‹ Besançon et ses environs. Nouv. éd., complétée et mise a jourChapitre 1 sur 119 · TEMPS ANTIQUES · texte numérisé non relu

TEMPS ANTIQUES

La ville de Besançon est située au centre de l'ancienne Séquanie, devenue plus tard la province de Franche- Comté. Sa partie essentielle occupe, sur la rive gauche du Doubs, une presqu'île formée par une boucle de la rivière et adossée à un massif rocheux qui est escarpé sur ses trois faces externes. Ce massif est un gradin avancé de la chaîne du Lomont, la quatrième des arêtes de la barrière des monts Jura.

A une époque où les moyens d'attaque à longue portée n'existaient pas, un tel site réalisait l'idéal du refuge défensif : aussi notre ville peut-elle montrer, comme preuves de son antiquité, des haches de pierre et des poteries remontant aux origines de l'industrie humaine.

Capitale de la nation des Séquanes, qui disputaient aux Edues la prépondérance dans la confédération gauloise, Vesontio fut saisi par Jules César comme base de ses opérations contre l'envahisseur germain Arioviste. « Abondamment pourvue de munitions de toute espèce, cette place, disent les Commentaires, offre, par sa position naturelle, de grands avantages pour soutenir une guerre. Le Doubs, formant autour de son enceinte comme un cercle parfait, l'environne presque entièrement ; l'espace que la rivière ne baigne point n'a pas plus de seize cents pieds, et cet espace est fermé par une haute montagne dont les racines plongent des deux côtés dans l'eau. Un même mur fait de la montagne une citadelle et la joint à la ville » (58-52 avant J.-C).

Une fois la Gaule conquise, afin d'assurer les marches militaires et de favoriser les transports commerciaux à travers la Gaule, Agrippa, gendre d'Auguste, fit partir de Lyon quatre grandes routes, dont l'une fut dirigée vers le Rhin. Cette route traversait Vesontio et, par la vallée du Doubs, gagnait la Rauracie (pays de Baie) par la trouée des Vosges. Plusieurs autres voies relièrent ensuite le chef-lieu de la Séquanie aux principaux centres du voisinage : Andematumnum (Langres), Aventicum (Avenches), Cabillonum (Chalon-sur-Saône). En l'an 68, sous le règne de Néron, un sénateur aquitain, Julius Vindex, proclama empereur le vieux Galba, général des légions d'Espagne. Les légions de la Germanie supérieure s'avancèrent pour réprimer cette insurrection. Vesontio leur ferma ses portes. Les deux partis s'entre-choquèrent

non loin de cette place, dans un lieu qui a retenu le nom de Bois-Néron ; vingt mille Gaulois restèrent sur le champ de bataille ; Vindex désespéré s'y donna la mort. La levée de boucliers n'en atteignit pas moins son but, car elle provoqua le renversement de Néron (68 de l'ère moderne).

Galba fut prodigue de récompenses envers les peuplades de la Gaule qui avaient pactisé avec l'insurrection. Vesontio, doté d'institutions municipales, organisa un Champ de Mars, à l'instar de celui de Rome, dans une portion de sa presqu'île qui, jusqu'alors, avait servi de cimetière aux habitants.

A Vesontio, de même qu'à Byzance, un centurion légionnaire était chargé du commandement de la force publique. Nous avons le tombeau de la femme d'un de ces centurions : elle se nommait Virginie, était morte en pays lointain, à l'âge de trente-six ans, et avait voulu que son corps fût ramené dans le lieu qu'habitait Marius Vitalis, son époux, à qui elle avait voué une affection sans réserve.

Sous Marc-Aurèle, les Germains se reprirent à menacer la Gaule et l'Italie. Marc-Aurèle refoula ces barbares ; puis, voulant avoir la possibilité de transformer en boulevards militaires les villes rapprochées de la frontière rhénane, il érigea Vesontio en colonie romaine, sous le vocable de Colonia victrix Sequanorum. Dès lors, la capitale des Séquanes dut se donner une parure monumentale imitée de celle de Rome : une source abondante fut canalisée et distribuée dans la ville ; de vastes

arènes furent construites sur la rive droite du Doubs ; on encadra de portiques le forum ; un vaste édifice circulaire affecté aux réunions électorales s'éleva au Champ de Mars ; un arc de triomphe, servant de frontispice au quartier de la citadelle, fut décoré de sculptures qui symbolisèrent les récents exploits de Marc-Aurèle ; un théâtre, rapproché de cet arc, fut commencé dans des proportions grandioses ; enfin, au centre même de la presqu'île, un temple tout de marbre fut consacré aux divinités capitonnes (167-180).

Dès la fin du règne de Marc-Aurèle, Ferréol et Ferjeux furent envoyés par l'Église chrétienne de Lyon comme missionnaires en Séquanie. La tradition rapporte qu'ils célébraient les saints mystères dans une grotte très rapprochée de Vesontio. Leur parole opéra des conversions importantes, entre autres, celle de la femme du préfet de la Séquanie, nommé Claudius. Peu après, ce fonctionnaire reçut l'ordre de réprimer énergiquement la propagande chrétienne. Ferréol et Ferjeux furent arrêtés, et comme ils ne voulurent pas renier leur foi, Claudius les fit mourir dans de cruels tourments. Cet affreux spectacle fut donné au peuple de Vesontio^ dans le théâtre de cette ville, le 16 juin de l'année 2T2.

Lorsque la Séquanie, assimilée aux deux provinces militaires qui doublaient la frontière du Rhin, vit son territoire augmenté et fut qualifiée Provincia maxima Sequanorum, Vesontio devint une grande métropole et le siège d'un vaste commandement militaire; il eut pour clientes les colonies romaines qui se nommaient

Augusta Rauracorum (Augst, près de Bâle), Equestris (Nyon) et Aventicum (238).

A cette époque, les écoles de Vesontio égalaient en célébrité celles des centres les plus lettrés du monde romain : elles furent dirigées, concurremment avec celles de Lugdunum (Lyon), par Julius Titianus, qui, au dire des historiens de la latinité, pouvait se comparer à Cicéron pour l'éloquence et à Quintilien pour l'érudition.

Constantin ayant fait une nouvelle division des territoires de l'Empire, chaque chef-lieu de province eut son président et son évêque métropolitain. Des évêchés suffragants de Vesontio furent alors créés à Aventicum, à Augusta Rauracorum, à Equestris et à Vindonissa (Windisch). La pieuse Hélène, mère de Constantin, séjourna quelque temps à Vesontio et s'intéressa aux deux basiliques que l'évêque Hilaire y faisait alors construire : l'un de ces édifices, dédié a saint Etienne, succédait au temple de Jupiter que renfermait la citadelle ; l'autre, sous le vocable de Saint-Jean, était voisin d'un baptistère primitif ayant comme patron le précurseur du Christ. Pour seconder ces entreprises, Hélène envoya de Rome un bateau chargé de marbre et de bronze; mais cette cargaison, maladroitement engagée sur le Doubs, périt avant d'arriver au port (306-324).

Sous le règne de Constance, l'un des indignes fils de Constantin, la Gaule fut envahie et dévastée par les Germains (355); tous les centres d'habitation de la Séquanie furent compris dans le désastre. Vesontio ne se releva que comme petite ville. « Elle avait été pour-

tant grande autrefois, écrivait l'empereur Julien, ornée de temples magnifiques, entourée de solides remparts qui y complétaient l'œuvre défensive de la nature »

Dès ce moment, la Séquanie fut sans cesse menacée

et fréquemment envahie. Au commencement du ve siècle, Crocus, à la tête d'une horde de Vandales, s'empara par trahison du bourg de Ruffiaciim (Ruffeysur-1'Ognon), où il immola Pévêque Antide, puis vint menacer la capitale de la Séquanie. La tradition veut qu'il ait assis son camp sur la hauteur de Beauregard, circonstance pour laquelle cette colline se serait appelée autrefois Mons Fandalorum, appellation qui est devenue Mont-Mandelier dans le français populaire. Vesontio sut encore résister à cette attaque (406-407).

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