‹ Bertrand et Raton, ou L'Art de conspirer. Come?dieChapitre 11 sur 157 · Scène VI · texte numérisé non relu

Scène VI

Le Comte DE RANTZAU, LA REINE.

LA REINE, à Rantzau qui la salue.

Et vous aussi, monsieur, vous venez au palais présenter vos félicitations à votre très-puissant et trèsheureux collègue...

RANTZAU

Et qui vous dit, madame, que je n'y viens pas pour faire ma cour à votre majesté }

LA REINE

C'est généreux... c'est digne de vous, du reste, au moment où plus que jamais je suis en disgrâce... où je vais être exilée peut-être.

RANTZAU

Croyez-vous qu'on l'oserait ?

LA REINE

Eh ! mais, c'est à vous que je le demanderai ; vous Bertrand de Rantzau, ministre influent... vous, membre du conseil.

RANTZAU

Moi! j'ignore ce qui s y passe... je n'y vais jamais. Sans désirs, sans ambition, n'aspirant qu'à me retirer des affaires, que voulez-vous que j'y fasse } si ce n'est parfois y prendre la défense de quelques amis imprudents... ce qui pourrait bien m'arriver aujourd'hui.

LA REINE

Vous qui prétendiez ne rien savoir... vous savez donc...

Ce qui s'est passé hier chez le roi... certainement ; et convenez que c'était une singulière prétention à vous de vouloir absolument lui persuader qu'on oserait gouverner sans prendre ses ordres !... Votre majesté devait avoir tort.

LA REINE

Ainsi vous me blâmez d'être fidèle à Christian, à un

l5 BERTRAND ET RATOX.

roi malheureux !... Vous prétendez qu'on a tort quand on veut démasquer des traîtres !

RANTZAU

Et qu'on n'y réussit pas... oui, madame.

LA REINE, avec mystère.

Et si je réussissais, pourrais-je compter sur votre aide, sur votre appui ?

RANTZAU, souriant.

Mon appui à moi... qui en pareil cas, au contraire, réclamerais le vôtre.

LA REINE, avec force.

Il vous serait assuré, je vous le jure... M'en jurerezvous autant, je ne dis pas avant, mais après le danger t

RANTZAU

Vraiment !... Il y en a donc ?

LA REINE

Puis-je me fier à vous ?

RANTZAU

Eh ! mais... il me semble que je possède déjà quelques secrets qui auraient pu perdre votre majesté, et que jamais...

LA REINE, Z'ÎTe??ie7ît.

Je le sais. {A demî-coïx.) Vous avez ce soir chez le ministre de la guerre, le comte de Falkenskield, un grand dîner où assisteront tous vos collègues r...

RANTZAU

Oui, madame, et demain un grand bal où ils assisteront également. C'est ainsi que nous traitons les affaires. Je ne sais pas si le conseil marche, mais il danse beaucoup.

LA REINE, avec mystère.

Eh bien ! si vous m'en croyez, restez chez vous.

RANTZAU, la regardant avec finesse.

Ah ! vous vous méfiez du dîner... il ne vaudra rien.

LA REINE

Oui... que cela vous suffise.

RANTZAU, souriant.

Des demi-confidences î Prenez garde ! je peux trahir

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