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Source du Pontet
demi-heure, on rencontre le village de Mouthier- Haute-Pierre(629 habitants), ainsi nommé de l'abbaye bénédictine qui existait dans ce beau site, au pied de la roche de Haute-Pierre. Dès le commencement du XIe siècle, l'abbaye fut réduite à l'état de prieuré de l'ordre de Cluny. Le cardinal de Granvelle devint commendataire de ce bénéfice, et la maison prieurale, cons^ truite sous ses auspices, abrite aujourd'hui les services municipaux de la commune. Granvelle estimait beaucoup le vin, clair comme rubis, des grandes vignes du prieuré. L'église paroissiale, construite en 15 12, a un élégant clocher, haut de 43 mètres, dont la flèche est accostée de
Source de ia Lotit
quatre clochetons; la date de 1581 est gravée sur le second cordon de cette tour. — La roche de Haute-Pierre (880 m. d'altitude, ascension facile et belle vue) a pour vis-à-vis, de l'autre côté de la vallée, une aiguille de roche, sorte de menhir naturel, appelé le Moine de Mouthier.
A partir de Mouthier, la vallée se resserre : la route, hardiment taillée dans l'un de ses flancs, a été inaugurée le 10 août 1845; en la construisant, on a défiguré la belle cascade de Syratu, qui descend de l'un des contreforts de la montagne de Haute-Pierre. Un peu plus loin, un chemin en lacets, à droite de la route, conduit à la jolie source du Pontet, que domine la grotte dite des Faux monnayent s. Ensuite la route traverse la percée de la Vieille-Roche. Dès lors, la sauvagerie des Gorges de Nouailles s'impose à l'admiration du touriste : au fond de cette gigantesque crevasse, la Loue bondit en écumant ; son eau fraîche est peuplée de truites qui sont les rivales de celles du Lison. — Un sentier, qui se détache de la grande route à trois kilomètres et demi de Mouthier, conduit en trente minutes à la source de la Loue. On se trouve là devant le cirque rocheux qui fait le fond de la vallée. Ce cirque a 106 mètres de hauteur sur plus de 100 mètres de rayon : à dix mètres au-dessus de sa base, une caverne, de 32 mètres de hauteur sur 60 mètres de largeur, laisse échapper la rivière bouillonnante dont on vient de remonter le cours. Le spectacle est à la fois grandiose et émouvant.
Depuis Mouthier, où l'on trouvera un bon logis, une voiture publique permet de gagner Pontarlier.
REMONOT, ENTREROCHES ET MONTBENOIT
Un embranchement du chemin de fer relie les deux lignes par lesquelles Besançon communique avec la Suisse. Cet embranchement se greffe, à la station de Gilley, sur la ligne de Morteau, puis emprunte la haute vallée du Doubs pour gagner Pontarlier. Trois points de ce parcours méritent l'attention des touristes qui, dès à présent, peuvent mettre pied à terre à Gilley, visiter les curiosités que nous allons indiquer, puis rentrer le soir à Besançon. — Remonot possède sur le bord
Grotte de Remonot
de la grande route, en face de beaux entablements rocheux qui se mirent dans la rivière, une profonde caverne dont l'entrée fournit une salle vaste et parfaitement sèche, tandis que le fond distille une source qui dort dans de sombres cuvettes et alimente un petit bassin creusé, en forme de bénitier, dans la paroi de droite de la portion centrale de la grotte. Cette grotte a été de longue date convertie en église ; actuellement encore on y vénère une statuette de Notre-Dame, en bois de cèdre, qui semble appartenir au moyen âge.
Entreroches : on appelle ainsi un défilé pittoresque dans lequel le Doubs frémit en contournant de hautes murailles naturelles.
Montbenoit : abbaye de moines Augustins, fondée au xiie siècle, avait eu pour protecteurs les sires de Joux, possesseurs d'un château fort qui est encore l'une des sentinelles avancées de la défense du territoire français. Le val du Sauget, sur lequel régnait cette abbaye, ayant été dépeuplé pendant la guerre franco-suédoise qu'entretint, pendant dix années, le cardinal de Richelieu, fut ensuite repeuplé par des Savoyards qui y transplantèrent leur langage; de là l'étrangeté du patois de cette région par rapport aux dialectes environnants. Les monuments essentiels de l'abbaye sont encore debout : le cloître et l'église ont été classés parmi les monuments historiques. Le cloître, construit sous les auspices de l'abbé Simon de Clerval (1439- 1445), a les chapiteaux de ses colonnettes ornementés, par des imagiers locaux, avec des motifs tirés de la flore
Montbenoit. — Tombeau du sire de Joux
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et de la faune des montagnes du Doubs. Cette décoration grossière, je dirais presque pa toise, contraste singulièrement avec l'ornementation si délicatement savante de l'église. L'ornementation de l'église se fit, de 1522 à 1527, aux frais et sous la direction de l'abbé commendataire Ferry Carondelet, ancien ambassadeur en cour de Rome du gouvernement des Pays-Bas et de la Franche-Comté, ami de quelques-uns des grands artistes de la Renaissance italienne. Un parfum de cette Renaissance se dégage de plusieurs des sculptures de l'église de Montbenoît : aussi attribuerais-je volontiers les plus délicates d'entre elles à des artistes lombards appartenant à l'école de ceux qui ont décoré à Milan la sacristie de San-Satiro et à Crémone la porte du palais Stranga. Les œuvres d'art à remarquer dans l'église sont les suivantes : i° l'ancien jubé, soutenu par trois arcs en anse de panier, transporté, pour servir de tribune, au bas de l'édifice (1526); 2° dans la nef, un petit monument érigé par l'abbé^Carondelet à la mémoire d'une pauvre fille de quinze ans, Perrenette Mesnier, qui se tua en servant des maçons employés aux travaux de l'église (1522); 30 dans le chœur, du côté de l'épitre, une niche de siège abbatial, délicieusement encadrée (1526); 40 de l'autre côté, au-dessus de la porte de la sacristie, un bas-relief en pierre, daté de 1525, représentant la figure équestre et armée de Henri de Joux, qui vivait au xme siècle, monument dans la base duquel on a fait entrer une tête en terre cuite, chefd'œuvre d'expression douloureuse, digne de Donatello
p> BESANÇON.
ou de Verrocchio; 50 deux rangées de doubles stalles et un siège à trois places, richissime ensemble de sculpture sur bois, exécuté de 1525 à 1527, où l'on semble avoir épuisé le répertoire des coquetteries ornementales de la Renaissance : certains morceaux des basses formes ont un style quelque peu lourd, qui accuserait une main
Montbenoil. — Stalles
allemande, tandis que les panneaux et les pinacles de l'étage supérieur sont traités avec une fine et élégante distinction. La devise nosce opportvnitatem, associée fréquemment à l'ornementation que nous venons de décrire, se voit aussi dans le portrait de Ferry Carondelet, peint à Rome durant l'ambassade de ce prélat et actuellement à Londres chez le duc de Grafton.