SAINT- PIERRE
(Église succursale)
Située au centre du vieux Besançon, cette église reconnaît pour son fondateur l'évêque Eusèbe, qui vivait au ive siècle, sous le règne de Constance Chlore. La commune de Besançon n'a jamais eu d'autre beffroi que son clocher. C'était là que le populaire allait entendre la messe du Saint-Esprit, le 24 juin de chaque année, avant l'ouverture des scrutins qui désignaient les membres du gouvernement municipal.
Saint-Pierre était, au moyen âge, un édifice de style roman, beaucoup plus rapproché de l'hôtel de ville que le monument actuel; on y descendait par sept degrés, et un cimetière régnait tout autour.
La caducité de cet édifice, non moins que la nécessité de créer une place devant l'hôtel de ville, inspirèrent, dès 1732, l'idée de reconstruire l'église en la faisant rétrograder vers le nord-est. Divers plans ayant été proposés et abandonnés, on finit par s'arrêter à celui de Claude-Joseph-Alexandre Bertrand, architecte de la ville, qui en commença l'exécution dans le cours de l'année 1782. On rasa l'ancienne église; le sol fut nivelé et devint la place d'armes de la ville, sous le nom de place Saint-Pierre. Cette place devait être entourée de constructions particulières, suivant un dessin uniforme que l'on voit exécuté sur tout le côté sud-est et
qui est dû au même architecte. Le vaisseau de la nouvelle église fut terminé en 1784, et la tour du clocher en 1786. La lanterne et la croix en fer forgé qui couronnent cette tour furent exécutées en 1858 d'après les dessins de l'architecte Delacroix et de son élève Alfred Ducat.
La forme de l'église est un carré avec une abside sur chaque face, sauf du côté de l'entrée où se trouve un portique extérieur, un porche couvert et la tour des cloches. Quatre colonnes corinthiennes s'élèvent au centre du carré, et de leur sommet se projettent en tous sens des arceaux qui viennent reposer sur quatorze pilastres faisant face aux colonnes.
La principale abside est décorée d'une gloire, qui représente Saint Pierre et la Religion, et de quatre figures en pied des Evangèlistcs : ces sculptures sur bois ont été exécutées sous le premier Empire, d'après les dessins de Dominique Paillot, par le sculpteur Lapret, de Besançon. Les boiseries du chœur proviennent de quelque église supprimée à l'époque révolutionnaire : elles sont richement sculptées dans le style Louis XV. La chaire à prêcher, qui est du même temps et d'un ciseau non moins habile, avait été faite pour l'église des Jésuites de Besançon.
Le tabernacle du maître-autel est surmonté d'un très beau Christ en ivoire, haut de soixante-huit centimètres, qui appartenait autrefois à l'église du séminaire.
Une inscription sur marbre, voisine du sanctuaire, relate que le comte d'Artois, depuis le roi Charles X,
Église Saint-Pierr
entendit la messe à Saint-Pierre les 26 et 27 octobre 18 14 : le prince avait fait consigner au palais archiépiscopal, pendant son séjour, l'archevêque Claude Lecoz, ancien évêque constitutionnel et ardent bonapartiste.
Deux chapelles sont situées à droite et à gauche de la principale abside. Celle qui est dédiée à saint Prothade a pour retable de son autel une peinture de Mlle de Vaulchier du Deschaux, sœur de l'ancien directeur général des postes : ce tableau représente le bienheureux évêque intercédant pour la ville de Besançon qui l'implore. Des prières publiques avaient lieu autrefois devant la châsse de ce saint, chaque fois que les biens de la terre étaient en péril. Sous ce même autel ont été déposés, en 1783, les ossements d'environ trente corps saints trouvés dans le cancel de l'ancienne église.
Très près de l'autre chapelle, dédiée aux saints Ferréol et Ferjeux, on devra remarquer une œuvre de maître, la Résurrection de Lazare, par Martin de Vos, toile de la galerie des Granvelle, qui se voyait avant la Révolution dans l'église des Grands-Carmes.
L'abside du nord-ouest a été partiellement démolie, puis reconstruite dans des proportions plus restreintes en 1897, en vue ^e l'élargissement de la rue Saint- Pierre : elle a sur son autel une statue en plâtre de la Vierge assise, souriant aux caresses que se font l'enfant Jésus et le petit saint Jean : c'est l'un des premiers ouvrages d'Auguste Clésinger, de Besançon.
Dans l'abside opposée on admirera la Vierge au Christ mort, du statuaire bisontin Luc Breton, œuvre de grand
style, exécutée en pierre de Tonnerre, sur la commande de la comtesse de Ligniville (Jeanne-Marguerite de la Baume-Montrevel) (1787). Un tombeau en marbre de
La Vierge au Christ mort, de Luc Breton
Vevey supporte ce groupe, qui est signé L. Breton, F. 1787.
La même abside renferme un grand bas-relief en marbre blanc, œuvre du sculpteur Franceschi, et destiné à perpétuer la mémoire du curé Félix Griffon, mort en 1860, que son inépuisable charité avait rendu populaire.
Saint-Pierre est, en outre, le siège d'une confrérie du Saint-Sacrement qui, remontant à l'année 1399, se trouve être la plus ancienne du diocèse et peut-être de la France.
Deux des nombreuses tombes de l'ancienne église ont été associées à l'édifice actuel : l'une, qui fait partie
du dallage de l'église, recouvrait la sépulture d'Honoré Mancenans « qvi fvt tvé des ennemis a la svrprise en l'an 1575 ; » l'autre, qui a été encastrée dans les catacombes, a la forme d'un cartouche ovale et rappelle, en élégant latin, les qualités aimables du jeune baron Henri-Rodolphe de Pappenheim, mort âgé de seize ans, le 14 août 1580, à Besançon, dans le cours d'un voyage d'études.