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Ces remarques sont, pour la plupart, très justes. Cependant n’y avait-il pas autre chose encore ? Cet intendant, ancien.
avocat-général, homme de science et de littérature, comme M. Talon, et possesseur de la plus belle bibliothèque qu'il y ait eu en Canada, sous l’ancien régime, et
“. peut-être longtemps après, sous le nou-
veau ; ce superbre et opiniâtre intendant qui s’avisa de vouloir avoir derrière son banc dans l'église deux archers, le mous- - quet sur lépaule, prêts à exécuter ses … ordres, qui ne voulait point se rendre au-. “IÈE près dumarqüis de Beauharnois, lorsqu'il. y était mandé, ns crainte de compromet-
nie, n'était-ce point la Vieille-France se reproduisant en miniature dans la Nouvelle-France, la magistrature, le tiers-état s’affirmant contre la noblesse*et le clergé, enfin, l'esprit du dix-huitième siècle, se manifestant déjà, de ce dix-huitième siècle que M. de La Tour, né avec lui, allait trayerser jusqu’à la veille de sa terrible révolution, puisqu'il mourut l’année qui précéda la publication du fameux compterendu de Necker ?
L’allié de l’intendant, M. de Lotbinière, était le type d’une autre classe d’homme. (1) Issu d’une famille assez ancienne
. (1) Voyez le précieux ouvrage de M. l'abbé Daniel, Histoire des grandes familles françaises du Candèla. M. Eustache Chartier de Lotbinière avait épousé Mlle des Meloïises dont il eut huit enfants. Une des filles fut religieuse à l’Hôpital- Général, un des garçons prêtre : et curé de Lorette, un autre, récollet, un autre Snfin fut le père
du second orateur de notre ancienne Assemblée
Législ | oint. laissé d'héritiers de
et qui avait déjà fourni un évêque et plusieurs dignitaires, il pouvait presque. par droit naissance arriver aux premières charges ecclésiastiques et, on l’a vu, il se montrait assez disposé à les prendre au besoin par droit de conquête. Blanchi au service de l’Etat comme à celui de l’Eglise, car il était veuf et membre du Conseil Supérieur lorsqu'il fut ordonné, il dut être médiocrement charmé de se trouver. remplacé par un jeune prêtre arrivé de la veille dans le pays, de le voir présider le chapitre comme doyen, et prétendre, comme conseiller-clerc, à une place plus élevée que la sienne, à la table du Conseil Supérieur où lui-même continuait de siéger en vertu de son ancienne nomination.
Cette prétention pourtant ne fut pas … dr RneE Coup.
plaire ; la douleur de la perte due aie chéxie avait contribué à sa vocation, et c'était avec … . la plus évidente sincérité, qu’à l’âge de 38 ans, … ilavait rencrcé à de grands avantages dans le … onde pour se consacrer au service de Dieu. -
Voici ce que dit M. de La Tour luimême, dans la vie de Mgr de Laval :
‘ Le successeur de M. de la Colombière, Canadien, qui n’avait jamais vu d'autre jurisdiction que celle de Québec, n’y prit aucune attention ; il descendit même, et ne prit que son rang de réception à la dernière place. En prenant possession de cette charge, après M. de Varenne, je fus surpris que le conseiller-clerc n’eût pas une place distinguée comme dans les Par:
lements. Je ‘représentai que mes provisions, aussi, bien’ que l’édit de création, portaient que les conseillers-clercs du Con- - seil, auraient les mêmes honneurs que les
conséillers-clercs du Parlement de Paris.
On m'opposa l'usage, et je répondis qu'il était trop récent pour servir de loi. Il fut.
: es entre nous et ordonné 4 y se
délicate, car tou
a ———— —— pourtant qu’il me fut permis de présider -(1), ni de décaniser. RÉCONMEE s'y est con-
formé. ?? |
Evidemment la position du ; jeune grand vicaire était. très difficile. Il n’y ‘avait point que l’archidiacre qui pût se trouver froissé. M. de La Tour prenait la pas sur tous ces vénérables Chanoïnes, sur tous ces anciens prêtres du Séminaire, dont quelques-uns étaient nés dans le pays, tandis que les autres y étaient venus. depuis bien longtemps et avaient vu nos institutions se former et grandir sous Mgr de Laval.
Plusieurs autres causes d’impopularité aggravaient pour lui celles: qui étaient inévitables, Mgr Dosquet avait toute confian:
ce, et peut-être une confiance trop visible dans son grand-vicuire. Il amoncelait les “charges sur sa tête et, par conséquent, les orages aussi. Il lui confia la surveillance.
de toutes les commurautés des femmes ; es
. dans ce moment, c'était une mission très : ites ‘êlles ava ient ressenti le ;
7 mp7 ie rdonne Re ab
contre-coup des dissensions : les Ursulines, comme l’Hôpital-Général, en avait souffert ; les religieuses de l’Hôtel-Dieu n’étaient pas non plus restées étrangères à ces difficultés, comme on le voit par les lettres de la mère Duplessis de Sainte-Hélène, que M. l’abbé Verreau a publiées dans la Revue Canadienne. Comme si ce n’était pas assez, M. de La Tour fut de plus nommé official, c’est-à-dire, juge ecclésiastique, charge peu propre à lui gagner les cœurs.
Quoique très zélé et doué lui-même de beaucoup de talent et de fermeté, Mgr Dosquet passa pour être entièrement sous l'influence de son grand-vicaire ; en pareil cas, toute erreur, tout mal véritable ou présumé s’impute beaucoup plus vo-
lontiers que le bien à celui que l’on suppose. être l'esprit dirigeant. | . L'évêque de Samos, dit M. Langevin, " gentit le ‘danger de suivre les vues de M + de Lot ste anime dans les dif
puya davantage sur La Tour, qu'il avait amené avec lui et qui était bien disposé à le seconder. Malheureusement M. de La Tour n'avait que 28 ans, et l’on reprochait sourdement à l’évêque ‘‘ de lui renvoyer tout le détail du diocèse. ” Ainsi du moins s’exprimait M. Delorme, dans une lettre du 23 octobre 1730. ”
De son côté, la mère de Sainte-Hélène, écrit :
« Chacun se met en droit de nous charger de soins et de dépenses, et on ne sait à qui recourir. Nous ayons un nouveau prélat qui ne fait rien par lui-même ; il 8 un grand-vicaire de 28 ans, à qui il renvoie
tout le détail du diocèse ; quelque bien intentionnés qu’ils soient, comme ils ne font que d'arriver, qu'il n'y a qu'un an - qu ils sont en Canada, et qu ‘ils ne 8 'infor-
36 BERTRAND DE LA TOUR de citer un autre charmant passage des ‘ mêmes lettres, lequel me paraît contenir plus d’un enseignement profitable :
“ Je vous avouerai confidemment que depuis que je suis en religion, je me suis, grâces à Dieu, garantie de tout parti. Il m'en a souvent coûté, car, pour me tenir droite entre deux penchants, j'étais tiraillée de tous côtés, et on me croyait contraire à tout ce que je n’embrassais pas ; cependant après l’orage on me retrouvait en même posture, et j'étais approuvée. Ilest vrai que, pour vivre ainsi, il faut presque mourir à tout, Cela met dans un tel dénûment que je crois pouvoir vous assurer, - comme à mon amie, que-dans tous les pays du monde je ne me trouverais guère plus dépaysée que je.
2 ne suis ici. Je me “reproche souvent que,
Vs pu “ne . … unie Fa
l rene ent
de paix intérieure, et ces troubles publics ne l’ont point altérée, Dieu merci. Ma peine est d'entendre beaucoup de plaintes de choses qu’on ne peut pas approuver.
En cela on est assez embarrassé pour sauver la charité ; elle ne nous aveugle pas et, pour consoler ceux qui souffrent, il faut bien convenir quelque fois qu'ils ont raison. La médisance et la calomnie règnent en Canada au delà de ce qu'on en peut penser. Notre vocation nous expose à une grande communication avec le prochain, en sorte que, malgré notre | profession régulière, nous n’ignorons presque rien des mauvais bruits d’une ville.
C’est un mortel ennui pour qui méprise.
les choses du monde, mais quoiqu'on ne
s'y arrète pas, on en entend- toujours trop.
Plaignez nous donc, mañc chère amie, et.
priez Notre AE au M nous son à
frapper. Comment, se demande-t-on, estil resté si peu de traces de toutes ces diffcultés ? Comment le xervice da Dieu et le bien des âmes en ont-ils s: peu souffert ?
C'est sans doute parce que l’irritation était plus apparente que réellé, parce que beaucoup de pieuses et saintes âmes pensaient et sentaient comme cette digne religieuse ; c’est enfin parce que la Provideñce voulait seulement éprouver mais non pas frapper sérieusement cette Eglise naissante réservée à de si hautes destinées.
Cette querelle n’est que l’épisode le plus singulier entre plusieurs du même genre dans nos annales ecclésiastiques, et cependant aucune de ces tempêtes n’a laissé derrière elle de bien grands désastres. Il en était de ces secousses comme de ces rue de terre co les S prel an-
À nt la des
dans le vrai lorsque, reprimandé par le ministre sur les plaintes de Mgr Dosquet; il répond tranquillement : ‘ Le très-grand désordre dont vous avez été informé se réduit à quelques tracasseries assez communes dans les communautés de filles ; elles ont d’ailleurs une conduite régulièré; et elles ont continué leurs attentions cha:
ritables pour les invalides et les insensés renfermés dans leur maison. ”
Le zèle et la moralité incontestés dé notre clergé et de nos communautés, à toutes les époques de notre histoire, corrobore ce que dit M. de Beauharnois, et sont loin d’être incompatibles avec l’état de chose . qui existait alors. Dans ces temps d'épreuve on se surveille mutuelle-
ment, on s’observe mieux soi-même. Une
eau trop tranquille finit par croupir et se corrompre. À ce compte les longues années
de me: % CARTE te due mo = <.
jé
agitations éphémères qui de mêmé qu'en.
France, où tout finissait autrefris par des:
chansons, ont été gaiement résumées dans les mälices inoffansives d'un pote Héns : comique. | Re | On voit encore. ji la puissance d’une or-
ee ganisation forte sous ‘une autorité. SOUVe-
raine. Dans les églises qui manquent de cé frein pour peu qu'on ne s'entende pas
‘on 4 bientôt fait de former ‘an Indepen-
dant Congregation, ? d'élever doc: trine con-
| tre doctrine, autel contré autel:
.*. Pour en revenir à M. de La Fee et aux és ciroonstances qui abrégèrent sa résidence < au Canada, M Fillon, qui lui pardon- : ne difficilement d'avoir. pris, lui ancien.
sulpicien, parti pour Mgr de Laval contre à |
. M. de Qu se cpinRe ane De à
en France. . Son humeur | trop caustique | - dont il ne réprimait pas toujours les saillies, et pent-btre aussi un certain air de
hauteur qu'on lui reprochait dans ses ma-
nières d'agir à l'égard des ecclésiastiques canadiens, ne contribuèrènt pas pêu, en :
éloignant de lui les esprits, à le dégouter de sa position à Québec. ” (1) |
Il y avait, en effet, deux éléments bien tranchés; des Français et des Canadiens, dans le clergé et dans los communautés, de comme dans l'armée. et dans-la so ciété civile. Le noureau venu n était point sans préjugés concre l'habitant de la colonie. Il trouvait avec raison que rien . ne se faisait aussi bien que dans la mère | patrie. L'ancien résident, le Canadien, mar on dit « encore. Fo res pour.
au Canadien dans quelques spécialités, le Canadien pouvait donner au premier des leçons sur toutes les autres choses et principulement sur lés plus essentielles dans un pays nouveau. D'un côté, l’on se croyait d'avance jalousé; de l’autre, on se sentait d'avance méprisé. C’est une histoire de tous les temps et de toutes les colonies, et je pensé qu’il ne faudrait pas remonter bien haut dans les événements contemporains pour en trouver des exemples. : « Le gouvernement français, de son côté, avait une grande défiance des Canadiens ; M. de Lotbinière ne fut pas évêque, assure-t-on, parce qu'il était canadien; M.
de Longueuil, très certainement, ne fut : mere gouverneur, parce qu'il était … cañadien. En n, tout le monde sait comu bien Ja rival et l’antagonisme quis'éle vèrent entre le premier gouverneur Cana- . dien, qui fut aussi le Éahsee Aaorneur :
‘ Ce pays de croix et de souffrances, ?
comme l’appelle si bien la mère de Sainte- Hélène, n’avait pas pour tous indistinctement le même attrait. Il y en eut plus d’un qui regretta les oignons d'Egypte,
qui, après avoir mis la main à la charrue, regarda en arrière, ét ceux-là s’en prenaient aux hommes de ce qui était dans la nature des choses. D’autres, au contraire, s'éprenaient de cette vie nouvelle et difficile ; ils appréciaient le mérite et l'honneur de vaincre les obstacles qui entouraient la jeune et héroïque. colonie ; et ils devenaient bientôt aussi attachés au Canada que les Canadiens eux-mêmes. Je n'ai pour ma part aucun doute que si M.
de La Tour eût voulu surmonter ce qui :
restait encore de difficultés, ou s’il eût con-
senti à revenir lorsqu’ où l’invita à le faire, A ce devenu un excellent Canadien.
s s loin. me semble Fa eût qe :
LS
Ïl est très-curieux de le voir aborder ce sujet, et le passage, suivant de ses Mémoires sur Mgr de Laval donne à penser qu’en admettant tout ce que dit M. Faillon, il avait fait depuis son re de En réflexions.
à Le Conseil fut d’abord nommé souve-
rain, parce qu’à Pexemple des parlements il juge en dernier ressort les affaires de la colonie. La Cour a depuis voulu qu’on le nommât seulement Conseil Supérieur, sans diminuer- son autorité, sans doute par une sorte de délicatesse, pour ôter toute idée d'indépendance en écartant jusqu’au
Fe terme de souveraineté dans un pays éloi-
… gné où les révoltes seraient si faciles à | former et si difficiles à détruire. Sans
: + doute, dans les mêmes vues, on n’a jé
mais pe dans les premières places que — Soc nets ’ Der den les ne
et les Canadiens, en effet, ont le cœur tout français ; leur fidélité n’est pas douteuse.” Pour ce qui est de l'esprit caustique reproché par M. Faillon à M. de La Tour, il faut dire que toute sa vie et ses écrits montrent, en effet, un penchant très-vif pour la lutte et la polémique. Une verve intarissable et mordante se soutient À travers le déluge de volumes et d’opuscules dont ila inondé la France. Même dans la chaire sacrée, il se rapproche assez des moralistes profanes, et les tableaux qu'il trace d’un style vigoureux frisent quelquefois la satire. ss Mais ces défauts sont rachetés par de bien grandes qualités. Esprit indépendant et convaincu, il frappe sans crainte amis et ennemis. Dévoué à la mémoire de Mgr de Laval, dont il s’est fait le biographe, il se permet cependant quelquefois de le cri- ” tiquer, tout en justifiant la conduite du saint prélat dans ses difficultés avec M. de ii Queylus, et en soutenant ses vues contre . les innovations de son successeur, Mgr de t-Vallier. Il paraît même que dan
la seconde partie de son ouvrage il avait poussé les choses assez loin pour que la famille de ce dernier évêque soit parvenue à en empêcher la publication, et nous ait privés d’un second volume bien précieux pour notre histoire. (1)
Ardent ennemi des Jansénistes, il ne ménage pas plus leurs adversaires, les ” Jésuites, lorsqu'il s’agit de théâtre, sujet sur lequel il s'était formé une opinion très rigoureuse. Ami des vieilles institutions de la France, il signale cependant certains abus avec tout le zèle et toute la hardiesse d’un réformateur. Enfin, il ne craint point de prendre en mains contre un grand nombre d’évêques, y compris celui de son diocèse, la cause de la liturgie romaine. Ses nombreux et savants écrits gur cebte question forment comme un arsenal où l’on a été chercher les armes qui
. ont amené de nos jours le triomphe de la Cause soutenue par lui avec tant d’ardeur
ae C est en rs # cette circonstance. ue à
“ De La Tour, dit l’abbé Migne, dans la courte préface qu’il a mise à son édition, est le prêtre du monde entier qui a le plus fait pour la liturgie romaine...
Il est donc temps qu’un homme dont les œuvres liturgiques viennent de provoquer une si heureuse révolution, et dont es autres écrits peuvent opérer quelque bien soit enfin mis au grand jour et élevé au rang qu’il devait occuper. ”
Le caractère qu’indiquent les écrits de M. de La Tour est de ceux qui gagnent à être connus. On pardonne beaucoup à la franchise, à la sincérité, à la conviction ferme et honnête. Il a fait avec intelligence de nombreuses largesses dont j'aurai occasion de parler. Réellement bienveil- Jant et bienfaisant, il était aussi chèér à ses amis que terrible à ses adversaires. Tandis que ceux-ci l’accablaient d’injures, ceux-là, dit un de ses biographes, lui attri-
buaient les qualités privées les plus attachantes. Il n’est donc pas Li os qu'on
ait regretté son départ et qu'on ait. cher-
hé à Te retenir ou ne ke: ramener au Cana- |
A; malgré les déboires qu'il s'était attirés
ou qu'un malheureux concours de circonstances lui avait valus.
Du reste, les débuts de Mgr Dosquet et de.son grand-vicaire avaient été heureux. Ïls est vrai que les événements s'étaient chargés de régler en fait, sinon en droit, la principale question entre M. de Lotbi- -nière et le chapitre ; maïs, pour en modérer les conséquences, pour apaiser les esprits, il fallait aux nouveaux venus autant de prudence que de fermeté. Des difficultés nouvelles naissaient à mesure que les anciennes trouvaient une solution.
‘Les principales, dit M. Langevin, roulaient sur la fixation des cures, sur la jurisdiction des biens ecclésiastiques, sur
l'interprétation du droit canonique tou:
chant les chapitres, sur l'état des communautés religieuses, et en général sur les attributions des différentes dignités ecclé- M ones * La question des cures datait
: du temps de Mgr de Laval : on sait qu'elle s'est ne jusqu’à nos jours et n’a pas 6 etite. Loue. de difficultés et ue .
procès, tout récemment encore. Le gouvernement français insistait pour qu’un certain nombre de cures fixes fussent créées; le chapitre avait pris sur lui d’en établir quelques-unes, ce dont Mgr Dosquet l'avait blämé. La curé de Québec était elle-même au nombre des matières ‘en litige pour.une tout autre raison. fl était resté un certain embarras résultant des diverses dispositions prises par Mgr de Laval à ce sujet ; le chapitre et le séminaire prétendaient également au droit de nomination. Toutefois ce bénéfice fut offert à M. de La Tour par le séminaire * avec, paraît-il, l’assentiment du chapitre. Ce simple fait prouverait, au besoin, la haute estime que tout le monde ressentait pour l’homme vraiment distingué que. la colonie allait pérdre, On .ne connaît pas au juste la date de son départ. Le 5 octo-
bre 178£, il fut chargé par le : chapitre de
à es de ré ee: les propriétés que ‘
mn rnasinteneentnnenenenttatinnninnntrhrentittnentennent ere
60 BERTRAND DE LA TOUR M. Xazeur de l’Orme, un des chanoines, avait ou la même mission en 1723,et il était resté depuis lors à l’abbaye de Maubec, dans le Berry, où sa réception, racontée par lui-même, offre une assez jolie scène de mœurs féodales.
Mon arrivée, écrit-il, a causé une joie universelle parmitous ces pauvres, habitants de Maubec lesquels, sans ordre de ma part, me reçurent sous les armes, tirant à mon arrivée dans le bourg, une quantité de décharges de coups de fusils, ce que faisaient les femmes et filles com-me les hommes, criant hautement : Voici M. l'abbé de Maubec. Je vous assure, messieurs, que toutes ces acclamations ne laissaient pas que de me donner beaucoup à penser, et me firent dès lors connaître qu'il fallait nécessairement que ces gens è eusrent été molestés. Car les évêques et
. autres qui sont pass RE are
querez ci-après ; le curé du bourg vint au devant de moi, me mena à l’église et y chanta un Te Dewm, pour remercier Dieu de mon arrivée ; quelque temps après le Te Deum chanté, ils firent un grand feu de joie où ils tirèrent encore une quantité de décharges de fusil ; la cérémonie finie, ils vinrent tous me saluer et me témoigner la joie qu’ils avaient de voir une personne du chapitre en ce pays, et mé contèrent les sujets de peine contre notre procureur et nos fermiers ; je vis plusieurs curés à qui M. Pepin a fait des procès sans beaucoup de raisons, qui me dirent hautement que si je n'étais pas venu, do concert avec les autres personnes qui sout dans la dépendance de l’abbaye, ils
auraient envoyé à leurs frais et dépens hr exprès en Canada avertir de ce qe se
passait ici, ” Si M. Pepin avait ét Ps rigoureux, il
et re que M. de Ar si Her
été envoyé à son secours en 1728, et que celui-ci n'ayant point réussi, M. de La Tour allait tenter la même entreprise.
Il n’était pas homme à se plaire indéfiniment à L'ARRAUS de Maubéc, même en supposant qu’on eût tous les jours tiré du fusil, chanté des 7e Deum et uit des feux d’artifices en son honneur. L’archevêque de Tours l’attira dans son diocèse, le fit chanoine et official, le chargea de la visite des communautés religieuses, comme il en avait 6t6 chargé-en Canada, et son grand talent pour la prédication ayant été remarqué, il commença bientôt cette longue série de stations, de retraites et de conférences à Toulouse, sa ville na-
* tale, à Amboise, à Loches à Angers, à
Bayonne, à Oléron et dans presque toutes ‘les villes du midi, qui aver ses innombrables Éte + emilie son nôm familier à
. énsmere ie lettre collective: et signée de
six chanies Su Jui : Le certes +
‘ Nous sommes mortifiés ERP par votre lettre, que vous ne pensez plus à vous rejoindre à nous, et que vous Comptez sortir de notre corps. Cela ne doit nullement diminuer l'union “qui est entre nous, nous vous prions de vous souvenir toujours de nous dans vos saints sacrifices, et d'être persuadé que nous serons tou- jours avec Lam À d’estime et d’attachemént, €
Ce rod pas cependant qu'il n’y eût eu “quelques petits nuages dans la correspondance du doyen avec le chapitre, restes des anciens démêlés à propos des questions d'argent, auxquelles je soupçonne M. de La Tour, d’avoir tenu beaucoup plus en sa qualité de docteur en droit civil
que par intérêt. Les choses avaient été poussées à une saisie d’une part, et à un
x l'eomme d'abus … l'autre. Ce Es . |
. La Tour, arrivé depuis, devait payer sa paït des frais.
Dans ses lettres, le chapitre is avoir la plus haute opinion de M. le doyen, à tous égards, excepté comme financier. Alors pourquoi l’avait-on chargé d'aller mettre ordre à des affaires qui avaient déjà fait le désespoir de plusieurs procureurs ?
Prédicateur avant tout, M. de La Tour, en arrivant, s'était mis à donner des missions aux fermiers des abbayes, qui,écrit-il, n’en avaient pas eues depuis un temps immémorial. Tandis que dans sa première épître aux chanoïnes (14 mars 1732), il leur annonçait cette bonne nouvelle, ceuxci apprenaient, d'autre source, que les let- tres de change tirées sur lui avaient été … protestées. |
RME: à Véconôme de Québec ne trouva pas.
re ces opérations ns bien. ‘brillantes, et, dans une
RE
… très longue no dont le: projet a.
gnore point le grand bien que peuvent faire les sermons de M. le doyen, en comparäison de ceux des curés payés par le chapitre ; mais, qu'après tout, c’est là le dyvoir de ces derniers, et que c'était celui de M. le doyen de ne pas laisser protester les lettres de change, chose qui pouvait faire grand tort au crédit de la maison.
La réponse de M. de La Tour est assez piquante.
‘ Rien n’est as sage, dit-il, que les règles de médiocrité que vous donnez pour la distribution de la parole de Dieu : en effet, quand un chanoine de Québec préche les fêtes et les dimanches, on doit être content de lui. Vous verrez par le succès des lettres de change de cette anrée, si la suspension des comptes, si la mission d'Or- * léans, si le voyage de Toulouse ont été la vraie vause du protêt des autres, ?
- Il explique ensuite que les Votes de — change du chapitre seront toujours expo- 7 sées à être dés tant qu’o 'on les tirera
tant qu’elles excèderont les revenus nets des biens. Après avoir montré que les nouveaux marchés qu’il a conclus feraient ga-
gner considérablement, il ajoute: ‘“ Vous
voyez, par là, que le spirituel n’est pas incompatible avec le temporel. ” (Paris,
20 avril 1733).
Dans une lettre précédente (Toulouse, 22 mai 1732), il avait donné de sages conseils assurant le chapitre qu’en les suivant
il y aurait moyen de rétablir les. choses.
“Il est à remarquer qu’il traite les affaires
d’une manière large et libérale; mais qui n’en est pas moins conforme au
véritable sens pratique. Il recommande
d’arranger les titres, de mettre un inten-.
dant laïque sur les lieux, de mettre
im RS le
. des troupeaux dans le-pays, de pousser plus activement les procédures que lon avait |commencées es obtenir Je us
et des procès que l’on s'était mis sur les bras, Un de ces litiges était, paraît-il, tellement odieux, que le parlement avait menacé le procureur d'interdiction, d’amende et d'emprisonnement, s’il formait. de nouvelles oppositions.
“Des réparations qui vous toucheront sans doute d’avantage, ” ajoute-t-il, “ ce sont celles qui regardent le service de Dieu. En effet, plusieurs ües églises dont le chapitre était décimateur ou patron se trouvaient dans un état pitoyable : celle du prieuré de Chezelles était tellement délàbrée que l’évêque l’avait interdite ; presque toutes étaient très mal pourvues d’ornements ; à Neuilley,” écrivait-il, ‘il y a pour toute ressource une chasuble, une aube et deux amicts: tout cela sert également le jour de la fête (la Toussaint) et le jour des morts. ”
Bi ces passages font Mens au st re-
| Higieux et à la piété du doyen, ce qui suit
galement son bon cœur cer son éressement (4 mai 17 84). sie
jour que je fais ici ne. peut vous
oo
58 BERTRAND DE LA TOUR métiers nuire, puisqu'il ne s'était présenté encore personne qui voulût du doyenné, la place -eut été toujours également vacante quand - même j'aurais fait ma démission, comme j'ay été sur le point de la faire, et malgré les offres que m'a faites Mgr l'évêque de me conserver mon revenu, je lui ay déclaré et je vous déclare que je n’en veux rien toucher ; pour le prix qui peut me revenir je vous prie de d’emploier partie à la décoration de l’église et partie en faveur des pauvres enfants du petit séminaire à votre choix. ”
On sera peut-être surpris d'apprendre que le revénu net des abbayes de Maubec et de Lestrées, dont la gestion causait tant d’embarras, avec leurs prieurés, leurs juæisdictions, leurs métairies, leurs bois, leurs moulins, leurs étangs, leurs droits féodaux
de toute espèce dépassait rarement 3,000
livres, et que toute l'ambition de M. de
l'Orms, de M. de La Tour, et detouscux
— qui s’en sont occupés était de le faire arri-
pas mauvaise volonté, s’il ne faisait point les choses plus libéralement.
On écrivait de Québec à M. de La Tour :
“Les 4,700 livres que nous avons acquittées avec les frais de protêts, les charges indispensables du chapitre, pour payer les chantres enfants de chœur, sacristains, organiste, pour l’aumônier du palais, M. Grouard, et autres, avec les dépenses ordinaires et extraordinaires de la sacristie, ont absorbé, cette année-là, tout le fonds de 8,000 livres, que nous avons en Canada, avec les 500 livres que nous recevons de la Fabrique ; vous n’en serez pas surpris vous-même si vous en faites le compte. Ainsi n'ayant à partager que les 3,000 que nous tirâmes sur M. de Lorme; cette somme ne put produire que 408 livres pour vous, 308 pour
les dignités, et 208 pour les chanoines. ” La lecture de toute cette contes onrare
ce, et de celle de M. de l'Orme, m'a repor-
té par la pensée bien au delà du dix-hui-
. tième siècle. N'est-ce Le une se strange Hi
que ces anboues abbayes, dont une avait été fondés par le roi Dagobert, aient été la propriété de chanoines de la Nouvelle- France, que les vieilles métairies qui en dépendaient aient été régies sur des ordres partis de Québec ! On a même vu qu'un délégué des curés et des fermiers avait êté sur le point de venir porter leurs doléances à leurs seigneurs et maîtres, aux pays des Algonqüins et des Hurons.
Cette vieille féodalité de la France, qui déjà menaçait ruine, comme les édifices dont il est question, devait s’écrouler avec fracas avant la fin du siècle. Un rejeton de ce système plus simple et moins chargé d’abus s’implantait en même temps dans notre sol : il devait grandir, se développer et mourir paisiblement au moment où la société dont il avait protégé les commen- cernents, se croirait assez forte pour s’en rendre indépendante. Que de sujéts deré
| flexions l..:. Mais elles nous mèneraient = trop loin, et si le lecteur le veut bien, nous
oi | revieñdrons un peu en arrière dans notre
récit, que nous reprerdrons à l’époque du départ de M. de La Tour.
Les dernières mentions qui sont faites de lui dans les registres du chapitre de Québec, se trouvent en 1732 et en 1734.
Par une délibération en date du 12 octobre 1732, les chanoïnes l’autorisent à gérer leurs affaires une troisième année, conjointement avec M. de l'Orme, ce qui paraît.
étrange, car il y avait moins d’un an qu’il était parti. On lui tiendra compte de ses appointements comme sil fût resté ici, ÿ estil dit, ne pouvant lui offrir aucune indemnité. En 1734, se trouve une autre délibération en faveur de M. de l’Orme seul, et la même année, les provisions dé curé de Québec données à M. de Saint- Ferréol, par le supérieur du séminaire des Missions Etrangères de Paris, mentionnent la renonciation de M. de La Tour, suo chirographo, à ce bénéfice. On avait
prié le supérieur de Paris de savoir le der-
nier mot de M. de la Tour, et en même
temps on l'avait chargé par procuration
de nommer un autre prêtre, si le doyen se
refusait. Le chapitre protesta contre l’installation de M. de Saint-Ferréol. Tout ceci dorine bien à penser que jusque-là on avait espéré ramener à Québec le jeune et brillant sujet qui s’en avait éloigné.
Mgr Dosquet, lui aussi, repassa en France ; son départ doit-il s expliquer par celui do M. de La Tour ?
L'absence de celui qu'il avait choisi pour - l'aider dans sa tâche difficile, fut-elle pour quelque chose dans l’affaiblissement de la santé de Mgr Dosquet ? La résidence de la ville et de l'évêché lui devint-elle pour cela désagréable? (C’est ce qu'il est peutêtre permis de supposer ; toujours est-il que l’année suivante il construisit sa résidence de Samos, nom qu’il avait donné à une terre voisine de Québec, et dont ïl
s'était fait l’acquéreur, (1)
——————————————"——————————————— (1) Le nom de Samos fut longtemps porté par un bois, maintenant en grande partie disparu, et où nos pères allaient faire des parties de Ha campagne qui ne 8 appelaient pas encore des …
Le “aujourd’hui les noms de Woodfield et de Ber- Pis no sé nm mine >, or
niques. La terre de Mgr Dosquet porte
De l’aveu de tous, il montrait dans les affaires beaucoup de zèle et de fermeté ; mais sa qualité de coadjuteur était un obstacle à ses entreprises. La Cour désirait qu’il y eût dans la colonie un évêque en titre, et l’évêque de Samos se décida à
priété de notre aimable st savant naturaliste et antiquaire, M. Lemoire. Le nom insignifiant de Woodfield fut substitué bien à tort au nom historique de Samos par le juge Mabane, qui acheta cette propriété des messieurs du séminaire. Dans une des charmantes esquisses de ses Maple-Leaves, M. Lemoine nous donne l’histoire de cette terre depuis Mgr Dosquet jusqu’à nos jours. On y voit que la maison du prélat était sur le bord de la côte, qu’elle ressemblait un peu au manoir de Beauport, qu’elle brûla en 1842, lorsqu'elle appartenait à notre botaniste canadien, M. Sheppard, dont la bibliothèque et la collection furent détruites en même temps. Comme tout brûle en Canada, la villa de M.
Gibb qui la remplaça eut le même sort, et l’inscription sur une plaque de plomb que Mgr Dosquet avait fait mettre dans les fondations, et que : M. Sheppard avait déposée au musée de la So-
ciété Littéraire et Historique de Québec, a aussi -
ose dans un des deux nan fu ont
ue: cette institution. +
passer en France, surtout pour presser Mgr de Mornay, de venir enfin lui-même gouverner son diocèse ou de renoncer à un évêché où il ne voulait point résider.
Toutes ces allées et venues des dignitaires ecclésiastiques, des fonctionnaires civils et même des simples particuliers ont, au premier abord, de quoi nous étonner, en songeant à la longueur et aux périls des voyages transatlantiques à cette époque.
Mais c’est précisement la difficulté des communications qui en était la cause. Un correspondant de mauvaise volonté qui laissait repartir le courrier sans répondre s’assurait presque une année de repos et de tranquillité. Même en supposant une prompte réponse, si l’on ne s’entendait pas du premier coup, pour peu qu’il y eût pre répliques, on se trouvait -xposé à des délais interminables. A la Cour surtout où ph 2 ‘ailleurs les absents ont
à ses affaires plutôt qüe d'en” attendre des nouvelles.
Le 12 septembre 1788, Mgr de Mornay donna enfin sa démission, ét ce fut encore M. de Lotbinière qui, l’année suivante, prit possession pour Mgr Düosquet. De retour au pays où il ne resta qu’une seule année, l’évêque de Québec se retira à sa résidence de Samos, et en 1735 il repartit pour l’Europe. Pendant quatre années, ‘il espéra toujours revenir, mais il hésitait à le faire, à cause de ses infirmités. Enfin, le 5 juin 1739, il donna sa démission et fut remplacé par Mgr de Lauberivière, jeune et intéressant prélat de 29 ans, qui mourut douze jours après son arrivée, victime de son zèle envers. les malades qu'une fièvre putride avait accumulés dans le vaisseau.
La dernière année que Mgr Dosquét avait passée à Québec fut done, durant un
long espace de temps, l8 seule pendant - laquelle la Nouvelle-France eutun évêque
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Vallier, arrivée le 26 décembre 1727, jusqu’à l’intronisation de Mgr de Pontbriand, le 30 août 1741; cet immense diocèse fut gouverné par des coadjuteurs, des grandsvicaires ou des vicaires capitulaires. Un de ceux-ci, M. de Miniac, voulut aussi, lui, ne pas résider ; mais le chapitre révoqua sa nomination, ce qui était bien raisonnable. Si l’on ajoute à cela que Mgr de Laval et Mgr de Saint-Vallier avaient fait l’un et l’autre de longues absences, que ce dernier fut huit ans captif en Angleterre et passa en France à plusieurs reprises, on peut juger de l’importence qu'avait à cette époque une institution comme le chapitre de Québec, heureusement toujours composé d'hommes éminents par . leur science, leur zèle et leurs vertus, On peut aussi juger de la gravité que pre- .naïent les moindres affaires, et en y son- : geant où. s’étonners moins des misèr(s sa dont les faiblesses humaines étaient sans dot né bonne e part, mais que les
EE
Mgr de Mornay lui-même avait compris la vraie cause du mal, et pour y remédier il avait voulu donner à son coadjuteur tout le poids de son autorité, et
cela, pour. bien dire, sans réplique de la part de qui que ce fût. La lettre suivante, un peu sévère peut-être, qu’il adressa au chapitre, le prouve abondamment :
“A Paris, 20 mai 1729.
Je ne répondray pas, Messieurs, aux articles particuliers de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. La paix et la charité ne consistent pas dans les disputes, il faut en éviter toutes les occasions. : Tenez-vous-en à ce que Mgr l'évêque de Samos, mon coadjuteur, vous dira de ma :
part. C'est lui seul qui est aujourd’hui
investi de tous mes pouvoirs (et en cas
.- méme, cé qu'à Dieu ne plaise), mais poes. | . prévenir toutes. dificultés : autant qu'on : -pety pourvoir, en cas qu'il vint à mou-
ee ee je : ee que Je re du a
vasiééiqn
vicaire-général, selon le pouvoir que je lui en ay donné et qu’on ne pourra rien chan- :
ger que par des ordres exprès et positifs de moy. Cette lettre servira de réponse à tous ceux du chapitre qui m'ont escriet auxquels je ne fais pas de réponse particulière, chargeant Mgr l’évêque de Samos, mon condjuteur, de vous expliquer mes intentions. Je mets en luy toute ma confiance comme je lui ay donné tous mes pouvoirs. Aiez donc pour lui tous les égards que vous devez avoir pour celui qui va faire toutes les fonctions de votre évêque, qui le représente ou plustost qui représente la personne de Jésus-Christ, notre Sauveur, en qui je suis,
Messieurs, Votre très humble et .… très obéissant serviteur, Lours-FrANÇOIs de Monway,
évêque de Québec.” Mgr Dosouet mourut vicaire-général de
. Parisen 1777, à l'âge de 86 ans. Comme : son ami, ae de] La Se il eut la douter e
d'apprendre la perte de cette colonie à laquelle ils ne cessèrent tous deux de s’intéresser et où ils avaient fait beaucoup de bien, à travers beaucoup d'obstacles. ‘“ Les mandements de Mgr Dosquet,” dit M.
Brasseur de Bourbourg, ‘“ qui ne sont pas moins remarquables par leur précision que par la lucidité des pensées et du style, attestent sa vigilance et le soin qu’il prenait de son troupeau.”
Ce fut sous son administration que se compléta l'établissement des Sœurs de la Congrégation, à Louisbourg, lequel fut de sa part l’objet d'une grande sollicitude (1),
(1) Mgr Dosquet était né à Lille ; entré d'abord dans la maison de Saint-Sulpice, il arriva au Canada en juillet 1721 et retourna en France le 15 août 1728. Il fut pendant ce temps missionnaire au lac des Deux-Montagnes et direc-
teur des Sœurs de la Congrégation Sa santé était déjà chancelante et ce fut la cause de son
retour à Paris. Il passa alors au séminaire des Missions Etrangères qui l’envoya à Romeen.
qualité de procureur. Il y fut élevé à l’épisco- pat par le pape Benoit XII, qui avait pour lui
. la plus haute estime, et. le sacra de sa main
che. de Samos, Je joue de. Ed de l’année ee
ét que l’on acheva de rebâtir le séminaire de Québec détruit une seconde fois par un incendie. Il y contribua largement et il ‘donna aussi à cette institution sa terre et
men
1725. Trois ans après, il fut choisi pour coadjuteur de l'évêque de Québec. M. Faillon dit :
‘M, de Beauharnois et M. Hocquart, en annonçant son départ au ministre, écrivaient que ce prélat, quoique animé d’intentions pures et droîtes, partait néanmoins peu regretté des communautés religieuses, à cause de sa manière de gouverner qu’elles regardaient comme trop. absolue. S'il était vrai que les communautés . religieuses de filles eussent porté de lui ce jugement, il semble qu’il ne faudrait pas mettre de ce nombre celles de la Congrégation, quoique pourtant Mgr Dosquet y eût changé quelques usages établis par la sœur Bourgeois. Du moins ce prélat ne cessa de donner des marques sin- ” cères de son dévouement pour les Sœurs de cette communauté, et avant son départ de Québec, il . leur fit don d’un tableau de prix pour leur église
ne déjà. enrichie. re Jui d'auires-péiniures remar- ;
= quables.
M. Ferland, dans ses Observations sur D Hisioiré +
de su ca, de. M. Ê er de Bourbourg, justifie de ; : Paris des reproches que. lui
er Dosquet, qui, ae
sa maison de campagne de Samos. Il ren- - dit d'importants services à l'Eglise du Canada après la conquête, et M. de La Tour et lui ne cessèrent de correspondre avec nos communautés religieuses, comme on peut le voir par les annales des Ursulines,
après avoir renoncé à son agrégation, prétendit - avoir le droit d’être logé, nourri et entretenu par la communauté avec ses quatre domestiques. . La communauté était probablement dans son droit, maie il est au moins malheureux qu’elle ne se soit pas entendu avec un homme qui s’était toujours montré si libéral. Les ‘‘ quatre domestiques ‘’ et la maison de campagne de Samos indiqueraient le goût de ce qu’on appelle aujourd’hui une grande existence. : Mgr Dosquet n’en était pas moins charitable et il fit de sa fortune le plus noble usage.
On s'explique difficilement les deux passages suivants du Cours d'histoire du Canada de M.
Ferland, d'ordinaire si correct et si précis :
‘Le roi Jui fit nommer pour son coadjuteur - M. Dosquet, qui fut sacré sous le ve d'évêque
de Samos in partibus infidelium. . ei é4 Quoique l'évêque de Eros dût connaître
le Canada puisqu’il avait passé quelques années … au séminaire de Québec.” (Second volume, page
les ouvrages de M. Faillon et celui de M.
Langevin. Ce fut M. de La Tour qui, en 1752, fit imprimer à Montauban l’ Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec, rédigée par la mère Juchereau de Saiïnt-Ignace, en collaboration avec cette mère Duplessis de Sainte-Hélène qui, dans ses lettres, parlait si irrévérencieusement du jeune grind-vicaire. Beaucoup plus tard, il publia dans la même ville la première partie de ses Mémoires sur Mgr de Laval, ouvrage assez souvent incorrect dans ses détails, mais charmant par la vérité de l’ensemble, la sincérité du langage, le mouvement, le naturel; et la vive syr pathie de l’auteur pour le pays dont il s’est fait, au courant de la ‘plume, un des premiers historiens.- (1)
(1) Les œuvres reproduites par l’abbé Migne forment sept gros volumes in-4°, compacts et à deux colonnes. Les soixante volumes in-12 que M. Migne a ainsi fait revivre sont loin d’être l’œuvre complète de notre ancien grand-vicaire. La bibliothèque de la ville de Montauban en contient plusieurs autres et il avait laissé beaucoup de manuscrits inédits.
On se demande, non sans intérêt, ce qui serait arrivé si M. de La Tour fût resté en Canada. Serait-il parvenu à y retenir Mgr Dosquet ? Serait-il revenu avec lui, et n'est-ce point parce que Mgr Dosquet ne se décidait pas à retourner à Québec qu’il se démit de son doyenné ? Quel rôle tous deux auraient-ils joué dans les dernières et désastreuses années de l’ancien régime ?
Cette effrayante activité intellectuelle, cette énergie morale dout M. de La Tour a fait preuve auraient trouvé mille moyens de s'exercer dans ce pays nouveau et malheureux ; mais dans quel sens et avec quels résultats ? Ç
‘ Ces questions sont sans doute oïiseuses ; toutefois le biographe qui arrive à un point où la route se bifurque devant son héros, ne peut s'empêcher de jeter un regard curieux sur celle des deux voies qui n’a pas été suivie. C’est ce que nous faisons tous les jours en songeant aux événements de notre vie passée, à ce qui aurait pu être au lieu de cé qui a été. En approchant . des grandes et fatales époques d’une his-.
toire, révolutions ou conquêtes, ou se prend à rêver à ce qui aurait pu se passer si tel ou tel homme eût fourni sa carrière jusqu’au bout, de même qu'entraîné par les rapides vers une cataracte on s’accrocherait, si on le pouvait, au moindre arbrisseau de la rive.
La Providence a voulu M. de La Tour en Europe ; au lieu d’un zélé missionnaire, peut-être d’un évêque du Canada, elle en à fait un orateur sacré dont les sermons sont encore 'lus par les prêtres de toute la chrétienté, partout où s’exportent les grandes collections de l'abbé Migne. Au lieu d’être le dénonciateur sarcastique et véhément des abus administratif: qui ont ame-
né la ruine du régime français en Améri-
que, rôle qui lui serait probablement échu, il a été l'ennemi acharné des Jansénistes et, longtemps après sa mort, le restaurateur de la liturgie. romaine.
* er — 4 X à LC À ; ARE SE Es va ET = :
Vs,
ss,
IDE Le nom de plaines d'Abraham se donne dans notre histoire à tout ce vaste plateau ‘qui s'étend sous les remparts de Québec et qui se termine au sud par une côte abrupte et dentelée de petites anses sur le Saint-Laurent, et de l’autre par. un coteau moins élevé qui le sépare de la vallée de la rivière Saint-Charlés.
Le nom biblique, que pose cet edit à jamais célèbre, n’a qu'un rapport très- “éloigné avec le père des Hébreux ; il lui vient d’un certain Abraham Matin. qui possédait autrefois une partie de cette éten- ‘due de terre et qui ne songeait guère à se
. faire connaître dela postérité, .
Si du reste il a — si remare
quable au point de vue historique, ce lieu ne laisserait point que de mériter une grande réputation par la beauté du paysage que l’on y découvre. Deux grandes voies parallèles le parcourent, l’une du côté du :
Saint-Laurent, l’autre du côté de la rivière Saint-Charles ; la première s'appelle la Grande- Allée ou chemin Saint-Lous, l’autre le chemin de Sainte-Foye.
La première passe le long d’un vaite champ de course, que le vulgaire connaît plus particulièrement sous le nom des plaines ; c’est là qu’a dû se passer la plus grande partie de la première bataille.
De ce côté, les faubourgs n’ont pas encore envahi le plateau aussi loin que dans la direction de Saiïinte-Foye, la Grande-Allée est à peine bordée de maisons d’un côté ; l’autorité militaire s'étant réservée de grandes espaces, afin que l’on ne construise por Hop près de Bi citadelle.
La vue n’ y est point aussi “due :
mais elle offre un coup d'œil plus singulier, surtout à l'endroit appelé Buttesà.
Neveu, et qui fut longtemps le lieu des exécutions. De 1à, on vcii une partie du bassin sans présque soupçonner l’existence d’une ville aussi grande que Québec, laquelle se trouve dérobée aux regards par les fortifications et les accidents de terrain. À peine quelques clochers et quelques toits de maisons révèlent-ils la préseñce de la vieille capitale. A gauche, le faubourg Saint-Jean se trouve en partie éaché par la déclivité, et le faubourg Saint-Roch ainsi que la plus grande partie de la rivière Saint-Charles sont tout à fait invisibles. Les hauteurs de Lorette ét de Charlesbourg, Beauport et la côte de Beaupré paraiisent tout rapprochés, et il sernble qu’en descendant une petite côte on se trouverait de suite au milieu de ces belles campagnes dont les champs de toutes lés nuances, lés bosquets et les riantés et blanches habitations forment un tableau à la fois doux et austère, couronné par les Laurentides aux teïntes d’un bleu sombre, dont les orges et les découpures mdiquent les régions roi qui P'ARIONES \
er nrntrnntttererteeratentntateeerrttitnatenttt trs
entre les comtés de Québec et de Montmorency et la vallée du lac Saint-Jean.
Si, par un jour d'automne, vous suivez cette route, tandis que des troupes paradent sur le vaste champ de manœuvre au son des clairons, et que, dans cette partie du bassin de Québec, qui est visible un peu vers votre gauche, les blanches voiles de la flotte d'automne, se succèdent les unes aux autres ; vous devez sentir battre votre cœur et votre esprit s’exalter aux souvenirs historiques de 1759.
Le chemin de Sainte-Foye offre un . spectacle un peu-différent. Il était moins facile peut-être avant l'érection du monument de 1760 de s’y absorber dans la méditation des événements passés. La route est bordée de nombreuses villas, et audessous s'étend la vallée riche et animée de la rivière Saint-Charles. Les populeux faubourgs de Saint-Roch et de Saint- : Sauveur, leurs chantiers de construction, les cheminées de quelques-usines que l'on
découvre. en avançant, nous ramènent âla
ns au ne moins D et ie .
ES
LES PLAINES D'ABRAHAM 79 RER a PESTE à industriel. : Et puis l’on ne tarde guère à entrer dans le grand faubourg Saint-Jean, qui occupe précisément le site de la terre d'Abraham Martin.
Les deux combats du 13 septembre 1759 et du 28 avril 1760, ont occupé presque tout le plateau ; mais on peut dire que le premier s’est surtout livré sur le chemin Saint-Louis et le second sur le chemin Sainte-Foye.
Chaque position a aussi son monument, l’un élevé en l'honneur de Wolfe, à l’endroit même où il succombait, l’autre en l'honneur des braves de 1760, à l'endroit où se livrait le plus fort de la bataille, sur le site du moulin de Dumont.
Chacune de ces deux mémorables jour- nées semble avoir eu sa mission providentielle. FR
Le combat du mois de septembre récompensait l’audace de Wolfe, éhâtiait les infamies du règne de Bigot et des autres
manieuré d'argent, et soustrayait le pays
au-châtiment terrible que la France elle même allait subir pour limmoralité et
80 LES PLAINES D'ABRAHAM CNE SAR REC SREREES CESR MA © l'impiété de ce siècle.
Le combat du mois d'avril était une belle revanche accordée au petit peuple fidèle et valeureux que le désastre de l'an:
née précédente avait si cruellement dégolé : c'était le couronnement, utile seulement au point de vue moral, de toutes les inutiles victoires remportées dans les, campagnes précédentes ; c'était, enfin, un dernier titre de noblesse ajouté à tous ceux qui devaient nous concilier l'estime et le respect de nos vainqueurs.
Mais cette seconde bataille, plus considérable sous quelques rapports que la première, a été pendant longtemps relativement inconnue, et éomme jetée dans l’ombre par l'immense résultat que le 13 septémbre avait acquis et que les événements subséquents confirmèrent. La. mort des deux généraux, Wolfe et Montcalm, avait aussi donné à ce jour une auguste et tou-
chante consécration, participant du maïtyr et de l'apothéose qui, plus que toute
autre circonstance, était propre à frapper Li mon mue
beau sujet, en effet, pour la poésie et la peinture, ces auxiliaires si puissants de l’histoire |
Ce fait, assez rare, de deux armées privées de leur chef au milieu de la bataille, s'était déjà vu dans nos guerres. M. de Beaujeu et le général Braddock, avaient tous deux succombé à la journée de la Monongahéle, et cette fois là, comme aux plaines d'Abraham, celui dont l’armée devait être victoriense, était tombé le premier,
Tout concourait du reste à faire de la bataille du 13 septembre un grand évêne:
ment historique. L'Europe, depuis ce temps, n’a guère su de nous autre chose.
La chute de Québec, non-seulement décidait de la grande rivalité de la France et
… de l'Angleterre en Amérique, mais encore elle ajoutait un immense prestige à la - Grande-Bretagne, en lui assurant pour .… toujours, vis-à-vis de la France, la supré- matie maritime qu'elle possédait déjà; chose dont on-n’a compris toute l’impor-
tance que plus tard, lorsque Aer a pu écrire :
“Le trident de Neptune est le sceptre du monde’
Cet événement hâta, il est vrai, la révolution américaine qui devait diviser l'empire des mers; mais s’il est certain que c’est au détriment de l'Angleterre, il est encore douteux que ce soit au profit de la France.
Bien des chosés avaient conspiré pour le succès de Wolfe, en dépit des bstacles insurmontables qui semblaient se dresser devant lui. L'arrivée de la flotte, saine et sauve, dans le port de Québec, après
que plusieurs autres expéditions navales
eussent échoué devant les difficultés de la
navigation du golfe et du fleuve, le peu
de succès des brûlots formidables qui
avaient été préparés à grands frais, ces
circonstances presque merveilleuses svaient été suivies d’autres plus merveilleuses en-
core. Ainsi, après avoir 6t6 défaite à : morency, où ils avaient 5ssayé de re Nu V’aile gauche de l'année du Me Mont.
LES PLAINES D'ÂBRAHAM 83 calm, après avoir dévasté l’île d'Orléans et une grande partie de la côte du sud ét
impitoyablement bombardé .et incendié Québec, sachant que les seuls points abordables de la rive nord-au-dessus de cette ville étaient gardés par le colonel Bougainville, qui, à la Pointe-aux-Trembles, avait repoussé deux. fois le général Mur-.
ray, ce fut, pour les chefs de l'armée anglaise, une heureuse inspiration que celle de risquer un débarquement dans un endroit que Montcalm croyait inaccessible.
Le succès des diverses feintes qui consistaient à simuler une attaque au Cap-Rouge et une autre sur le camp de Beauport, l’obstination de Montcalm, qui ne voulait point diminuer ses forces à Beauport, affir-
mant foujours que le moindre détache
- ment suffirait à culbuter l'ennemi s'il Osait gravir la côte escarpée qui borde le
Saint-Laurent au-dessus de Québec, l’heu- reux stratagème par lequel Wolfe sut faire de passer ses troupes pour u; COnvOi de ravi-
taillement attendu à à Québec et tromper
Hoi - ains Su Pre br an
ges, enfin, l’ineptie de Vergor, qui commandait le voste en haut de la côte, à l’endroit du débarquement ; toutes ces choses forment un enchaînement bien étonnant et qui a frappé les écrivains anglais tout les premiers. Le tout fut couronné par limprudence et la précipitation avec lesquelles le général Montcalm livra la bataille, avec une partie seulement de son armée, sans attendre les troupes de la garnison et le corps d'armée de Bougainville, qu'il pouvait faire revenir du Cap-Rouge de manière à mettre les Anglais entre deux feux.
Aussi malgré l'incontestable valeur des milices canadiennes et des troupes françaises, l’armée de Wolfe, supérieure en nombre et commandée avec plus de sang-froïd, ayant pour elle la nécessité de vaincre (car retraiter était chose impossible), eutelle en peu de temps vaincu ses ennemis.
Outre la mort des deux chefs, la bataille fut, comme toutes celles de cette époque, ineurtrière surtout pour les officiers. Plus de mille hommes manquaient à l'armée
mme ni nes en name han en in nn
française, tués ou mis hors de combat, et près de 250 prisonniers avaient été faits par les Anglais. Ceux-ci n’accusent, dans leurs dépêches, que 71 morts et 593 blessés.
Parmi les blessés se trouvaient le général Monckton, commandant en second, ce . qui fit passer le commandement entre les mains du général Townshend, le général Carleton, qui fut depuis si longtemps gouverneur de la colonie, et l’adjudantgénéral Barré.
Du côté des Français, les deux officiers qui commandaient en second, M. de Senezergues et M. de Saint-Ours, moururent de leurs blessures ; un grand nombre d’auires officiers furent tués ou dangereusement blessés.
Tout ce qui se passa à la suite eut le même caractère de fatalité pour la France.
Les débris de l’armée battue, les troupes qui étaient restées au camp de Beauport et celles de Pougainville, au Cap-Rouge,
réunies sous le commandement du cheva-
lier de Lévis, descendu en toute hâte de Montréal, formaieñt encore une mass
imposante .et auraient pu tenter, avec bonheur, une seconde affaire. De Lévis n’en doutait point, et, après s'être concerté avec M. de Vaudreuil, il fit dire à M.
de Ramesay et à la garnison de tenir bon.
Ce dernier était certainement un homme de mérite, et il appartenait à une famille dont tous les membres avaient fait bon .
marché de léur vie au service de la France ; cependant, sous l'impression pénible qu’avait causée la mort de Montcalm et pressé par les marchands, il céde, malgré les avis, ou plutôt les ordres de ses supérieurs, et il conclut une capitulation, qui lui avait été accordée par le fénéral Townshend, trop heureux d’en finir aussi aisément.
Dans le conseil de guerre, qui fut tenu chez M. Daïine, maire et lieutenant de.
police, un seul des officiers de la garnison. M. de Piedmont, jeune homme dont le nom, dit M. Garneau, mérite d’être con- servé, sopposa à la reddition d” la place.
Le général de Lévis, furieux de voir
ainsi frustrer ses légitimes espérances, s'en “à exprima de la « manière la plus M
ont a
LES PLAINES D'ABRAHAM 87 Te Mais s’il ne put de suite venger l’affront que la France venait de recevoir, s’il ne lui fut pas-même donné, plus tard, de reprendre Québec, du moins une éclatante revanche illustra son nom, auquel la postérité vient de rendre de tardifs, mais de glorieux hommages.
De retour à Montréal avec M. de Vaudreuil, il expédia en France M. LeMercier sur un navire qui, par une chance inexplicable, traverse la flotte anglaise à Québec sans encombre ; et il ne songea plus qu’à se préparer pour attaquer cette ville au printemps, afin de s’en emparer et d’y recevoir les secours qu’il sollicitait avec instance. Comme deux auires armées étaient entrées dans la colonie, l’une par l'ouest et le fort Niagara, dor* elle s'était ‘emparé, l’autre par le lac Champlain, la domination française se trouvait réduite à Vespace compris entre le fort J acques-Car-
… tier, à la rivière de ce nom, près de Qué-
bec, l'Ileaux-Noix et le fort de Lévis, à la tête des rapides du Saint-Laurent. Lés . postes que la France possédait dans l'inté-
rieur, à l’ouest et au sud-ouest, se trouvaient isolés et comme perdus. Le territoire conquis, surtout aux environs de Québec, était ravagé et dévasté de la manière la plus cruelle. Sept ou huit milles hoinmes était tout ce que M. de. Lévis pouvait réunir, -en y comprenant des vieillards et des adolescents, et il n'avait qu’une artillerie de siège insuffisante. Ne point désespérer dans un tel état de choses, c’était d’un incroyable héroïsme. De fait, si le général Murray eût soupçonné que la France n’enverrait point de renforts, et s’il eût connu le véritable état des choses, il fut resté dans ses retranchements et n’eut point: risqué une défaite inutile à son vainqueur.
Si les grandes actions se mesurent à la difficulté de l’entreprise, à l’exaltation de sentiment qu’il faut pour les tenter, la bataille du 28 avril mérite que l’histoire accorde au chevalier de Lévis une place au moins égale à celle de Wolfe. Il a pas tenu qu’à lui de mourir au milieu de sa victoire; mais il n’en a été que plus
malheureux ; le sort de Wolfe lui eût épargné la douleur de voir son triomphe inutile et la cour de France l’abandonner avec une si Cruëlle lâcheté ; il n'aurait pas eu à souffrir les tortures morales qu’il ‘dut éproüver lorsque, enveloppé dans Montréal par trois armées anglaises, il vit refuser les honneurs de la guerre à la poignée de braves qu’il commandait, menaça de se retirer avec eux dans l’île de Saint- Hélène, pour s’y défendre jusqu’à la der:
nière extrémité, et ne posa les armes que sur l’ordre tormel de M. de Vaudreuil.
Les contre-temps, grands et petits, ne manquèrent point non plus dans cette nouvelle expédition. Lévis dû remonter le long de la rivière du Cap-Rouge, trop bien défendue à son embouchure, et déboucher, à la pluie et au tonnerre, sur les hauteurs de Sainte-Foye par les marais de la Suède. : Murray avait été prévenu de son arrivée, qu’il croyait secrète, et il
trouva plus de 2000 hommes rangés sur le.
plateau, où il. avait du reste tant de diffs
… culté à s'établir,
L'espèce de malheur qui s’attachait à chaque instant à la cause de la France, dans les plus petits détails, a été vivement sentie par tous les écrivains contemporains, et la Religieuse de l’'Hôpital-Général, qui nous a laissé une relation du siège de Québec, (1) en a été surtout frappée.
Parlant de l’aventure extraordinaire du canonnier de l’armée de Lévis, recueilli sur les glaces dans le port de Québec, elle dit : “Le pauvre homme, saisi et effrayé des risqués qu'il vénait de courir, ne fut pas en état de dissimuler ; il dit avec franchise qu’il était un des canonniers de l’armée, qui était à deux lieues de Québec ; qu’en voulant monter un canon, le pied lui avait manqué, que la glace l’avait emporté et fait dériver malgré lui ; jusque-là, la marche de l’armée avait 6té secrète. Pour
le moment, € ce secret développé nous parut
DES RU ARE ASE 14) Mémoires historiques publiées par la Société ‘ Littéraire et . Historique de. sHEpes, |
2 deuxième volume,
On trouve aussi Lans 1 sation en brochure, a publiée chez Carey, en: : +
PT
de mauvais augure, et dirigé par une puissance à laquelle on ne put s'opposer. ” Et plus loin : ‘ Notre armée, ignorant
Je trait de Providence qui venait de se
asser à l'avantage de l'ennemi, continua : ?
MBémarche. La nuit du 27 au 28 fut des
‘ce ; car les avantages étaient tous du côté
plus terribles. Le ciel semblait vouloir combaîitre contre nous. Le tonnerre et les éclairs, peu communs dans cette saison en ce pays, nous annonçaient par avance les coups de foudre auxquels les ‘ nôtres allaient être exposés. La pluie, qui tombait à seaux, et les chemins impraticables par la fonte des neiges, ne lui permettaient point de marcher en ordre. M. de Bourlamaque, second général des troupes de terre, se trouva à la vue des ennemis, à la tête des premiers bataillons, sans avoir eu le temps de les ranger.” … um Le chevalier de Lévis arracha, pour bien:
dire, cette dernière victoire à la Providen-
nue l'armée de Murray, dont les forces,
quoïqu'en aient dit plusieurs écrivains, étaient à pou près él
aux siennes.
A la bataille du 13 septembre, Montcalm avait sa droite sur le chemin de Sainte- Foyé, et sa gauche sur le chemin Saint- Louis, à la hauteur des Buttes-à-Neveu.
Wolfe lui faisait face sur toute la ligne et commandait en personne, à la droite, grenadiers de Louisbourg ; ce fut en chargeant à leur tête qu’il reçut les coups de feu dont il mourut.
À la bataille du 28 avril, le général Murray avait aussi étendu sa ligne sur la plus grandè partie du plateau, sa droits s’appuyait au coteau Sainte-Geneviève, sa gauche à la falaise qui borde le Saint-
. Laurent.
Le 28 avril, les PME attaquèrent les premiers, jouant le rôle qu’avaient joué les Français le 13 septembre.
Mais il y avait cette immense différence qu’au 13 septembre, les Anglais étaient déjà bien établis et bien rangés en bataille, lorsque l’armée de Montcalm, après avoir laissé en toute hâte le camp de Beauport,
- arriva sur les plaines, tandis que, le 28 ar T'ermée du sn Lévis n avait
RE
pas encore pris position lorsqu'elle fut attaquée ; de plus, elle devait être excédée de fatigue, ayant passé deux jours en marche ou en escarmouches par un temps affreux.
Lévis n'avait que 3 pièces d’artillerie à
opposer à 22 bouches à feu.
Aussi le dernier combat fut-il plus acharné que le premier. La lutte fut surtout terrible au centre où se distingua M.
de Repentigny à la tête des milices de Montréal et sur l’aile gauche de l’armée française, au moulin de Dumont, abandonné, pendant la nuit, aux troupes françaises, que celles-ci avaient évacué à leur tour et que les grenadiens de la reine, sous le commandement de M. d’Aiguebelles, reprirent après un combat furieux contre les montagnards écossais du colonel Frazer.
La déroute de l’aile gauche de l’armée anglaise, vivement attaquée par le colonel Poularier, à la tête du Royal Roussillon, et par M de Saint-Luc avec un corps de Canadiens, décida du sort de la bataille.
ie On ne s'accorde point sur le nombre des
tués et des blessés pas plus quesurlenombre des troupes engagées. On peut dire, cependant, que près de 3000 hommes furent mis hors de combat, ce qui est une forte proportion sur le nombre des combattants, Dans sa perte, l’armée française comptait cent quatre officiers tués ou blessés ; parmi les premiers se trouvait le brave colonel Rhéaume, qui commandait un des bataillons de la milice de Montréal, et.
parmi les derniers, M. de Bourlamaque, qui commandäit l’armée en second.
. ‘ Tels sont, en peu de mots, les deux évé- -nements qui ont illustré les. plaines das braham.
Ce ne fut que longtemps après que Von songea à en perpétuer la mémoire par des monuments. Le professeur Silliman, lors-
qu'il visita Québec, en 1819, fut étonné
voit dans unen
de ne trouver d’autres souvenirs de Wolfe . qu. la curieuse statue en bois peint qui 8e. “et riche au coin de la rue du no Pala:s. 6 Quand. je
j'exprimai, dit-il, ma sur prise ! à un officier Le ines er Le
per moi-même si j'y eusse réfléchi -quel-
ques instants) qu’il fallait ténir compte . des sentiments de la population française, et que l'érection d’un monument à la gloire du général Wolfe po l’offenser. ”
Free années plus tard, lord Dalhousie, par une heureuse et noble i inspiration, sut honorer à la fois la mémoire de Wolfe et celle de Montcalm. Le 1er de no- : vembre 1827, il convoqua, au château Saint-Louis, une assemblée des citoyens, y prononça un discours et nomma un comité chargé de l’exécution de son projet. de Le 27, il posa solennellement la première pierre du morument qui se voit dans le jardin du gouvernement. Ce site fut alors préféré à celui des plaines d’Abras
ham, parcé que l’on se proposait d’élev er Fr
une colonne à lendroit où, d’après la: tradition, Wolfe mourut entouré de quel:
ques-uns de ses officiers. Le site choisi
. -offrait plusieurs avantages, celui de fra dde / - per FN da vue de l'étranger et
96 LES PLAINES D’ABRATAM population les noms des deux héros.
Placé au milieu d'arbres déjà vieux, quoique encore très beaux et verdoyants, commandant la vue de toute la rade, l’obélisque de Wolfe et de Montcalm est un des objets qui se gravent le plus fortement dans la mémoire de tous ceux qui visitent Québec. (1) :
La cérémonie de la pose de la première pierre fut faite avec une grande pompe civile et militaire ; une courte allocution fut prononcée par lord Dalhousie, et des * discours en forme de prières par l’aumônier (chaplain) de la garnison, le Dr Mills, et par l’aumônier provincial, le Dr Harkness. Un ancien compagnon d’armes de Wolfe, M. Thompson, alors âgé de 95 ans, fut invité par lord Dalhousie, dans les termes les plus flatteurs, à donner sur Ja pierre les trois coups d'usage. (2).
- Le monument a, en tout, 85 pieds de hauteur. Sur le cénotaphe, au bas de . (1) Le dessin en fut fait par le Capitaine Young, he | du 79e ou Cameron Highlanders.
(2 M. Thompson est mort, sn à dans à ie ‘quatre-vingt-dix-huitième année. in “
nn. d : | 4 Ti + ’ “0
l’obélisque, est cette belle nabtirhio, due au Dr Fisher :
Mortem Virtus Communem Famarm Historia Monumentum Postéeritas Dedit.
Cette iscription est du côté du fleuve.
‘En arrière est celle-ci :
Hujusce Monumenti in Virorum Illustrium Memoriam Wolfe et Montcalm Fundamentum P C.
Georgius Comes de Dalhousie In Septentrionalis Americæ Partibus Ad Britannos Partinentibus Summan Rerum Administrans ; Opus per Multos Annos Praetermissum Quid duci Egregio Convenientius ?
Autoritate Promuvens, Exemplo Stimulans Munificentiâ Fovens A.S. MDCCCXXVII Georgio IV Britanniarum Rege.
Du côté du nord on lit le nom de
* Moilenini, et du côté du sud celui de w jlfe, DUR « et l'autre en gros 8
ps