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EGLISES

SAINT-JEAN (Basilique métropolitaine)

La ville de Besançon eut, dès les premiers temps de la prédication évangélique, deux églises cathédrales : l'une, située au centre du plateau rocheux qui servait de citadelle à Vesontio, était dédiée à saint Etienne; l'autre, assise au pied de la rampe qui conduit à cette même citadelle, est placée sous le vocable de saint Jean l'Évangéliste. Il y eut, au moyen âge, de grosses et longues querelles entre les chapitres de ces deux églises pour la possession du trône archiépiscopal : le pape Calixte II, fils d'un de nos comtes de Bourgogne, trancha la question en faveur de Saint-Jean; puis, en 1253, ^es deux chapitres furent réunis en un seul; enfin, l'église de Saint-Etienne fut rasée, en 1674, pour faire place aux fortifications élevées par Vauban.

L'église de Saint-Jean est plus intéressante pour l'homme d'étude que belle pour le simple curieux. Bien que ses diverses parties constituent un bizarre assem-

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blage, l'aspect général de son intérieur ne manque pas de majesté.

Ce qui frappe tout d'abord, c'est le plan de l'édifice, qui comporte deux absides, et l'entrée principale ouverte sur le flanc regardant la ville : ces dispositions, fréquentes dans les églises rhénanes, témoignent que l'influence germanique ne fut pas étrangère à la plus ancienne des reconstructions de notre cathédrale.

En effet, la première rénovation certaine de Saint- Jean est attribuée par le bréviaire du diocèse à l'archevêque Bernouin, qui occupa le siège de Besançon de 797 à 838, et fut en grande faveur auprès de Charlemagne et de Louis le Pieux, dont il était le parent.

« Deux cents ans et plus après, ajoute le bréviaire, l'archevêque Hugues, premier de ce nom (1031-1067), restaura la basilique de Saint-Jean, qui tombait de vétusté. »

De cette époque subsistent les murs formant parois latérales, percés de fenêtres en plein cintre. La maçonnerie de ces murs consiste dans les alternances d'une assise de pierre de taille et de trois rangs de petits moellons : ce sont encore les procédés de la bâtisse antique.

« Enfin, continue le bréviaire, cet édifice sacré de Saint-Jean ayant été renouvelé, le pape Eugène III en fit de ses propres mains la dédicace, le 3 des nones de mai, l'an 1148. »

Jusqu'alors les nefs de l'église n'avaient été couvertes que par des charpentes. Celles-ci prirent feu en 1213,

ainsi que l'atteste ce passage d'une lettre du pape Innocent III : « Bien que les bois de charpente aient été consumés par l'incendie, comme les gros murs sont intacts et que la table du maître-autel n'a subi par un bout qu'une médiocre fracture, il n'est besoin de consacrer à nouveau ni l'église ni l'autel. »

Ce fut seulement en 1237 que le chapitre trouva les ressources nécessaires pour voûter l'édifice.

On appliqua des groupes de colonnettes contre les colonnes et piliers anciens ; mais la saillie des chapiteaux contrariant cette opération, on rompit sur ce point l'aplomb des colonnettes, en leur faisant faire un coude. Ces ColonnettPS terminées DIT Saint-Jean. — Grande nef et chœur

des chapiteaux de bon style, se prolongent par delà la corniche jusque vers le milieu des arceaux du triforium; là sont les naissances des ogives. On éleva, au-dessus du iriforium, un second étage de petites fenêtres en plein cintre qui vont par groupes de trois ; celle du

milieu dépasse les autres en hauteur et a une seule archivolte qui retombe sur deux colonnes. Les deux étages de petites fenêtres furent encadrés par une série de formerets en arc aigu, ce qui détermina une série de lunettes. Pour corriger la disparate résultant d'un cadre gothique renfermant des arceaux en plein cintre, on éleva au devant de chaque lunette une triple arcature gothique extrêmement légère, qui part de la corniche et s'élance jusqu'à la voûte. A l'extérieur, des contreforts, surmontés d'aiguilles très courtes, assurèrent la solidité des nefs latérales, tandis que des arcs-boutants, conduits par-dessus les toits de ces dernières, maintinrent les retombées de la nef principale.

Le 25 février 1729, le clocher s'effondra et écrasa par sa chute la seconde abside. Cette ruine fut suivie d'une restauration, achevée en 1756, dans laquelle le clocher quitta son ancienne place pour être rebâti, d'après d'affreux dessins, sur le flanc opposé de l'église. On ne suivit, pour relever l'abside, que la disposition circulaire de l'ancien plan ; mais le style du xvme siècle régna en plein dans la nouvelle construction faite d'après les dessins de l'abbé Pierre-Nicolas Humbert, curé de Saint- Vit. Le cardinal Fleury avait fait accorder au chapitre la jouissance des revenus de l'abbaye de Luxeuil pendant neuf ans, pour aider à la reconstruction du clocher et de l'abside, et le 9 mai 1748, l'archevêque posa la première pierre de la décoration de cette chapelle du Saint-Suaire où Ton fut prodigue de marbres précieux et de luxueuses dorures.

MONUMENTS RELIGIEUX. Il3

La Révolution ne mutila pas considérablement l'édifice : elle ne lui enleva que son jubé; mais elle viola la sépulture des caveaux, et convertit en numéraire les joyaux des autels et de la sacristie.

Depuis le rétablissement du culte, deux archevêques se sont plu à embellir notre cathédrale, l'un au moyen de sa fortune personnelle qui était princière, l'autre avec les ressources que lui procura son administration.

Le cardinal de Rohan-Chabot (1828-1833), plus généreux qu'initié aux études artistiques, se passionna pour les fausses imitations gothiques qui avaient cours sous la Restauration, et il en fit d'abondantes commandes pour sa cathédrale. L'église, déjà fort sombre, fut alors totalement aveuglée par les détestables vitraux de couleur que l'on placarda dans toutes les baies; cinq des grandes fenêtres de la principale abside perdirent leurs meneaux pour recevoir les nouvelles verrières.

Ce qui s'est fait sous les auspices du cardinal Mathieu, archevêque de 1834 à 1875, est infiniment mieux entendu. D'après les plans de l'architecte Alphonse Durand, on a détruit la grande toiture a deux versants du xvme siècle; les toitures des nefs latérales ont été abaissées au-dessous du niveau du triforium : celui-ci a pu, dès lors, être démasqué et fournir un notable complément d'éclairage. Les contreforts ont retrouvé leurs anciens clochetons, et ils ont été reliés par une galerie à jour qui couronne les bas côtés. Peu à peu disparaissent les malencontreux vitraux du cardinal de Rohan, et des verrières moins sombres et de meilleur goût les rem-

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placent. Les deux absides ont reçu de riches pavés en marbre et mosaïques, figurant ici un Jéovah rayonnant,. là un plan de la ville de Jérusalem.

Contre le flanc de l'édifice qui donne dans le jardin de l'archevêché, on a élevé une galerie en architecture du xme siècle, qui est d'un excellent effet. L'architecte Guérinot, auteur de cette construction, a, du même coup, fort heureusement restauré une amorce de l'ancien cloître. Ce fragment, qui appartient au xne siècle, est bordé sur l'une de ses faces d'arcatures romanes soutenues par des faisceaux de colonnettes. Dans l'un des arceaux, on a ménagé une porte qui sert d'entrée à la bibliothèque du chapitre. Dans une autre porte est encastrée l'épitaphe du chanoine trésorier François Capitain, érudit dans les langues orientales, mort le 28 septembre 1622. De là, on pénètre dans l'une des petites nefs par une jolie porte édifiée au xne siècle.

Plus récemment, on a enlevé la couche uniforme de badigeon qui recouvrait l'intérieur de l'église et l'on a démuré les fenêtres en plein cintre des petites nefs.

Nous allons énumérer maintenant, dans l'ordre où ils s'offrent au visiteur, les détails curieux de l'église métropolitaine.

Abside du Saint-Suaire. — Ainsi nommée d'une insigne relique dont Saint-Jean avait hérité lors de la destruction de Saint-Etienne. C'était une pièce de lin, longue de huit pieds et large de quatre, sur les deux faces de laquelle l'image de Jésus au tombeau ressortait

en couleur jaune pâle. Primitivement employé comme décor dans l'office dramatique du matin de Pâques, ce linge ne prit un caractère de relique qu'à partir de 1523 : l'usage s'établit alors de le montrer au public deux fois

Sainl-Jean. — Chapelle du Saint-Suaire

l'an, le jour de Pâques et le dimanche qui suivait l'Ascension; cette cérémonie attirait dans la ville, chaque fois qu'elle avait lieu, 30,000 étrangers. Tant que dur.a Saint-Etienne, l'ostension se faisait depuis une plateforme adossée au portail de cette église; à Saint-Jean,

quatre balcons furent établis au même effet dans le nouveau clocher. En 1794, le saint Suaire fut expédié à Paris et exhibé dans l'une des séances de la Convention nationale ; de là il passa dans les mains du Comité de salut public, qui en décida l'envoi à l'Hôtel-Dieu comme linge à convertir en charpie.

L'abside du Saint-Suaire a pour retable de son principal autel l'une des œuvres capitales du peintre Carie Vanloo, la Résurrection, qui fut payée à son auteur 2,250 livres. Quatre scènes de la passion de Jésus font cortège à cette grande page : deux sont de Natoire et deux de Jean-François de Troy. Deux autels, élevés contre les murs de retour de cette même abside, ont pour tableaux le Martyre de saint Etienne, par de Troy, et la Prédication des saints Ferréol et Fer jeux, par Natoire : cette dernière toile, peinte à Rome en 1754, fut un présent fait à la cathédrale par la municipalité de Besançon, qui paya 1,500 livres cet ouvrage.

Dans l'espace qui précède ces autels, plusieurs œuvres d'art méritent attention. C'est d'abord le tombeau en marbre blanc de Ferry Carondelet, abbé commendataire de Montbenoît et grand archidiacre du chapitre métropolitain de Besançon, ami de Raphaël et d'Erasme, mort en 1528. Ce tombeau, sculpté dans les Flandres en 1543, est un témoignage de la piété fraternelle de Jean Carondelet, archevêqueTde Palerme et haut doyen du chapitre de Besançon, qui avait fait exécuter pour lui-même un monument semblable, que l'on voit dans la cathédrale de Bruges. Ferry Carondelet, en habits

pontificaux, est représenté couché et la tête soutenue par le bras gauche accoudé : au-dessous est la représentation en pierre blanche d'un cadavre rongé par les vers et les reptiles. Ce tombeau était primitivement dans la

Saint-Jean.

Tombeau des Carondelet

chapelle que Ferry lui-même avait fait décorer dans l'église de Saint-Etienne.

Plus haut que ce monument est une toile, opulente de couleur, qui appartient à l'école vénitienne : les uns l'attribuent à Sébastien del Piombo, les autres au Tintoret ; elle représente la Mort de Saphire et d'Ananie.

Vient ensuite un remarquable buste en marbre blanc

tl8 BESANÇON.

du pape Pie VI, par Giuseppe Pisani, don fait en 1818 à la cathédrale par l'architecte Paris ; puis on voit la statue agenouillée, en marbre blanc, du cardinal-archevêque Auguste de Rohan-Chabot, œuvre de Clésinger père. En regard de ce monument, est la statue assise du cardinal-archevêque Césaire Mathieu, par le baron Bourgeois, de Dijon, ancien grand prix de Rome pour la sculpture.

En avant et dans Taxe de l'abside du Saint-Suaire, une inscription gravée sur le pavé indique que là furent retrouvés, au mois d'octobre 1863, les ossements de huit princes de la famille des comtes de Bourgogne (*)s précipitamment descendus de Saint-Étienne à Saint- Jean, lors du siège de 1674.

Petite nef d'amont. — Dans le flanc de l'édifice s'ouvrent six chapelles qui datent des xvie et xvne siècles.

La chapelle dite des Fonts renferme un mauvais basrelief oblong du xvie siècle, en marbre blanc, représentant la Cène, lequel décorait autrefois l'une des faces du grand autel de Saint- Jean, tandis que sur l'autre face

(1) Rainaud Ier, mort en 1057 ï

Guillaume le Grand, père du pape Calixte II, mort en 1087 ; Rainaud III. beau-père de l'empereur Frédéric Barberousse, mort en

1156 ; Guillaume, frère du précédent, mort en n 56; Othon Ier, second fils de Frédéric Barberousse et de Béatrix, mort

en 1200 ; Gaucher III, sire de Salins, mort en 1175 ; Gérard de Vienne, gendre du précédent, mort en 1184; Etienne de Vienne, fils du précédent, archevêque de Besançon, mort

en 119^.

étincelait une Table d'or provenant des libéralités testamentaires de Charlemagne : ce dernier joyau fut envoyé à la fonte, au mois d'avril 1642, et les chanoines, aux prises avec le besoin, se partagèrent les 9,253 fr. et 1 gros qui en provinrent.

Saint- Jean. — La Rose

Dans cette chapelle, on peut voir depuis 1898 un marbre circulaire, creusé en forme de rose, provenant de l'ancienne basilique de Saint-Etienne. « C'est, a dit M. G. Rohault de Fleury, un disque de imoy de diamètre.... Il porte au centre un chrisme que traverse une croix surmontée d'une colombe, dans le cercle du disque A et Q, et au pied de la croix un agneau debout, la tête tournée vers le spectateur. Huit lobes régulièrement distribués sur un niveau un peu supérieur, sertis d'un trait circulaire, encadrent la partie centrale. Dans

leurs tympans, on lit cette inscription : Hoc signvm praestat popvlis caelestia régna. Ce marbre est très lisse et témoigne d'un long frottement qui en a rendu frustes les parties en relief. » J.-B. de Rossi considérait comme antique ce marbre ainsi que les caractères qu'on y avait gravés; nous n'hésitons pas à y reconnaître Tautel primitif de la -basilique de Saint-Étienne : ce serait vraisemblablement l'un des morceaux que Ton sait avoir été fournis par sainte Hélène, mère de l'empereur Constantin, pour la construction de cette église. Lorsque l'usage des autels rectangulaires se fut établi, ce marbre fut posé en 1050 par le pape Léon IX comme pierre sacrée sur le grand autel de Saint-Étienne. Descendu à Saint-Jean en 1674, il fut placé en 171 1 sur celui de cette cathédrale et en 1790 incrusté dans le mur de l'abside.

Un peu plus loin est la chapelle dite de Notre-Dame du Rosaire. Ce vocable lui est venu d'un tableau qui, avant la Révolution française, était vénéré dans l'église des Dominicains de Besançon : c'est une Vierge tenant l'enfant Jésus, peinte à Rome par Domenico Creti dit le Passignano, sur la demande du chanoine Claude Ménestrier, savant antiquaire. Toute une cargaison d'oeuvres d'art, dont ce tableau faisait partie, périt dans un naufrage, près de Marseille : la Vierge de Passignano seule surnagea et put être recueillie ; Claude Ménestrier en fit don à l'église des Dominicains de Besançon le 2 janvier 1633.

Plus loin encore est la chapelle affectée à la sépul-

ture des comtes souverains de la Franche-Comté. Des inscriptions, sur marbre blanc, relatent les deux translations des restes de ces personnages, en 1674 et en 1865. Les parois de la chapelle sont occupées, en outre, par huit portraits en pied, peints à fresque, qui surmontaient les tombeaux primitifs dans le cloître de Saint-Etienne, peintures qui ne remontaient pas au delà du xvie siècle et n'avaient ni valeur artistique' ni intérêt historique. Sous cette chapelle est une crypte de style roman, creusée et décorée en 1865, à laquelle on accède par un escalier pratiqué derrière l'autel : là sont quatre magnifiques cercueils, renfermant chacun deux squelettes, avec des épitaphes en lettres d'or sur marbre noir.

Une autre chapelle

montre, sur l'une Saint-Jean, — Chaire gothiqi

des clés de sa voûte en étoile, les armoiries de François Bon valût, administrateur de l'archevêché de Besançon, deux fois ambassadeur de Charles-Quint en France, aux frais duquel cet édicule avait été construit.

Grande nef. — Contre l'un des piliers, se voit une chaire à prêcher en pierre blanche, de forme hexagone et délicatement ajourée dans le style gothique flamboyant : c'est un don fait à l'église, en 1469, par Pierre Grenier, chanoine de Besançon et archidiacre deLuxeuil. En rétablissant ce monument à son ancienne place, le cardinal Mathieu y a fait ajouter une inscription qui rappelle que saint François de Sales a fait entendre là, en 1609', sa parole évangélique.

Petite nef d'aval. — Avant d'arriver à l'orgue, on remarque contre la muraille, à deux mètres au-dessus du sol, une jolie arcature surbaissée, avec colonnettes et entablement dans le goût de la Renaissance, aujourd'hui veuve des statues des saints Ferréol et Ferjeux, que le chanoine Henri Garnier y avait fait ériger à ses frais au xvic siècle.

Au delà de l'orgue, on s'arrêtera devant le plus beau morceau de peinture que Besançon possède. Une Vierge tenant l'enfant Jésus, portée et escortée par des anges, apparaît à deux groupes de personnages : à droite du spectateur, saint Sébastien percé de flèches, saint Etienne avec une pierre sur la tête, saint Jean-Baptiste agenouillé ; à gauche, saint Bernard et saint Antoine,

Saint-Jean. — Tableau de Fra Bartolommeo

plus un personnage à genoux, vêtu d'une robe rouge de magistrat et ayant près de lui des insignes de chanoine. Ce personnage n'est autre que Ferry Carondelet, dont le tombeau nous a déjà occupé : il figure ici comme donateur d'un tableau qu'il commanda au peintre Fra Bartolommeo, l'un des émules de Raphaël. Une gloire, due à la collaboration de Mariotto Albertinelli, surmontait jadis le sujet principal. Elle fut enlevée lors de l'encastrement du tableau dans les boiseries de la chapelle du Saint-Suaire. On en retrouve deux fragments au musée de Stuttgart.

Un remarquable Christ du Trévisan, commandé par le chapitre en 1649, est placé au-dessus de la porte de la sacristie principale.

Sanctuaire. — On monte quatre marches pour y arriver depuis la grande nef, et on en descendait autant pour entrer dans la principale abside ou presbyterium. Le maître-autel était ainsi posé sur une sorte d'estrade, que l'on appelait tribune, par-dessous laquelle existait une crypte, dépôt de corps saints, que Ton nommait confession. En 1678, le presbyterium fut mis de niveau avec le sanctuaire, et la confession remplacée par un double caveau destiné à la sépulture des archevêques et des chanoines.

Le maître-autel actuel, construit en marbre précieux sur les dessins de l'architecte Alavoine, fut donné par le gouvernement de Charles X, en même temps que les chandeliers, le Christ et le tabernacle, en bronze doré,

qui le meublent. A chacune des extrémités de cet autel, sont deux anges adorateurs en marbre blanc, sculptés à Rome en 1768, par un artiste bisontin, Luc Breton, sur la commande de Claude Thiébaud qui, au moment de prendre l'habit religieux à Sept-Fonts, avait fait ce magnifique cadeau à l'église de Saint-Maurice, sa paroisse. Transportés à Saint-Jean sur le char de la déesse Raison, en. 1794, les deux anges se trouvèrent adjugés ainsi à l'église métropolitaine.

Quatre grands chandeliers en cuivre repoussé, servant de pied à des candélabres, reposent sur le pavé de marbre du sanctuaire : ils proviennent de l'ancienne église des Grands-Carmes, car ils portent les armoiries de cet ordre religieux, avec la signature Boichard fecit, et les dates 1736 et 1742.

Le trône archiépiscopal, avec ses deux bras en forme d'aigle, est un cadeau de l'empereur Napoléon Ier.

Le lutrin, bel ouvrage de cuivrerie artistique de l'époque du premier Empire, exécuté par veuve Vannier et fils, avril 18 13, a été acheté en même temps qu'un pied de cierge pascal, dans le style Louis XV, qu'avait réformé Viollet-Leduc, dans l'ameublement de Notre- Dame de Paris.

Grande sacristie. — Elle est revêtue de magnifiques boiseries en chêne, dont les moulures encadrent des trophées de symboles ecclésiastiques, sculptés en basrelief. En dehors d'un riche assortiment d'habits sacerdotaux et de vases sacrés modernes, on peut y voir avec

intérêt un ostensoir en argent et vermeil, de forme pyramidale, comprenant les statuettes de la Vierge, de saint Benoît et de saint Bernard avec des têtes d'anges et des guirlandes de fleurs de lis : ce joyau, qui date de la première moitié du xvne siècle, proviendrait, diton, du trésor de Notre-Dame des Ermites; il a été, toutefois, fabriqué à Neuchâtel, le poinçon de garantie de cette ville s'y voyant en deux endroits.

Horloge. — Installée au rez-de-chaussée de la tour des cloches, du côté de la citadelle, elle a été faite à l'imitation de la célèbre horloge de Strasbourg, et surpasse même celle-ci par la variété des indications et de la mise en scène : elle est l'œuvre de Vérité, de Beauvais, qui l'a terminée en 1860.

Sonnerie. — Elle se compose de neuf cloches : la plus ancienne et la principale, fondue en 1771 par Cupillard de Morteau, pèse 8,200 livres.

En vertu de lettres apostoliques du icr février 1877, l'église métropolitaine de Besançon a été érigée en basilique mineure.

SAINTE-MADELEINE (Église curiale)

C'est à l'archevêque Hugues Ier, le reconstructeur de Besançon au XIe siècle, que cette église doit son origine. Il institua pour la desservir un collège de chanoines :

l'installation de ce chapitre eut lieu en 1043. Pour qu'il existât un trait d'union durable entre le siège archiépiscopal et le nouveau collège, celui-ci dut avoir pour chef l'un des dignitaires de la principale église métropolitaine : dès le xme siècle jusqu'à la Révolution française, le chapitre de Sainte-Madeleine reconnut comme doyen le trésorier du chapitre de la cathédrale.

Hugues Ier avait richement doté l'église de Sainte- Madeleine; il était allé jusqu'à lui abandonner un colonat, situé dans le village de Chalèze, dont les revenus servaient auparavant à l'entretien de la cuisine des archevêques. L'église, son cloître, les maisons et les personnes des chanoines jouissaient des plus larges franchises. Hugues Ier voulut enfin que son cœur fût confié à l'église de Sainte-Madeleine. Il y reposait sous une dalle carrée de marbre noir encadrée par une inscription. Une autre inscription circulaire occupait le milieu de la dalle.

Conformément à l'usage, qui ne permettait pas qu'une église cathédrale, collégiale ou abbatiale fût en même temps la paroisse du quartier où elle se trouvait, le chapitre de Sainte-Madeleine dut avoir dans sa dépendance une église spécialement affectée aux fidèles. A cet effet, Hugues Ier restaura un vieil édifice érigé, au ve siècle, par l'archevêque Léonce, tout à côté du pont qui reliait les deux rives du Doubs. Cette église était demeurée longtemps à l'état de ruine, et les arbres y avaient pris racine : de là lui venait le nom de Saint-Laurent du Bois. Le fondateur de Sainte-Made-

leine, en la mettant au rang des paroisses, lui conserva son ancien vocable. Le territoire de cette paroisse était d'une grande étendue : il comportait tout le quartier nord de Besançon avec la portion de banlieue que dessert aujourd'hui l'église de Saint-Claude; il englobait en outre, sur la rive gauche du Doubs, la totalité de la bannière du Bourg, c'est-à-dire qu'il avait de ce côté pour limites les rues de Glères et de la Bouteille, les ruelles Baud et du Loup et le morceau inférieur de la rue du Lycée.

On lisait sur les feuillets de garde du lectionnaire de Sainte-Madeleine cette funèbre annotation : « L'an de l'Incarnation du Seigneur 122 1, le jour de la fête des martyrs Prote et Hyacinthe (14 septembre), furent détruites les maisons de l'église de Sainte-Madeleine et presque tout le quartier de ce côté du pont, par un violent incendie qui éclata au premier chant du coq. A la suite d'un grand travail et d'énormes dépenses, ces édifices furent, avec l'aide de Dieu, honorablement refaits et réparés. Que Dieu en soit par-dessus tout béni. Amen ! Amen ! » De cette époque date la première reconstruction de l'église de Sainte-Madeleine. Ce fut alors qu'on éleva dans sa façade, qui s'alignait sur la rue d'Arènes, un portail embelli par deux rangées de sept grandes statues en pierre : il ne reste de cette décoration qu'un buste d'évêque, qui passe pour représenter Hugues Ier; cette image a été placée sur un piédestal dans l'église actuelle.

A son tour, l'église de Saint-Laurent fut ruinée par

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un incendie qui éclata dans la nuit du 25 décembre 1239. Les offices paroissiaux se firent dès lors à Sainte- Madeleine, et l'église de Saint-Laurent ne se releva que comme simple chapelle : « Je me souviens, écrivait le cardinal de Granvelle, de la chapelle de Sainet- Laurens, que est aux halles de Besançon, et suis souvent passé par là....; et, si je ne me forcompte, il y a une dent dudit sainct Laurens que mect en opinion ceulx de la cité que, jeûnant la veille de sainct Laurens, les dentz ne leur font mal. » Cette chapelle fut néanmoins supprimée en 1585, dans l'intérêt de l'agrandissement des halles auxquelles elle confinait.

L'église de Sainte-Madeleine fut-elle ébranlée par le tremblement de terre qui eut lieu dans la matinée du Ier février 1267 et affecta spécialement le quartier nord de Besançon ? Il y a tout lieu de le croire, car l'édifice fut encore en partie reconstruit vers cette époque : en effet, le dimanche 4 mai 1281, l'archevêque Eudes de Rougemont vint y faire la consécration d'un maîtreautel neuf et d'un autel secondaire dédié à saint Michel.

Au siècle suivant, on dut procéder à une restauration qui fut plus considérable encore, puisqu'elle motiva une consécration nouvelle de l'église, faite le 3 octobre 1370, par Clément, évêque de Domochus, suffragant de l'archevêque de Besançon, Aymon de Villersexel.

Dans les premières années du xve siècle, alors que la commune était parvenue à régir civilement et judiciairement la plus grande partie du territoire de la ville, une horloge publique fut installée dans le clocher de

MONUMENTS RELIGIEUX. loi

Sainte-Madeleine, et l'on accrocha au dehors une figure en fer et en bois pour frapper les heures. C'était une modeste imitation du groupe de trois personnages qui remplissait la même fonction sur la tour de Notre- Dame de Dijon, comme annexe de l'horloge que le duc de Bourgogne Philippe le Hardi avait enlevée, en punition d'une révolte, aux gens de Courtrai. Le groupe flamand de Dijon s'appelant la famille de Jacquemard , on baptisa du 'même nom le personnage unique qui dès lors sonna les heures au clocher de notre Sainte- IVladeleine, et qui, refait ou restauré nombre de fois, n'a cessé d'être une sorte de palladium pour les habitants du quartier nord de Besançon.

Le 3 avril 1640, l'abside de la vieille église s'était écroulée : au mois de juillet 1734, on constata que le reste de l'édifice menaçait ruine. Quelques mesures furent inutilement prises pour le consolider; il fallut se résigner à démolir. Divers projets furent présentés en vue d'une reconstruction : on finit par adopter celui de l'architecte Nicolas Nicole, de Besançon, élève de Jacques-François Blondel, et qui venait de se signaler par la construction de la jolie chapelle du Refuge. Les plans de cet artiste ne furent définitivement adoptés qu'en 1746; la pose de la première pierre du nouvel édifice se fit le 26 mai de cette même année. Une vénérable paroissienne, Caroline de Chevanney, dame de Montgenet, donna cent mille livres pour contribuer à l'entreprise ; la ville fournit dix mille livres, et un arrêt du Conseil royal, en date du 16 janvier 1753, autorisa

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les paroissiens à s'imposer au même effet, à raison de douze mille livres par an, pendant seize années consécutives. Le 21 juillet 17 66, la nouvelle église fut assez avancée pour qu'on pût la bénir et y célébrer les offices qui, depuis le commencement des travaux, se faisaient aux Cordeliers. L'église n'avait encore ni ses tours ni son abside, et le pavage intérieur n'était fait qu'à moitié,'quand la Révolution vint mettre obstacle à l'achèvement de l'œuvre.

Ce fut seulement en 1825, grâce au zèle du curé Etienne Vieille et à la pieuse ardeur des paroissiens, que l'on s'occupa de reprendre les travaux. Mais il fallut, par mesure d'économie, modifier dans ses détails ce qui restait à exécuter du projet de Nicole. Au mois de mai 1828, on posa la première pierre des tours, et, au mois d'avril 1830, leur construction était terminée. En même temps, s'achevait le pavage des nefs, et les chapelles recevaient leur ornementation. La ville avait donné 30,000 francs; le gouvernement et le département avaient aussi alloué quelques subsides ; la générosité privée avait fait le reste. Les journées de 1830 arrivèrent, et il ne fut plus possible de songer à la construction de l'abside.

L'église fut consacrée le 22 juillet 1866, par le cardinal Mathieu, archevêque de Besançon.

La façade de Sainte-Madeleine comporte deux ordres d'architecture, dont la partie centrale est surmontée d'un fronton. Les deux tours, d'égale hauteur et de forme semblable, sont loin de l'élégance de celles que

Église Sainte-Madeleine (extérieur)

l'architecte Nicole avait dessinées. En somme, cette façade, imposante par sa masse, est lourde par ses détails. Sur le perron qui la précède, s'élèvent quatre candélabres en fonte, exécutés en 1861, d'après un dessin puisé dans les portefeuilles de l'architecte Paris.

L'intérieur de l'église se distingue, au contraire, par des proportions sveltes et dégagées. La plate-forme qui supporte l'orgue est un tour de force d'équilibre. La forme générale de l'édifice est celle d'une croix latine qui a 66 mètres de longueur. Les trois nefs sont déterminées par des colonnes accouplées, de style ionique composite, reposant sur de hauts soubassements et surmontées d'un entablement complet. Ces colonnes, évidées par des cannelures, supportent les naissances des voûtes dont l'élancement est merveilleux de hardiesse. Le milieu de la grande nef est marqué par un rudiment de coupole. Le chœur, bien que manquant d'une abside, est conçu dans de belles proportions.

Les six chapelles des basses nefs renferment chacune un groupe en plâtre de grandes dimensions, qui représente une scène de la Passion du Christ : c'est l'œuvre, plus que médiocre, du sculpteur Clésinger père. De belles grilles ferment actuellement l'entrée de ces chapelles.

Dans la chapelle des fonts baptismaux, Jean-Louis Bizot, doyen des conseillers au bailliage présidial de Besançon, a tracé une méridienne accompagnée de lignes horaires de 15 en 15 minutes.

Quelques bons tableaux se voient dans l'église :

IdÔ BESAN< l >N .

Un Christ en croix, sur bois, que l'on attribue à l'un des Porbus;

Une Vierge glorieuse, entourée de saint Jean-Baptiste, de saint Bonaventure et de saint Charles Borromée, tableau se rattachant à la manière vénitienne et peint en 1636 par Claude Rathely, de Besançon, en religion frère Prothade, mort aux Capucins de Salins en 1653 ;

Légende des saints Crépin et Crépinien, tableau signé Guérin p. a° 1657 : ce peintre Guérin avait pour prénom François, et il était citoyen de Besançon ;

Une Sainte Famille de Jean-Érasme Quellyn (1672) : tableau qui provient de la chapelle qu'avait la famille Marin aux Cordeliers de Besançon ; #

Saint Claude ressuscitant un enfant, tableau de Pierre Dullin, de l'ancienne Académie de peinture et que cet artiste exécuta à l'âge de soixante-dix ans (1739) ;

Le martyre de saint Vernier. par François Jourdain, de Besançon (1788);

L Assomption de la Vierge, pa-r Alexandre Chazerand, de la même ville (mort en 1795);

Sainte Pbilomêne montant au ciel, par Lancrenon

Sainte-Madeleine a été ornée récemment de vitraux peints. Deux de ces verrières rappellent, au moyen d'une succession de symboles héraldiques, les principales époques de l'histoire du quartier et les personnages qui contribuèrent à le doter d'une église.

Kéjatif de la Société ph»t. du T)o>,

Eglise Sainte-Madeleine i intérieur)

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