‹ Bertrand et Raton; drame en cinq actesChapitre 40 sur 116 · ACTE IIÏ · texte numérisé non relu

ACTE IIÏ

penser à ma vanité, si j'en avais. . .{A part.) car enfin Struensée

ne sera pas éternel (Haut.) mais je n'y pense plus Me

voilà lancé dans les affaires d'état, les affaires sérieuses, pour

lesquelles j'ai toujours eu du goût oui, mademoiselle ; il ne

faut pas croire, parce que vous me voyez léger et frivole, que je

ne puisse pas aussi bien que tout autre mon Dieu ! on peut

traiter tout cela en se jouant, en plaisantant, . . . que j'arrive seulement au pouvoir, et l'on verra !

Christine. — Vous au pouvoir !

Goelher. — Certainement, je puis vous le dire, à vous, en confidence, cela ne tardera peut-être pas. Il faut que le Danemark

se rajeunisse c'est l'avis de la reine, de Struensée, de votre

père et si l'on peut éliminer ce vieux comte de Kantzau, qui

n'est plus bon à rien, et que l'on garde parceque son ancienne

réputation d'habileté impose encore aux cours étrangères

j'ai la promesse formelle d'être nommé à sa place, et vous sentez

que M. de Falkenskield et moi le beau-père et le gendre à la

tête des affaires nous mènerons cela autrement .... Ce matin,

par exemple, je les voyais tous effrayés, cela me faisait sourire ; si l'on m'avait laissé faire, je vous réponds bien qu'en un instant.. .

Christine, écoutant. — Taisez-vous !

Goelher. — Qu'est-ce donc?

Christine.— Il m'avait semblé entendre dans le lointain des cris confus.

Goelher. — Vous vous trompez. Christine.— C'est possible.

Goelher. — Des gens du peuple qui se disputent ou se

battent dans la rue ; ne voulez- vous pas les priver de ce plaisirlà ! ce serait cruel, ce serait tyrannique ; et nous avons à parler de choses bien plus importantes, de notre mariage, dont je n'ai pas encore pu vous dire un mot, et du bal de demain, et de la corbeille, qui ne sera peut-être pas achevée. . . .car je ne vois que cela de terrible dans les émeutes et les révoltes, c'est que les ouvriers nous font attendre, et que rien n'est prêt.

Christine. — Ah ! vous n'y voyez que cela de fâcheux vous

êtes bien bon moi qui ce matin me suis trouvée au milieu du

tumulte,,..

Goelheb. — Est-il possible !

Christine. — Oui, monsieur; et sans le courage et la générosité de M. Eric Burkenstaff qui m'a protégée et reconduite jusqu'ici

Goelheb. — M.Éric! et de quoi se mêle-t-il? et depuis

quand lui est-il permis de vous protéger ! voilà, à coup sûr,

une prétention encore plus étrange que celle de monsieur son père.

Joseph, entrant et restant au fond. — Une lettre pour monsieur le baron.

Goelheb. — De quelle part?

Joseph.— Je l'ignore celui qui l'a apportée est un jeune

militaire, un officier, qui attend en bas la réponse.

Chbistine. — C'est quelque rapport sur ce qui se passe.

Goelheb. — Probablement {Lisant.) "Je porte une épau-

lette ; monsieur le baron de Gœlher ne peut plus me refuser une satisfaction qu'il me faut à l'instant. Quoique insulté, je lui laisse le choix des armes et l'attends aux portes de ce palais avec des pistolets et une épée. — Ébic Bubkenstafe, Lieutenant au 6° d'infanterie." (A part.) Quelle insolence !

Chbistine.— Eh bien ! qu'y a-t-il?

Goelheb. — Ce n'est rien! (Au domestique.) Laissez-nous. . .

dites que plus tard je verrai (A part.) Encore une leçon

à donner !

Chbistine. — Vous voulez me le cacher il y a quelque

chose il y a du danger j'en suis sûre à votre trouble.

Goelheb. — Moi, troublé !

Chbistine.— Eh bien ! montrez-moi ce billet et je vous croirai.

Goelheb. — Impossible, vous dis-je !

Chbistine, se retournant et apercevant Koller. — Le colonel Koller ! il sera moins discret, je l'espère, et je saurai par lui

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