SCENE III
LE COMTE DE RANTZAU, FALKENSKIELD ; LA REINE, assise à droite près du guéridon.
FALKENSKiEiiD. — Madame, depuis hier la tranquillité de la ville a été à plusieurs reprises sérieusement troublée ; des rassemblements, des cris séditieux ont éclaté sur plusieurs points, et enfin hier soir on a tenté d'exécuter dans mon hôtel un complot dont on ignore encore les chefs ; mais il nous est facile de les soupçonner.
La Reine. — Je pense, en effet, monsieur le comte, qu'il vous est plus facile d'avoir des soupçons que des preuves.
Rantzatj, avec intention et regardant la reine. — Il est vrai qu'Éric Burkenstaff persiste à garder le silence. . . .mais
Falkenskield. — Obstination ou générosité qui lui coûtera la vie. Mais, en attendant, par une mesure que la prudence commande, et pour prévenir dans leur origine des complots dont les auteurs ne resteront pas longtemps impunis, nous venons, au nom de la reine Mathi-lde et de Struensée, vous intimer l'ordre de ne point sortir de ce palais,
76 BEETEAND ET ïtATON.
La Eeine, se lève. — Un pareil ordre à moi ! et de quel
droit?
Falkenskield.— D'un droit que nous n'avions pas hier et que nous prenons aujourd'hui. Un complot découvert rend un gouvernement plus fort. Struensée, qui hésitait encore, s'est enfin décidé à adopter les mesures énergiques que depuis longtemps je proposais : il ne suffit pas de frapper, mais de frapper promptement. Ainsi ce n'est plus devant les cours de justice ordinaire que doivent se traduire les crimes d'état ; c'est devant le conseil de régence, seul tribunal compétent ; c'est là que dans ce moment se décide le sort d'Éric Burkenstaff, en attendant que nous fassions comparaître devant nous des coupables d'un rang plus élevé.
La Eeine.— Monsieur le comte !