‹ Bertrand et Raton; drame en cinq actesChapitre 73 sur 116 · SCENE XII · texte numérisé non relu

SCENE XII

BANTZATJ, sortant de la porte à deux battants, a gauche ; KOL-

LEK, debout, plongé dans ses réflexions, tenant toujours la

lettre dans sa main.

KoiiLEB. — Grand Dieu ! monsieur de Eantzau !

Bantzatj. — Monsieur le colonel me semble bien préoccupé !

KoiiLEK, allant a lui. — Votre présence, monsieur le comte, est ce qui pouvait m'arriver de plus heureux, et vous attesterez au conseil de régence

Kantzatt. — Je n'en suis plus, j'ai donné ma démission.

Kollek, avec étonnement et à part. — Sa démission ! l'autre

parti va donc mal ! (Haut.) Je ne m'attendais pas à un pareil événement, pas plus qu'à l'ordre inconcevable que je reçois à l'instant.

Bantzatj. — Un ordre ! et de qui !

Kolleb, à demi-voix r ~ •' .-

Bantzatj.— Pas possible

Kollek. — Au moment où, d'après l'ordre du conseil, je me rendais ici pour arrêter la reine-mère, le roi, qui ne se mêlait plus depuis longtemps ni du gouvernement ni des affaires de l'état, le roi, qui semblait avoir résigné toute son autorité entre les mains du premier ministre, m'ordonne, à moi Koller, son fidèle serviteur, d'arrêter, ce soir même, Mathilde et Struensée.

Bantzatj, froidement et après avoir regardé Vacte. — C'est bien la signature de notre seul et légitime souverain, Christian VII, roi de Danemarçk.

Kollee. — Qu'en pensez- vous?

Rantzau. — C'est ce que j'allais vous demander; car ce n'est pas à moi, c'est à vous que l'ordre est adressé.

Kollee, avec inquiétude. — Sans doute ; mais, forcé d'obéir au roi ou au conseil de régence, que feriez-vous à ma place?

Rantzau. — Ce que je ferais! D'abord je ne demanderais

pas de conseils.

Kollee. — Vous agiriez ; mais dans quel sens?

Rantzau, froidement. — Cela vous regarde. Comme, en toute affaire, votre intérêt seul vous détermine, pesez, calculez, et voyez lequel des deux partis vous offre le plus d'avantage.

Kollee. — Monsieur

Rantzau. — C'est là, je pense, ce que vous me demandez, et je vous engagerai d'abord à lire attentivement la suscription de cette lettre ; il y a là : Au général Koller.

Kollee, à part. — Au général ! ce titre qu'on m'a toujours

refusé (Haut.) Moi, général !

Rantzau, avec dignité.— C'est justice : un roi récompense ceux qui le servent, comme il punit ceux qui lui désobéissent.

Kollee, lentement et le regardant. — Pour récompenser ou punir il faut du pouvoir; en a-t-il?

Rantzau, de même. — Qui vous a remis cet ordre?

Kollee.— Raton Burkenstaff, chef du peuple.

Rantzau. — Cela prouverait qu'il y a dans le peuple un parti prêt à éclater et à vous seconder.

Kollee, vivement. — Votre excellence peut-elle me l'assurer?

Rantzau, froidement. — Je n'ai rien à vous dire; vous n'êtes pas mon ami, je ne suis pas le vôtre : je n'ai pas besoin de travailler à votre fortune.

Kollee. — Je comprends. . . . (Après un instant de silence et se rapprochant de Rantzau.) En sujet fidèle, je voudrais obéir aux

ordres du roi c'est mon devoir d'abord ; mais les moyens

d'exécution

Rantzau, lentement. — Sont faciles. ..la garde du palais vous est confiée, vous commandez seul aux soldats qui y sont renfermés.. .

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