GLACIS
Au sujet de cette promenade qui décrit un demicercle en avant des remparts du quartier nord de Besançon, l'ingénieur voyer Louis Rouzet s'exprimait ainsi en 1878 :
« Ce ne fut qu'en 1860 que le service des promenades prit une certaine importance. La vue du gracieux square établi provisoirement sur la place de l'Abondance par Brice-Michel, à l'occasion d'une exposition internationale, créa des besoins nouveaux que l'administration municipale s'empressa de satisfaire. C'est ainsi que furent établis le square Saint-Amour et la chute d'eau de Granvelle, de 1861 à 1864; la promenade des glacis de 1868 à 1873, et qu'à la même époque les plantations du square archéologique vinrent encadrer les ruines du théâtre romain mises au jour sous les auspices de la Société d'émulation.
« Ces promenades nouvelles, à l'exception de celle des Glacis, établie à grands frais sur un terrain rocheux dépendant de la fortification, sont entretenues avec soin ; des pelouses vertes, ornées de massifs d'arbres et de corbeilles de fleurs, reposent et intéressent la vue des promeneurs. »
Lorsque le canal d'Arcier eut été coupé par les envahisseurs du ive siècle, les moyens matériels manquèrent totalement pour le rétablir, et longtemps Besançon ne .s'abreuva qu'avec l'eau du Doubs ou celle de puits forés jusqu'à la nappe d'eau souterraine qui résulte des filtrations de la rivière. En 1457, on dériva la source de Fontaine-Argent, mais seulement pour l'usage du quartier nord, dont le sol rocheux ne se prêtait pas à l'établissement de puits. En 1541, le bénéfice de la distribution d'eau de'source fut étendu au quartier sud ; mais alors on sentit la nécessité d'avoir un volume d'eau plus considérable. En 1559, les eaux du vallon de Bregille, plus abondantes et moins éloignées, furent substituées à celles de Fontaine-Argent, ce qui permit de porter à six le nombre des fontaines.
Pour décorer ces fontaines, la municipalité fit appel à un sculpteur de mérite nommé Claude Lulier, qui s'intitulait modestement maître maçon. Les figures que produisit cet artiste étaient les suivantes : en 1564, un monstre marin en pierre pour la fontaine étant devant la boucherie du'Bourg (place de l'Abondance actuelle); la même année, un Neptune en pierre pour la fontaine
des Carmes; en 1567, pour la fontaine de l'hôtel de ville, un groupe en bronze représentant l'apothéose de Charles-Quint (v. p. 208); en 1579, un Bacchus en pierre pour la fontaine de Battant et une nymphe en grès rouge pour la fontaine de Saint-Quentin. La fontaine du Pilori, voisine de l'église de Sainte-Madeleine, avait pour décoration une colonne de bronze reposant sur trois aigles éployées. De ces œuvres d'art, il rîe reste en place que le Neptune de la fontaine des Carmes.
Fontaine des Carmes
Depuis la domination française, les exigences des hauts fonctionnaires firent augmenter le nombre des fontaines. Celle du Collège, qui se compose d'une
niche encadrée par de l'architecture, date de 1732. Celle de la place Dauphine (aujourd'hui place de l'État-Major) était ornée, depuis 1740, d'un groupe en
Fontaine de la place de V État-Major
bronze, oeuvre du sculpteur Herpin, représentant des dauphins qui jouaient avec des enfants ; le creuset de la Monnaie en fit naturellement sa proie à l'époque révo-
Sô:
lutïorinaire. Elle a été reconstruite d'une façon monumentale et achevée en 1900.
La fontaine de Ronchaux, terminée en 1750, fut l'œuvre des sculpteurs Devosge et Perrette : la statue du Doubs en est le sujet principal, et deux génies se voient dans son couronnement. Les trophées en bas-
Fontaine de la rue Ronchaux
relief qui orn *nt la fontaine dite des Clarisses (contiguë à la direction d'artillerie) datent de 1755. La plus jolie de nos anciennes fontaines est celle dite des Dames, qui fait corps avec les dépendances de la préfecture : elle fut composée par le statuaire Luc Breton, en 1776, et édifiée en 1785, par les soins de l'architecte Bertrand ; la sirène de bronze qui en est le principal motif est une œuvre du xvie siècle
intelligemment réemployée.
Cependant, le débit des sources de Bregille devint insuffisant pour une population qui s'augmentait sans cesse. L'idée de ramener à Besançon les eaux d'Arcier fut émise dès 1778; l'architecte Marnotte la reprit en 1826, mais elle fut surtout préconisée et Fontaine des Dames défendue par l'ar-
chitecte Delacroix, qui contribua puissamment à en accélérer la réalisation. Toutes les études préliminaires avaient été faites par lui, quand, sur sa proposition, M. Mary, inspecteur général des ponts et chaussées, fut chargé de l'établissement du projet de dérivation et de distribution dans la ville de la source d'Arcier.
Cette grande entreprise, adoptée comme principe en 1837, fut terminée en 1854. Sur l'un des flancs du principal château d'eau (place du Palais), on a gravé le plan du nouvel aqueduc qui, a cet endroit, arrive à vingt-six mètres environ au-dessus de la surface du Doubs.
Une fontaine devait être, sur la place de l'Abondance, le monument commémoratif du retour des eaux. d'Arcier. Delacroix eut l'idée de lui donner pour vasque un morceau de pierre calcaire exceptionnel comme, dimensions : « C'est le cas, disait-il, de nous faire honneur de nos beaux matériaux de construction. » Malheureusement, la vasque se fendit en 1859, et il fallut la remplacer par un col de vase, qui s'est assez heureusement rajusté sur un soubassement très riche d'ailleurs en élégants détails. La fontaine de Battant, avec ses trois vasques en pierre, est une des bonnes compositions de Delacroix.
La population urbaine étant largement dotée d'eau potable, il restait à en pourvoir la banlieue, qui, de jour en jour, tendait à devenir une seconde ville. Le maire Oudet sut intéresser à cette question Adolphe Veil- Picard et obtenir de lui des dons successifs qui, pour ce seul objet, s'élevèrent a 120,000 fr.
« Dès le commencement de l'année 1874, dit l'ingénieur Rouzet, les eaux de la source de Bregille furent distribuées dans la zone basse des Chaprais, jusqu'à l'altitude de 260 mètres qu'elles peuvent atteindre.
« Depuis, les sources de Fontaine-Argent — ont été distribuées dans la zone moyenne de la banlieue comprenant les groupes de population des Chaprais (haut), la Viotte, la Butte et Saint-Fer jeux, répartis à des altitudes comprises entre 267 et 280 mètres. »
Une machine à vapeur, établie à proximité du réservoir Griffon, puisait l'eau d'Arcier nécessaire à l'alimentation de la zone supérieure de la banlieue, comprenant le faubourg Saint-Claude, la partie haute de la Viotte, Fontaine-Ecu, Montrapon, mais ce moyen d'élévation factice a cessé depuis le captage fait, en 1884, de plusieurs sources qui se perdaient dans les marais de Saône, c'est-à-dire à une altitude supérieure de
Fontaine de Flore
20 mètres à celle du sommet de la citadelle de Besançon. Ce dernier travail a été remarquablement opéré par MM. Rouzet et Jeannot.
Une gracieuse fontaine existe aux Chaprais depuis 1884; elle a été dessinée par les architectes Saint- Ginest et Dampenon ; la colonne qui en occupe le centre a pour couronnement une Flore en bronze, œuvre distinguée de M. Just Becquet.
STATUES
Pajol. — Statue représentant le général en chef Claude-Pierre Pajol, de Besançon, l'un des héros de la campagne de France en 1814. Son fils, le comte Charles Pajol, général de division, a modelé cette figure, et après l'avoir fait couler en bronze l'a donnée à la ville de Besancon. L'inauguration en a été faite dans la promenade de Chamars le 28 août 1864, sous la présidence du marquis de Conegliano, chambellan et délégué de l'empereur Napoléon III.
Claude de Jouffroy. — En 1840, une commission de l'Académie des sciences décernait au marquis Claude- François-Dorothée de Jouffroy d'Abbans cette appellation glorieuse : « L'homme qui, le premier, réalisa pratiquement l'immortelle pensée de Papin. » En effet, le premier bateau à vapeur ayant réellement fonctionné fut l'œuvre de ce gentilhomme : l'embarcation qu'il avait construite navigua sur le Doubs, entre Baumeles-Dames et Montbéliard, pendant les mois de juin et de juillet de l'année 1776. Claude de Jouffroy n'eut que la ruine et le dédain pour récompense : il mourut oublié à l'hôtel des Invalides en 1832. Une injustice était donc à réparer envers sa mémoire, et sur la demande
STATUES. 070
de sa petite-fille, Mlle Marthe de Jouffroy, l'Académie des sciences prit l'initiative de cette réparation. Dans sa séance du 16 août 1881, à la suite d'un rapport de Ferdinand de Lesseps, l'Académie émettait le vœu que la statue de Claude de Jouffroy fût érigée, au moyen d'une souscription publique, sur l'une des places de la ville de Besançon. Cette statue, oeuvre élégante du sculpteur franc-comtois Charles Gauthier, repose sur un piédestal, dessiné par l'architecte Saint - Ginest, qui encadre trois bas - reliefs et une inscription. Des filets d'eau jaillissent du piédestal, qui est en parfaite harmonie de style
avec la Statue. Ce Statue du cardinal de Granvelle
monument de la reconnaissance nationale s'élève en tête de l'un des quais de la rive droite du Doubs : il a été inauguré solennellement le 17 août 1884, sous la présidence de Ferdinand de Lesseps.
Cardinal de Granvelle. — Par son testament, le bibliothécaire Charles Weiss, mort en 1866, émit le vœu qu'une statue en marbre du cardinal de Granvelle s'élevât au milieu de la cour du palais portant son nom; il affectait à cette destination une somme de 30,000 fr. et désignait pour l'exécution de cette œuvre d'art un habile statuaire, M. Jean Petit, de Besançon. La ville vota de son côté une subvention de 10,000 fr. La statue a été mise en place, sans inauguration, en mai
Une statue de Victor Hugo, par Just Becquet, doit être érigée, en août 1902, sur un emplacement qui n'est pas encore déterminé.
PONTS
PONT DE BATTANT (voy. p. 82)
Le vieux pont romain de Besançon, abrité par les murailles de cette ville, eut une importance capitale au moyen âge, comme point de passage des troupes dans les guerres incessantes dont la Franche-Comté fut à cette époque le théâtre et la victime. Il était alors couvert d'échoppes : de sorte que, suivant l'expression d'un narrateur de 1667, il ressemblait « à un champ de foire plutôt qu'à un pont. » Ce fut seulement en 1841, lors
Pont de Ballant
de l'élargissement du pont par voie d'encorbellement, que disparurent les deux dernières échoppes.
Dans le système de quai appliqué à la rive gauche du Doubs, Vauban avait compris un arc de triomphe, situé à l'entrée du pont du côté de la Grande-Rue ; ce monument devait être couronné par la statue équestre de Louis XIV. L'arc seul fut construit de 1691 à 1693; mais comme il avait été fait en pierres gélives, l'intérêt de la sécurité publique obligea de le démolir en 1776.
La croix qui avait été érigée sur le pont passait pour rappeler l'échec qu'y subirent les huguenots en 1575 ; c'est une erreur absolue : une croix existait sur le pont dès le xme siècle et rien n'indique que la municipalité l'ait réédifiée comme souvenir de sa victoire sur le protestantisme. En tout cas, elle l'a fait définitivement enlever il y a quelques années.