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SALINS ET LA SOURCE DU LISOX

Si Ton se borne à traverser Salins pour visiter la vallée du Lison, la course peut se faire, depuis Besançon, en une journée, aller et retour. Si l'on veut voir tout ce qu'indique l'itinéraire ci-dessus tracé, deux jours au moins seront nécessaires.

Départ de Besançon par la ligne du chemin de fer qui va dans la direction de Lyon. Le long du Doubs que l'on traverse deux fois, on aperçoit les ruines des châteaux d'Arguel et de Montferrand, puis l'on passe entre les châteaux restaurés de Thoraise et de Torpes. On laisse à droite les magnifiques grottes d'Ossellc, on côtoie la forêt de Chaux, et l'on arrive à la saline d'Arc, alimentée par les eaux de Salins, bel établissement cons-

truit par l'architecte Ledoux dans le style des anciennes barrières de Paris ; église d'Arc-et-Senans richement décorée, en 1850, aux frais de M. de Grimaldi, administrateur des salines de l'Est (Sainte-Famille, par Schidone; Rédemption, par Pereda ; Jésus et la Chananéenne, par Annibal Carrache ; Saint Joseph et l'enfant Jésus, par Murillo, etc.). On franchit la Loue pour arriver à Mouchard, d'où l'on voit, sur l'un des contreforts de la grande montagne de Poupet, les ruines importantes du château de Vaugrenant. Un embranchement du chemin de fer remonte la vallée encaissée de la Furieuse pour aboutir a Salins. Cette ville, qui compte environ 6, 000 habitants, doit son origine et son nom a des sources salifères qui, pendant tout le moyen âge, furent le principal aliment du trésor public en Franche-Comté. Située dans une gorge étroite, sur les pentes d'une montagne qui la domine d'environ trois cents mètres, la ville de Salins a au moins trois kilomètres de longueur. Malgré le terrible incendie du 27 juillet 1825, qui y détruisit trois cent six maisons, c'est encore la localité franc-comtoise où les éléments pittoresques sont le plus abondamment semés. De ses fortifications du moyen âge, il reste une porte de ville et plusieurs tours. Les deux points culminants des hauteurs voisines sont couronnés chacun par une forteresse : a l'ouest Saint-André, ouvrage dessiné par Vauban et portant la date de 1674 '■> 'à l'est Belin, ouvrage reconstruit en 1828 et complété en 1852. Un monument, érigé à l'entrée de la ville par le statuaire Max Claudet, dit que ces deux forteresses ont fait rebrousser

chemin à une colonne de l'armée prussienne en 1871. Plusieurs églises de Salins sont à visiter : Saint-Anatoile, fondée en 103 1, par l'archevêque de Besançon Hugues de Salins, reconstruite vers le milieu du xme siècle, a des stalles sculptées de la seconde moitié du xve siècle ; Saint-Maurice, construction du xive siècle, a une statue équestre, en bois, de son patron, qui porte le costume des guerriers de la fin du xve siècle; Notre-Dame Libératrice, chapelle à coupole, qui fait corps avec l'hôtel de ville, résulte d'un vœu fait parla municipalité, en 1639, pour que Salins fût préservé de la peste et des Suédois. La bibliothèque de Salins, fondée en 1593, enrichie en 1862 par un legs important de Charles Magnin, de l'Institut, possède deux pièces d'une tapisserie faite à Bruges en 1501, pour l'église de Saint-Anatoile. Les salines sont établies dans des souterrains voûtés, au-dessus desquels est l'ancien château des salines avec de vieilles tours. Les bains, établis en 1855, sont alimentés à volonté par les eaux naturelles et par les eaux mères des salines : il s'y trouve une magnifique piscine et de nombreux cabinets. — Statue du général Cler, tué à Magenta, ouvrage de Joseph Perraud, né à Monay (Jura), l'un des plus grands sculpteurs de l'époque contemporaine. — A Salins on trouve aisément des voitures (par instant des omnibus) pour aller en une heure et demie à Nans-sous-Sainte- Anne (on devrait dire Sainte-Agne et mieux encore Sainte- Agnès). La route fait des lacets sur les flancs de la montagne de Poupet ; elle longe ensuite le massif d'Alaise, oppidum gaulois qui a porté le nom à'Alesia et

dont le pourtour est bosselé de tombelles remontant à l'époque de la Gaule indépendante. La descente sur Nans vous introduit dans un bassin merveilleusement encadré. Le village, assis sur les bords de la petite rivière du Lison, renommé par ses truites exquises, est au pied de la montagne conique de Montmahoux (Mons major), où se voient les restes d'un château construit, en 1260, par Jean de Chalon, oncle du sire de Joinville, l'historien de saint Louis. Sur la hauteur qui est en face, un promontoire rocheux est coupé par un vaste fossé taillé au marteau : là était la forteresse de Sainte-Agne, refuge inaccessible dont Louis XIV ne put avoir raison, en 1674, que « par le secours d'une charpente

Source du Lnon

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qu'on avoit élevée jusqu'à la hauteur de ce château, et sur laquelle on avoit placé une batterie. » Entre Sainte- Agne et Montmahoux, un cirque de roches à deux étages ferme la vallée; l'étage inférieur est percé de deux cavernes grandioses : l'une est la Grotte Sarra^ine, l'autre la Source du Lison. La Grotte Sarra^ine, contiguë au roc de Sainte- Agne, est une colossale abside dans laquelle Notre- Dame de Paris entrerait avec ses tours ; elle donne naissance à un ruisseau : en temps de sécheresse, cette source ne se révèle que par un grondement souterrain qui ajoute à la solennité du lieu ; après une période de pluie, l'avenue de la caverne se transforme en un cours d'eau bouillonnant. Le Lison, qui reçoit ce cours d'eau, sort aussi d'une caverne qui est au fond du cirque de la vallée : c'est une rivière écumante qui forme une cascade de treize mètres de hauteur, après avoir dormi dans des cuves assombries. Du sol de la caverne surgit une sorte de bras qui semble en soutenir le plafond : un couloir mystérieux permet d'arriver dans le coude de ce bras et de contempler l'eau dormante qui précède la cascade. Plus haut que la source et en communication souterraine avec elle, un entonnoir sauvage, nommé le Creux- Biard, engouffre un ruisseau qui tombe à pic en produisant un majestueux écho. Avant de disparaître ainsi, le ruisseau arrose le verdoyant palier situé entre les deux étages du cirque qui termine la vallée. Ce palier était le siège de l'abbaye de Migette, fondée en 1321, par Hugues de Chalon, pour des filles nobles de la province de Franche-Comté : dans un bosquet, qui fut ja-

dis le promenoir favori des nonnes, un chemin s'appelle

encore Y Allée des soupirs. Si l'on remonte, sous la feuillée, le cours du ruisseau de Migette, on arrive au pied d'un escarpement de l'étage supérieur du cirque : c'est par là que le ruisseau fait son entrée dans la vallée; il s'y précipite en cascade, après avoir passé dans une brèche qui a pour auréole un pont cintré, nommé le Pont du Diable. Avant de quitter Nans, on devra une visite au Bief-Vernau et à ses pittoresques cascatelles :

cet affluent du

Pont du Diable

Lison a sa source dans un contrefort rocheux de Montmahoux, sur lequel était perché le château de Montrichard, manoir féodal de second ordre. Un château du xvie siècle, flanqué de tourelles, existe dans le village môme de Nans : ce fut la propriété du vieux marquis de Monnier, et la tradition dit que Mirabeau y eut des rendez-vous clandestins avec la jeune marquise, la célèbre Sophie. — Si l'on veut faire l'ascension du massif d'Alaise, pour y visiter des tombelles et des restes de cahutes de l'époque gauloise, on aura. en passant le spectacle des gigantesques éboulis à' En-Dieu, et Ton verra, sur une fontaine du village, le buste d'Alphonse Delacroix, l'auteur de Fattribution de l'Alesia de César au massif d'Alaise, point de départ d'une polémique qui a eu pour résultat de faire revivre en France le culte des souvenirs de l'ancienne Gaule.

GROTTES D'OSSELLE

Six heures environ : dans la belle saison, on peut faire la course, le jeudi, en bateau à vapeur.

Départ par la même ligne que pour aller à Salins ; s'arrêter à la gare de Byans (la troisième après Besançon); gagner de là, en suivant la rive gauche du Doubs, l'usine de la Froidière (4 kilomètres), qui est à quelques pas de l'entrée des grottes. — S'adresser au gardien, qui perçoit, au profit de la commune de Rozet-Fluans, un droit d'entrée de 50 centimes par personne, et fournit un guide aux visiteurs : ceux-ci feront bien de se munir individuellement d'une bougie et d'être vêtus

d'habits ne craignant pas trop les souillures. — Les grottes, dont l'ouverture est basse et étroite, se composent d'une suite de cavités souterraines, tantôt restreintes, tantôt spacieuses, dont les voûtes et les parois sont garnies de stalactites présentant les formes les plus variées. On y trouve en abondance les ossements fossiles de l'ours des cavernes Cursus speLeus), dont la stature était celle de nos chevaux ordinaires : d'où l'on a conclu que les grottes d'Osselle avaient d'autres entrées que l'étroite ouverture qui sert à y pénétrer aujourd'hui. La succession des cavités s'étend sur une longueur d'environ mille mètres. Aux deux tiers de la profondeur des grottes, on rencontre un ruisseau qui les traverse : un pont a été jeté sur cet obstacle, en 175 1, par les ordres de l'intendant Moreau de Beaumont. Il faut une heure environ pour parcourir rapidement les grottes.

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