Scène VIII
RANTZAU, LA REINE, assise; RATON, ÉRIC.
RATON, entrant, en colère.
C'est-à-dire que si je n'étais pas dans le palais du roi, et si je ne savais pas le respect qu'on lui doit, ainsi qu à ses huissiers...
ÉRIC, allant au-devant de lui et montrant la reine. Mon père...
La reine I
LA reine.
Qu'avez-vous donc, messire Raton BurkenstafF.?
RATON
Pardon, madame, je suis désole, confus, car je sais que l'étiquette défend de se mettre en colère dans une résidence royale, et surtout devant votre majesté ; mais, après l'affront que l'on vient de faire dans ma personne à tout le commerce de Copenhague, que je représente.
LA REINE
Comment cela ?
RATON
Me faire attendre deux heures et un quart dans une antichambre, moi et mes étoffes !... moi. Raton de Burkenstaff, syndic des marchands !... pour m'envoyer dire par un huissier : Revenez un autre jour, mon cher ; la reine ne peut pas voir vos étoffes, elle est indisposée.
RANTZAU
Est-il possible ?
RATON
Si c'eût été vrai, rien de mieux, j'aurais crié : Vive la reine!... {A demï-voix.) Mais apprenez... et je peux, je crois, m'exprimer sans crainte devant votre majesté?
Certainement.
RATON
Apprenez qu'en ce moment, de la fenêtre de l'antichambre où j'étais et qui donnait sur le parc intérieur, j'apercevais la reine se promenant gaîment, appuyée sur le bras du comte Struensée...
LA REINE
Vraiment ?,,•
RATON
Et riant avec lui aux éclats... de moi, sans doute.
RANTZAU, avec un grand sérieux.
Oh! non, non; par exemple, je ne puis pas croire cela !
RATON
Si, monsieur le comte ! j'en suis sûr ; et au lieu de railler un syndic, un bourgeois respectable, qui paie exactement à l'état sa patente et ses impôts, le ministre et la reine feraient mieux de s'occuper, l'un des aTaires du royaume et l'autre de celles de son ménage, qui ne vont pas déjà si bien.