MARTHE, ÉRIC, RATON
ÉRIC, entrant vivement.
Ah ! c'est vous, mon père... je craignais que vous ne fussiez sorti. Il y a quelque agitation dans la ville.
RATON
C'est ce qu'on dit ; mais je ne sais pas encore de quoi il s'agit, car ta mère n'a pas voulu me laisser aller. Raconte-moi cela, mon garçon.
ÉRIC
Ce n'est rien, mon père, rien du tout ; mais il y a des moments où, même sans motifs, il vaut mieux agir avec prudence. Vous êtes le plus riche négociant du quartier, vous y êtes influent ; vous ne craignez pas d'exprimer tout haut votre opinion. Ce matin encore, au palais...
MARTHE
Est-il possible }
ÉRIC
On pourrait finir par le savoir !
RATON
Qu'est-ce que ça me fait ? Je ne crains rien ; je ne suis pas un bourgeois obscur, inconnu, et ce n'est pas un homme comme Raton Burkenstaff du Soleil d'Or qu'on oserait jamais arrêter.
ÉRIC, à demi- voix.
C'est ce qui vous trompe, mon père ; je crois qu'on osera.
RATON, effrayé.
Hein! qu'est-ce que tu me dis là.?... ce n'est pas possible.
MARTHE
J'en étais sûre, j*e le lui répétais encore tout-à-l'heure. Mon Dieu ! mon Dieu ! qu'est-ce que nous allons devenir }
ÉRIC
Rassurez- vous, ma mère, et ne vous effrayez pas.