ACTE IV
Kollee, avec incertitude. — D'accord; mais si l'on échoue. . . . Eantzau, négligemment. — Eh bien ! que peut-il arriver? Kollee. — Que demain Struensée me fera pendre ou fusiller.
Eantzau, se retournant vers lui avec fermeté. — N'est-ce que cela qui vous arrête?
Kollee, de même. — Oui.
Eantzau, de même. — Aucune autre considération?
Kollee, de même. — Aucune.
Eantzau, froidement. — Eh bien ! alors, rassurez- vous... de toute manière cela ne peut pas vous manquer.
Kollee. — Que voulez- vous dire?
Eantzau. — Que si demain Struensée est encore au pouvoir, il vous fera arrêter et condamner dans les vingt-quatre heures.
Kollee. — Et sous quel prétexte? pour quel crime?
Eantzau, lui montrant des lettres qu'il remet sur-le-champ dans sa poche. — En faut-il d'autre que ces lettres écrites par vous à la reine-mère, ces lettres qui contiennent la conception première du complot qui doit éclater aujourd'hui, et où Struensée verra qu'hier même en le servant vous le trahissiez encore?
Kollee. — Monsieur, vous voulez me perdre !
Eantzau. — Du tout ; il ne tient qu'à vous que ces preuves de votre trahison deviennent des preuves de fidélité.
Kollee. — Et comment?
Eantzau. — En obéissant à votre souverain.
Kollee, avec fureur. — Mais vous êtes donc pour le roi? vous agissez donc en son nom?
Eantzau, avec fierté. — Je n'ai pas de compte à vous rendre ; je ne suis pas en votre puissance et vous êtes dans la mienne; quand je vous ai entendu hier, devant le conseil assemblé, dénoncer des malheureux dont vous étiez le complice, je n'ai rien dit, je ne vous ai pas démasqué, je vous ai protégé de mon silence : cela me convenait alors, cela ne me convient plus aujourd'hui ; et, puisque vous m'avez demandé conseil, je vais
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vous en donner un. (D'un air impératif et à demi-voix.) C'est celui d'exécuter les ordres de votre roi, d'arrêter cette nuit, au milieu du bal qui se prépare, Mathilde et Struensée, ou sinon . . .
Kollek, dans le plus grand trouble. — Eh bien ! dites-moi seulement que cette cause est désormais la vôtre, que vous êtes un des chefs, et j'accepte.
Bantzau. — C'est vous seul que cela regarde. Ce soir la punition de Struensée, ou demain la vôtre. Demain vous serez général. . . ,ou fusillé choisissez.
(H fait un pas pour sortir.
KoLLEE, V arrêtant. — Monsieur le comte !
Bantzau.— Eh bien ! que décidez- vous, colonel?
Kolleb.— J'obéirai !
Bantzau. — C'est bien. (Avec intention.) Adieu général!
(Il sort par la porte à gauche, et Koller par le fond.)