait donné lieu à un singulier imbroglio. Son coadjuteur, M. de Mornay, était en France, et le bruit de sa démission avait même couru avant la mort de l’évêque. Les uns soutenaient que le siège était vacant ; les autres que Mgr de Mornay, nommé cum futur successione, devait être considéré comme évêque de Québec jusqu’à preuve … du contraire. Dans le premier cas, le cha-
. pitre devait nommer des vicaires capitu- = laires ; dans le second, le doyenou, en son
+ absence, l’archidiacre prenait la préséanca + ce ee Se . t'intronisé où x
qu’il eût fait connaître ses volontés. Le chapitre nomma des vicaires capitulaires dont M. Boulard fut le premier. M. de Lotbinière, l’archidiacre, en l’absence du doyen, avait d’abord paru se soumettre à cette décision ; mais avisé par M. Dupuy, M. de Lotbinière protesta et ne voulut point reconnaître M. Poulard. Les funérailles de l’évêque défunt offraient la première et la plus solennelle occasion de régler les préséances. Mgr de Saint-Vallier était mort à l’Hôpital-Général, commu-..
nauté dont il avait fait son œuvre de prédilection. Or, tandis: que le chapitre se préparait à lui faire de poripeuses" obsè-
ques à la cathédrale et à le transporter
d’abord dans toutes les églises de la ville,
. comme on lévait fait pour Mgr de Laval,
il arriva que l’archidiacre, qui était cha-
pelain de l'Hôpital et se prétendait curé
de Notre-Dame des Anges, le père de La .
Chasse, jésuite et directeur des religieuses, et M Dupuy, exécuteur testamentaire
: | Péglise de SUR le vaile du jour fixé, :
- du prélat, eurent l’idée de linhumer dans
et cela, sans avis préalable. Grand émoi dans tout Québec et plus tard dans tout le pays. M. Boulaïd et deux chanoines, députés par le chapitre, se rendent sur les lieux, mettent l’église sous l’interdit et déposent la supérieure, procédés que M.
Langevin, dans son histoire du chapitre de Québec, trouve avec raison un peu rigoureux. D’après M. Ferland des amis du chapitre auraient sonné le tocsin en ville et publié que le feu était à l’'Hôpital-Général. M. Dupuy, dans une de ses ordonnances, accuse les chanoines (1) de cette manœuvre, et de ‘“ s’être rendus tumultueusement et séditieusement à la tête du peuple qui les suivait en foule et par troupes, et se jeta confusément dans l’église du dit hôpital. ” On s'était imaginé que l’évêque n'était pas réellement inhumé, mais on trouva la pierre de sa tombe fermée.
M. Boulard et le chapitre furent ‘tra-
(1) Elles sont publiées dans le deuxième vo- = hams der Edite # bonne" uebes, 1854.
duits devant le Conseil Supérieur, comme le fut plus tard un père récollet qui avait prêché en faveur du chapitre, et M. Dupuy rendit coup sur coup quatre ordonnances défendant aux vicaires capitulaires d'exercer leurs fonctions. La dernière est . une réplique aux défenses faites par M.
de Beauharnois d’obéir aux arrêts précédents, défenses que le gouverneur avait fait publier, au son du tambour, dans toute la ville.
Cette bizarre querelle qui nous montre bien tout le danger et tout le ridicule de l'intervention de l'Etat dans les affaires de l'Eglise, a donné naissance au premier poème qui soit sorti de la plume d’un Canadien, si toutefois les conjectures que l’on a faites sur son auteur ne sont pas erronées. Cette pièce pétille de malice et
de verve, et malgré quelques outrages à
la prosodie et quelques vers faibles,
elle dut avoir un grand succès auprès des
. contemporains qui se la passaient sous le
mnmanteau, avec le double attrait de l’anoeÿm de da à {rt den, a
oo
On ne sera point fâché, peut-être, de.
\ faire connaissance avec ce premier-né du Parnasse canadien, véritable cousin-germain ou neveu du Lutrin de Boileau. Il débute d’après toutes les règles du poème héroï-comique :
“Je chante les excès de ce zèle profane Qui dans les cœurs dévots enfanta la chicane, Et qui, dans une église, exerçant sa fureur, A gemé depuis peu la discorde, et l'erreur.
Sous ce masqué un chanoine abusant d’un vain Fier de sa dignité, méprisant le chapitre, [titre, Pour soutenir les droits de l’archidiaconat, Enterre de son chef un illustre prélat.
C’est en vain qu’à l’envi partout on se prépare A lui rendre un honneur dont il fut trop avae Dee De fre, (1) Lotbinière, assisté d’un juge et d’un bourreau, - Le fait par des laquais traîner dans le tom- 1 Mio . Ne, : wi [beau. ») Après Pinvocation de rigueur à la muse, après le récit des causes de la querelle, le
: poète évoque la discorde et.se tire assez
EP NBUE RS TRS AE SR dhre FT BRUNI EAR PP
bien de ce lieu commun. La petite scène qui suit immédiatement est de main de maître. L’archidiacre se rend au palais avant le lever du jour, ayant été réveillé par la déesse qui avrit glissé son poison dans toutes ses veines.
# Il conte mot à mot sa déplorable histoire, L'intendant, qui l'écoute, à peine ose l’en [croire ; Son épouse en frémit ; cette chère moitié Dont le cœur fut toujours nourri dans la pitié, Du d:oit de décider se croyant investie © Prend cent fois avant lui le chapitre à partie, Et, poussant plus avant l'esprit de charité, Lui suggère un dessein sur le champ médité, S’il-est vrai qu'aux grand maux il faut de grands de [remèdes, Et qu’ à de prompts & BECOUTS il n "est rien quine … à Pie [cède, ne Il en faut à ceux-ci, lui dit-elle, appliquer “Dont l'efficacité ne nous puisse manquér, .
:. Le Conseil est À noûs ; mais sa conduite lente. Ne nous servirait pas, au gré de mon attente ; en Une cause douteuse y languit troz longtemps ; . Pi des chemins courts dont LOT à
Aura fait du chemin retirer le passant,
Que la nuit sur la ville aura jeté ses voiles,
Vous irez tous les deux, guidés par les étoiles
Et suivis seulement de deux ou trois recors
De l’évêque défunt faire enlever 12 corps.
Vous en avez le droit, vous, comme grand vi- [caire,
Et vous, exécuteur nommé testamentaire,
Tout vous sera facile, ou vous ne voudrez pas !
André, (1) sans balancer, marchera sur vos pas.
Vous serez secondés par le père Lachasse.
L'ouvrage sera fait avant qu’une heure passe,
Et par vos mains bientôt votre évêque enterré
Le chapitre à Boulard n’aura rien déféré,
Contents vous en serez, et de votre victoire
Partout la Renommée annoncera la gloire.
À ce noble dessein l’archidiacre applaudit ;
Par un tendre baiser l’intendant répondit
Et, bénissant le ciel qui lui montre la voie, .
Tout le reste du jour se passa dans la joie. ??
Le premier chant se termine par le récit de l'exécution de ce complot, récit qui n’est pas, à beaucoup près, aussi habilement conduit que le complot lui-même.
Le second chant s'ouvre par un exposé De
ae de la ma très vif et mordant et pa
bablement exagéré, ce qui est le privilège des poètes.
La discorde se rend à Montréal, mais elle en revient à sa courte honte, les Sulpiciens et le clergé étant unanimes à prendre la cause du chapitre. Même à Québec, M. de Lotbinière semble faiblir ; on parle d’un accommodement ; la déesse aux abois redescend aux enfers chercher de nouvelles armes. Il paraît qu’un des soupiraux de l’éternelle fournaise se trouve quelque part ‘ À l'endroit où le fleuve, après bien des tra-
[vaux, A celles de la mer, vient réunir ses eaux. ?’
Les nouveaux poisons que la déesse rapporte de l’infernal séjour font merveilles ; le feu se rallume sur toute la ligne :
tout le monde se reprend du plus beau zèle, de la plus noble fureur et la crise touche à
son paroxisme, lorsqu’arrive le dénouement. On le devine, du reste ; c’est M.
de Beauharnoïs qui apparaît comme le Deus ex machind, suivant Fans pos ne ee d'Horace.
‘ Cependant de Boulard, Dupuy fait le procès ; Le peuple révolté veut brûler le Palais.
Pour sauver son pasteur il n’est rien qu’il n’af- [fronte.
Autour de sa maison il veille ; iks’en rend Ko S [compte.
Personne de suspect ne peut en approcher ; Les sergents par la ville à peine osent marcher. Des huissiers du Conseil la troupe fugitive N'ose aller au palais, fait le tour de la rive. À ces extrémités l’illustre Beauharnoiïs Qui tient son œil d'amour sur l’église aux abois, Par de sages discours prévient, conseille, presse ; Auprès des deux partis par bonté s'intéresse ; Mais Dupuy qui consourt à son malheureux sort Veut que l’une des deux, la victoire ou la mort. Len ses fougueux désseins il ne peut se con- [traindre Et la ps à à tout prix est soul ce qu’il peut | [craindre.
vu Béabharncis qui. le sat, veut encore prolonger; Mais le ciel en courroux le presse à l’en venger. Ni cède et sur Dupuy ne la ee
curé de Boucherville et grand vicaire à l’âge de 67 ans, et inhumé à l’Hôpital- Général de Québec. Ainsi, le poète qui a si peu ménagé les bonnes religieuses, aurait reçu leurs soins et reposerait dans leur église, auprès de Mgr de Saint- Vallier, dont il a raconté les funérailles d’une manière assez burlesque.
M. de Lotbinière est aussi mort à l'Hôpital ; mais il a été inhumé à la cathédrale, et près de lui repose en paix son ancien adversaire, M. Soulard. | Lorsque Mgr Dosquet prit les rênes de l'administration, il les reçut des mains de.
M. de Lotbinière qui, bien loin d’avoir été réduit en poudre comme son protecteur, M. Dupuy, s'était trouvé porté par les événements au faîte des honneurs.
Ainsi qu'on le pensait, M. de Mornay s'était démis de sa coadjutorerie ; mais + cette démission ayant eu lieu après la .. mort de Mgr de Saint-Vallier, se trouva nulle aussi bien que la nomination qui fut de ue Es successeur. Le nouvel ‘évêque Fr
curation à M. de Lotbinière, qui prit possession en son nom et gouverna toute une année avec le titre de grand vicaire.
Quant à M. Dupuy, ilfut la victime de toutes ces difficultés, bien puni, dira-t-on peut-être, d’avoir témérairement pe la main à l’encensoir.
M. de Maurepas, dans une dépéche citée par M. Langevin, s'exprime ainsi ;
‘ Sa Majesté a été très surprise que le chapitre ait ignoré le droit del’archidiacre d’officier à l’inhumation du corps et aux grandes fêtes, prérogative à laquelle seule il s’est fixé et dont le refus a donné occasion à ce qui s’est passé dans la suite...
“ Les termes dont M. Dupuy s’est servi dans les ordonnances qu’il a rendues, sont si peu mesurés, et il paraît tant de passion À
| dans sa conduite, que Sa Majesté qui n’a-
vit pas lieu du reste d'en être satisfaite, s'est dé ré née. Li Je a
piers de ARAENS à M. d’Aigremont. ” (1) Les ordonnances de M. Dupuy, écrites
d’un très grand style, étaient en effet plu-
tôt des factums ou des thèses. Dans l’une
d'elles, devançant Cavour et Bismark, il
pose carrément le principe que l’Eglise est,
dans l'Etat et non l'Etat dans l'Eglise,
puisque sans l’autre, celle-ci ñne saurait
subsister. Après cela, M. Ferland n’a pas tort de dire qu’il paraissait imbu
d'idées parlementaires. M. de Beauhar-
nois, pour son compte, trouvait (ce sont ses
propres exp:essions citées par M. Ferland}
“ qu’il n'était pas aisé de vivre avec un
homme d’une hauteur qui passe ee nation. ” a . … Le caractère de l'homme était-il la sé | table source de tout le mal ? N'y avait-il
pas en dehors de toutes les circonstances, une cause sociale et, pour bien dire, fat . . sr croit Fayoir Rap e.
général, le gouverneur et l’intendant étaient opposés l’un à l’autre ; c’étaient deux rivaux attachés ensemble par la politiaue royale pour s’observer, se retenir, se ‘uger ; si l’un était plus élevé, l’autre “possédait plus de pouvoir ; si le premier avait pour courtisans les hommes d'épée, l’autre avait les hommes de robe et les administrateurs. subalternes ; mais ce système qui rassurait la jalousie du trône, divisait à jamais ces deux hauts fonctionnaires. Jusqu’alors l'intendant s'était ran- gé du côté clérical ; M. Dupuy allait désormais occuper la position du gouverneur : qui s'était rallié au clergé ”. (1)
() Garneau, Histoire du. Canada, troisième Le | édition, deuxième volume.—On y.trouve beaucoup de détails sur cette affaire. On y voit, par We exemple, que M. Dupuy n'avait pas été tel'e- : ment ferrassé sur l'heure. -dans cette querelle r commencée avec l’année, nu ‘il à ne: se Do on tops d'avril Le 30 s