LA REINE, KOLLER
La Reine, la regardant sortir. — Vous l'avez entendue, Koller. . ce soir à Thôtel du comte Falkenskield .... Ce dîner où doivent se trouver réunis et Struensée et tous ses collègues, c'est ce que j'allais vous apprendre quand on est venu nous interrompre.
KoLiiER.— Eh bien ! qu'importe?
La Reine, à demi-voix. — Ce qu'il importe !. . . . C'est le ciel qui nous livre ainsi tous nos ennemis à-la-fois. Il faut nous en emparer ou nous en défaire !
KoLLER. — Que dites- vous?
La Reine, de même. — Le régiment que vous commandez est cette semaine de garde au palais ; et les soldats dont vous pouvez disposer suffisent pour une pareille expédition, qui ne demande que de la promptitude et de la hardiesse.
Koeler. — Vous croyez
La Reine. — D'après ce que j'ai vu hier, le roi est trop faible pour prendre aucun parti, mais approuvera tous ceux qu'on aura pris. Une fois Struensée renversé, les preuves ne manqueront pas contre lui et contre la reine. Mais renversons-le ! ce qui est facile, si j'en crois cette liste que vous m'avez confiée et que je vous rends ' C'est le seul moyen de ressaisir le pouvoir, d'arriver à la régence et de gouverner sous le nom de Christian VII.
Koeler, prenant lepapier. — Vous avez raison, un coup de main, c'est plus tôt fait ; cela vaut mieux que toutes les menées diplomatiques, auxquelles je n'entends rien. Dès ce soir je vous livre les ministres morts ou vifs Point de grâce ; Struensée d'abord, Gœlher, Falkenskield et le comte Bertrand de Rantzau!. .
La Reine. — Non, non, je demande qu'on épargne celui-ci.
Koeler. — Lui moins que tout autre, car je lui en veux personnellement ; ses plaisanteries continuelles contre les militaires qui ne sont pas soldats et qui gagnent leurs grades dans les bureaux, ces intrigants en épaulettes, comme il les appelle. . . .
La Reine. — Que vous importe?
Koller. — C'est moi qu'il désigne par là, je le sais, et je m'en vengerai.
La Reine. — Pas maintenant ! Nous avons besoin de lui !
il nous est nécessaire pour nous rallier le peuple et la cour. Son grand nom, sa fortune: ses talents personnels, peuvent seuls
donner de la consistance à notre parti qui n'en a pas; car
tous les noms que vous m'avez donnés là sont sans influence audehors, et il ne suffit pas de renverser Struensée, il faut prendre sa place ; il faut s'y maintenir surtout.