‹ Bertrand et Raton; drame en cinq actesChapitre 50 sur 116 · ACTE IIÎ · texte numérisé non relu

ACTE IIÎ

Chbistine.— 0 ciel !

Éric, se retournant— Ah ! Christine!

Chkistine. — Qui vous amène? d'où vous vient tant d'audace? et de quel droit, monsieur, osez- vous pénétrer jusqu'ici?

Ékic— Pardon ! pardon mille f ois ! tout-à-1'heure, au moment où, couvert de ce manteau, je me glissais dans l'hôtel, des gens que je ne crois pas être de la maison se sont élancés sur moi ; je me suis dégagé de leurs mains ; et, connaisant mieux qu'eux les détours de cet hôtel, je suis arrivé jusqu'à cet escalier, * d'où je n'ai plus entendu le bruit de leurs pas.

Chkistine. — Mais dans quel dessein vous introduire ainsi dans la maison de mon père? pourquoi ce mystère? ce manteau. . .

ces armes que j'aperçois? parlez, monsieur, je le veux je

l'exige !

Éric— Demain je pars ; le régiment où je sers quitte le Dane-

marck J'ai adressé à M. de Gœlher un billet qui demandait

une prompte réponse ; et comme elle n'arrivait pas, je suis venu la chercher.

Christine. — 0 ciel! un défi j'en suis sûre! le délire

vous égare ! vous allez vous perdre !

Éric. — Qu'importe! si j'empêche votre mariage! Je ne connais que ce moyen, je n'en ai pas d'autre.

Christine. — Éric ! si j'ai sur vous quelque pouvoir, vous

ne repousserez pas ma prière, vous renoncerez à votre projet, vous n'irez pas insulter M. de Gœlher et provoquer un éclat

terrible pour vous et pour moi, monsieur ! oui, c'est ma

réputation que je vous confie, que je remets sous la sauvegarde de votre honneur Ai- je tort d'y compter?

Éric. — Ah! que me demandez-vous? ...de vous sacrifier

tout jusqu'à ma vengeance ! et vous seriez à un autre ! et

vous appartiendriez à celui que j'aurais épargné !

Christine.— Non je vous le jure !

Éric— Que dites-vous?

Christine. — Que si vous vous rendez à mes prières, je refuserai ce mariage, je resterai libre; je veux l'être oui, je

vous le jure ici, je n'appartiendrai ni à M. de Gœlher ni à vous,

Éeic.— Christine!

Cheistine. — Vous connaissez maintenant tout ce qui se passe dans mon cœur ; nous ne nous verrons plus, nous serons séparés; mais vous saurez du moins que vous n'êtes pas seul à souffrir, et que, ne pouvant être à vous, je ne serai à personne.

Ékic, avec joie.— Ah ! je ne puis y croire encore.

Christine. — Partez maintenant depuis trop longtemps

déjà vous êtes en ces lieux ; n'exposez pas les seuls biens qui me restent, mon honneur, ma réputation ; je n'ai plus que ceuxlà, et, s'il fallait les perdre ou les voir compromis. .. j'aimerais mieux mourir !

Éeic. — Et moi, plutôt perdre la vie que de vous exposer au moindre soupçon ; ne craignez rien, je m'éloigne. (Il ouvre la porte à droite par laquelle il est entré.) 0 ciel ! il y a des soldats au bas de cet escalier.

Cheistine.— Des soldats !

Éeic, montrant la porte du fond. — Mais par ici du moins

Cheistine, le retenant. — Non pas entendez- vous ce bruit?

(Écoutant près de la porte du fond.) On monte c'est la voix de

mon père plusieurs voix lui répondent ... ils viennent tous . . .

et si l'on vous trouve ici, seul avec moi, je suis perdue !

Éeic. — Perdue ! oh non ! je vous en réponds aux dépens de

mes jours ! (Montrant la porte à gauche.) Là.

(Il s'y précipite.)

Cheistine. — 0 ciel ! mon appartement !

(La porte s'est refermée ; Christine entend monter par la porte du fond, elle s'élance vers la table à gauche, y prend un livre et s'assied.)

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