ACTE I. SCÈNE IX
épouser ma fille, et je le propose aujourd'hui pour une place assez belle qui lui donnera entrée au conseil. J'espère que de votre part sa nomination ne souffrira aucune difficulté.
RANTZAU
Et comment pourrait-il y en avoir ?
On pourrait objecter qu'il est bien jeune...
RANTZAU
C'est un mérite à présent... c'est la jeunesse qui règne, et la reine ne peut lui faire un crime d'un tort qu'elle-même aura si longtemps encore à se reprocher.
FALKENSKIELD.
Ce mot seul la décidera ; et l'on a bien raison de dire que le comte Bertrand de Rantzau est l'homme d'état le plus aimable, le plus conciliant, le plus désintéressé... RANTZAU, tirant un papier.
J'ai une petite demande à vous faire, une lieutenance qu'il me faut...
FALKENSKIELD.
Je l'accorde à l'instant.
RANTZAU, lin mo7ttrant le papier.
Voyez auparavant...
FALKENSKIELD, passant à gauche,.
N'importe pour qui, dès que vous le recommandez. {Lisant.) O ciel !... Eric Burkenstaff !... Cela ne se peut...
RANTZAU, froidement et prenant du tabac. Vous croyez ? et pourquoi ?
FALKENSKIELD, avec embarras.
C'est le fils de ce séditieux, de ce bavard.
RANTZAU
Le père, oui : mais le fils ne parle pas; il ne dit rien, et ce sera au contraire une excellente politique déplacer une faveur à côté d'un châtiment.
Je ne dis pas non ; mais donner une lieutenance à un j^eune homme de vingt ans !...
RANTZAU
Comme nous le disions tout-à-l'heure, c'est la jeunesse qui règne à présent.
FALKENSKIELD.
D'accord ; mais ce jeune homme, qui a été dans les magasins de son père et puis dans mes bureaux, n'a jamais servi dans le militaire.
RANTZAU
Pas plus que votre gendre dans l'administration. Après cela, si vous croyez que ce soit un obstacle, je n'insiste plus, je respecte vos avis, mon cher collègue, et je les suivrai en tout... {Avec intention.) Et ce que vous ferez, je le ferai.
FALKENSKIELD, a part.
Morbleu! {Haut et cherchant à cacher son dépit.) Vous faites de moi ce que vous voulez, et j'examinerai, je verrai.
RANTZAU, d^un air dégagé.
Quand il vous conviendra, aujourd'hui, ce matin, tenez, avant le conseil, vous pouvez m'en faire expédier le brevet.
FALKENSKIELD.
Nous n'avons pas le temps... il est deux heures...
RANTZAU, tirant sa montre.
Moins un quart.
FALKENSKIELD.
Vous retardez...
RANTZAU, causant avec lui en remontant le théâtre. Non pas, et la preuve c'est que j'ai toujours su arriver à l'heure.
FALKENSKIELD, souriant.
Je m'en aperçois. {Uun air aimable.) Nous vous verrons ce soir... chez moi, à dîner .^^
RANTZAU
Je n'en sais rien encore, je crains que mes maux d'estomac ne me le permettent pas... mais en tout cas je serai exact au conseil, et vous m'y retrouverez.
FALKENSKIELD.
J'y compte.
(// sort par la porte du fond.)