ACTE V
Eaton, tout en décachetant lepapizr, lui faisant signe de se taire. — Jean!....
Jean. — Oui, notre maître. (A ses compagnons.) En revanche, si ça avait mal tourné, nous y passions tous, lui, son fils, sa famille et ses garçons de boutique.
Raton. — Jean, taisez- vous !
Jean. — Oui, notre maître. (Criant,) Vive Burkenstaff !
Raton, avec satisfaction. — C'est bien, mes amis ; du silence. (lisant.) " Nous, Christian VII, roi de Danemarck, à nos fidèles sujets et habitants de Copenhague. Après avoir puni la trahison> il nous reste à récompenser la fidélité dans la personne du comte Bertrand de Rantzau, que, sous la régence de notre mère, la reine Marie- Julie, nous nommons notre premier ministre
Rantzau, d'un air modeste. — Moi ! qui ai demandé ma retraite et qui veux me retirer des affaires
Raton, sévèrement. — Vous ne le pouvez pas, monsieur le comte ;
le roi l'ordonne, il faut obéir Laissez-moi achever, de grâce !
(Continuant à lire.) "Dans la personne du comte Bertrand de Rantzau, que nous nommons premier ministre, (avec emphase.) et dans celle de Raton de Burkenstaff, négociant de Copenhague, que nous nommons dans notre maison royale, (Baissant la voix.) premier marchand de soieries de la couronne."
Tous.— Vive le roi !
Jean. — C'est superbe ! nous aurons les armes royales sur notre boutique.
Raton, faisant la grimace. — La belle avance ! et au prix que
ça me coûte !
Jean. — Et moi, la petite place que vous m'aviez promise? . . .
Raton. — Laisse-moi tranquille !
Jean, à ses compagnons. — Quelle ingratitude ! moi qui suis
cause de tout aussi il me le paiera !
108 BEETEAND ET EATOK.
Eantzau.*— Puisque le roi l'exige, il faut bien s'y soumettre, messieurs, et se charger d'un fardeau qu'allégera, je l'espère, {aux magistrats.) l'affection de mes concitoyens. (A Éric.) Pour vous, mon jeune officier, qui dans cette occasion avez couru les plus grands risques on vous doit quelque récompense.
Eric, avec franchise. — Aucune ; car, je puis le dire maintenant à vous, à vous seul {A demi-voix.) Je n'ai jamais conspiré !
Eantzau, lui imposant silence. — C'est bien! c'est bien! voilà de ces choses qu'on ne dit jamais après.**
Eaton, à part, tristement — Fournisseur de la cour!
Marthe. — Tu dois être content c'est ce que tu désirais.
Eaton. — Je l'étais déjà par le fait, excepté que je fournissais deux reines, et qu'en en renvoyant une je perds la moitié de ma clientelle.
Marthe. — Et tu as risqué ta fortune, ton existence, celle de
ton fils, qui est blessé dangereusement peut-être et
pourquoi?
Eaton, montrant Rantzau et Koller. — Pour que d autres en profitent.
Marthe. — Faites donc des conspirations !
Eaton, lui tendant la main. — C'est dit désormais je les
regarderai passer, et le diable m'emporte si je m'en mêle !
Tout le Peuple, entourant Rantzau et s' inclinant devant lui.*** — Vive le comte de Eantzau !
* Pendant ce temps Éric a remonté le théâtre et s'est rapproché de Eantzau. — Jean, Marthe, Eaton, Éric, Eantzau, Christine, Falkenskield, Gœlher, Koller derrière eux.
** Marthe, pendant ce temps, a remonté le théâtre et se trouve entre son mari et son fils. — Les acteurs sont dans l'ordre suivant: Jean, Eaton, Marthe, Éric, Eantzau, Koller, Christine, Falkenskield, Gœlher.
A gauche, Jean et ses compagnons, formant un premier groupe ; Eaton, Marthe, Éric, formant un second groupe ; Eantzau au milieu, Koller près de lui; Christine, Falkenskield, Gœlher, formant un dernier groupe à droite; au fond, le peuple et les soldats.