ACTE I
Koller. — Je le sais !. . . . Mais chercher des alliés parmi nos ennemis
La Reine. — Rantzau ne l'est pas, j'en ai des preuves ; il aurait pu me perdre, il ne l'a pas fait, et souvent même il m'a avertie indirectement des dangers auxquels mon imprudence allait m'exposer ; enfin je suis certaine que Struensée, son collègue, le redoute et voudrait s'en défaire; que lui de son côté le déteste qu'il le verrait avec plaisir tomber du rang qu'il occupe ; et de là à nous y aider. ... il n'y a qu'un pas.
Koleer. — C'est possible; mais je ne peux pas souffrir ce Bertrand de Rantzau; c'est un malin petit veillard qui n'est l'ennemi de personne, c'est vrai, mais il n'a d'ami que lui. S'il conspire, c'est à lui tout seul et à son bénéfice ; en un mot, un conspirateur égoïste avec lequel il n'y a rien à gagner, et, partant, rien à faire.
La Reine. — C'est ce qui vous trompe (Regardant vers la
coulisse à gauche.) Tenez, le voyez-vous dans cette galerie, causant avec le grand-chambellan? il se rend sans doute au conseil ; laissez-nous ; avant de l'attirer dans notre parti, avant de lui rien découvrir de nos projets, je veux savoir ce qu'il pense.
Kollee. — Vous aurez de la peine!.... En tout cas je vais toujours répandre dans la ville des gens dévoués qui prépareront l'opinion publique. Herman et Christian sont des conspirateurs secondaires qui s'y entendent à merveille ; pour cela il ne s'agit que de les payer Je l'ai fait, et maintenant à ce soir ; comptez sur moi et sur le sabre de mes soldats .... En fait de conspiration, c'est ce qu'il y a de plus positif.
(Il sort par le fond en saluant Rantzau qui entre par la gauche.)