‹ Besançon et ses environs. Nouv. éd., complétée et mise a jourChapitre 15 sur 119 · ANCIENNE ÉGLISE SAINT-PAUL · texte numérisé non relu

ANCIENNE ÉGLISE SAINT-PAUL

C'était l'église d'une riche abbaye, qui tenait le premier rang parmi les bénéfices monastiques du diocèse. Cette abbaye avait été fondée, en 628, par l'évêque de Besançon saint Donat sur les ruines du Palatium (V. plus haut, p. 52).

Au xie siècle, l'archevêque Hugues Ier avait reconstitué ce monastère, dont il était considéré comme le second fondateur ; il y avait élu sa sépulture et, le 8 mai de chaque année, les chanoines du chapitre métropolitain venaient à Saint-Paul prier sur sa tombe : le repas que l'abbaye leur devait à cette occasion s'appelait le Past des fèves.

Cette abbaye tenait de Hugues Ier de grandes immunités. Son territoire, qui comprenait la rue Bersot actuelle et l'immense clos occupé par les casernes, était régi souverainement par l'abbé, qui y exerçait les droits de justice, d'aubaine et d'asile. Cette dernière prérogative fut abolie par un diplôme de l'empereur Maximilien Ier, daté d'Anvers, 24 février 1503. Dès lors

les agents judiciaires de la ville purent faire des arrestations dans le quartier Saint-Paul; mais ce territoire n'en continua pas moins à jouir d'une sorte d'autonomie : il avait ses échevins particuliers qui parlementaient avec le gouvernement communal et, jusqu'à la Révolution française, les causes de police y furent jugées par un bailli spécial relevant de l'abbé.

L'église abbatiale était réservée aux religieux. Tout près d'elle, du côté de la rue Saint-Paul, s'élevait une petite église dédiée à saint Donat, où se faisaient les offices paroissiaux : cette seconde église cessa d'être paroissiale en 1688 et fut démolie en 1770. Les habitants du quartier eurent aussi leur hôpital, que l'on avait placé sous l'invocation de saint Antide : son emplacement fut utilisé, en 1531, pour la construction d'une cuverie, aujourd'hui magasin à fourrage, où l'on voit, avec le millésime que nous venons d'indiquer, la trace des armoiries de l'abbé Jean de la Palud.

L'église Saint-Paul qui serait, après la basilique métropolitaine, le plus intéressant des édifices religieux de la ville, a été livrée, dès le début de ce siècle, à l'administration militaire qui, après l'avoir utilisée longtemps comme écurie, a fini par la transformer en magasin à blé.

Des constructions du xie siècle, il reste le chœur, la maçonnerie des murs du transept et la partie inférieure d'une tour carrée qui occupait l'intersection des bras de la croix latine formée par les voûtes de l'édifice. Cette tour, ou clocher, avait deux étages d'arcatures géminées

de style roman, qui se répétaient sur les quatre faces : ces arcatures reposaient sur des pieds-droits à colonnettes engagées et pourvues de chapiteaux sculptés. L'étage inférieur est encore visible à la hauteur des voûtes de l'église. L'étage supérieur avait été démoli et réédifié plus haut que la toiture actuelle : on le supprima, en 1833, comme construction d'un entretien inutile ; mais l'une de ses faces put être remontée dans la cour de la bibliothèque de la ville. Les deux étages de cette tour avaient été construits avec des pierres de Vergenne, provenant d'édifices gallo-romains.

La plus grande partie de l'église résulte d'une reconstruction qui fut commencée en 1 371 et poursuivie pendant la presque totalité du xve siècle. La consécration des autels du nouvel édifice n'eut lieu que le 7 avril 1495, par les mains d'Odet Tronchet, évêque de Tibériade et suffragant de l'archevêque Charles de Neufchâtel.

L'église ainsi réédifiée se compose de trois nefs, chacune de cinq travées ; celles-ci sont couvertes par des voûtes d'arête dont les fortes nervures retombent sur des colon nettes. A la hauteur du dessus des voûtes latérales correspond une galerie qui fait le tour de l'église. Les colonnes de la grande nef ont des chapiteaux d'une ornementation variée : les têtes humaines les plus bizarres y sont associées à une végétation fantastique de rinceaux, de feuillages et de fleurs.

Des nombreuses épitaphes qui existaient dans cette église, cinq seulement se lisent sur les murailles actuelles.

Deux d'entre elles sont incrustées à l'extérieur du chœur ; elles rappellent les noms de deux ecclésiastiques du xie siècle, attachés à la personne de Hugues Ier : Wylencus et Guido. A l'intérieur sont les éloges, gravés sur pierre, de Robert de Baubigney, abbé régulier de Saint-Paul, mort en 1438; d'Antoine de Gorrevod, évêque de Lausanne et abbé commendataire de l'abbaye, mort le 24 février 1598; de Claudine de Salive, qui avait eu quinze enfants de ses deux mariages, et dont l'épitaphe fut composée par l'un de ses fils, le poète Jean-Baptiste Chassignet, précurseur de Malherbe.

Au mois de septembre 1879, on a retrouvé, sous l'ancien emplacement du maître-autel de Saint-Paul, un tronçon de colonne antique, évidé à l'intérieur et retaillé en biais, avec deux dalles formant fond et couvercle. Ce récipient, vraisemblablement organisé au xie siècle, renfermait des ossements humains qui pourraient bien être ceux de l'évêque saint Donat, fondateur de l'abbaye.

Quelques arcatures d'un cloître du xie siècle sont noyées dans les constructions modernes de l'abbaye. On peut voir aussi, près du chevet de l'église, une petite chapelle, destinée à l'usage particulier des abbés, qui paraît dater de la seconde moitié du xme siècle et offre encore, à l'intérieur, de charmantes proportions : c'est aujourd'hui le cellier d'un marchand de vin.

Et

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