HOTEL DE VILLE
La commune de Besançon n'eut de fonctionnement régulier qu'à partir de 1259 : c'est de cette époque que date son premier sceau et c'est alors seulement qu'elle put ouvertement procurer un logis à son conseil.
Cette assemblée siégea longtemps dans des locaux d'emprunt. Les plus anciens souvenirs nous la montrent installée dans une maison qui dépendait de l'hôpital de Saint- Antoine. Plus tard, sûrement avant 1290, la commune amodia dans les mêmes parages une maison plus considérable appartenant à la famille Porcelet et que l'on appelait la Cheminée. Cet immeuble est représenté aujourd'hui par la maison qui porte le numéro 8 de la rue Pasteur (ancienne rue des Chambrettes) : on y voit encore les restes d'une chapelle gothique.
La commune ayant étendu sa domination sur la presque totalité du territoire de la ville, son conseil jugea qu'il lui conviendrait mieux de siéger en un point plus central et dans un logis lui appartenant en propre. Une maison fut achetée à cette fin en 1381 ; elle faisait face à l'église Saint-Pierre, dans le clocher de laquelle, depuis sa constitution définitive, la commune avait suspendu la bancloche qui annonçait ses assemblées. L'année suivante, l'un des plus considérables parmi les membres
du conseil, Vauchier de Saint-Paul, ayant perdu son fils unique et allant s'éteindre lui-même, léguait à la commune, pour y tenir le consistoire et y garder les actes de la cité, une seconde maison qui touchait celle précédemment achetée. Un troisième immeuble fut réuni aux deux premiers, en 1383 : il fut vendu par le chanoine Etienne Pique, frère de ce Richard Pique, dit de Besançon, qui, après avoir été l'un des conseillers du sage roi de France Charles V, était devenu par son mérite archevêque de Reims.
Les trois vieux logis furent démolis en 1393, et un hôtel de ville, édifié à neuf, les remplaça. Par des acquisitions successives, qui eurent lieu de 1405 à 1521, la municipalité parvint à pousser les dépendances du logis communal jusque sur la rue Saint-Vincent.
La façade actuelle, construite en pierres à bossage noircies par le temps, fut bâtie entre les années 1569 et 1573. On aperçoit encore un reste de ce dernier millésime sur l'un des claveaux de la principale porte de l'édifice.
La grande niche pour fontaine, qui existe entre cette principale porte et le corps de garde, servait à abriter une statue en bronze représentant l'apothéose de l'empereur Charles-Quint, œuvre du sculpteur bisontin Claude Lulier (1567). L'empereur, couronné de lauriers, brandissant une épée de la main droite et tenant de la gauche un globe, enfourchait un aigle à deux têtes : les becs jetaient de l'eau en temps ordinaire et du vin les jours de réjouissances publiques. Ce mor-
ceau de sculpture, qui symbolisait une période de prospérité municipale, ne trouva pas grâce devant le fanatisme révolutionnaire : il fut envoyé à la fonte le 21 août 1792, sous le curieux prétexte que le tyran Charles-Quint avait fait couler le sang des Français!
La grande salle de l'Hôtel de ville, qui sert à la tenue des séances publiques de nos Sociétés savantes, a de belles proportions : elle est ornée de huit portraits en pied de généraux demeurés chers à la province de Franche-Comté (0.
Dans le vestibule qui précède la grande salle, on a suspendu les copies sur bois de peintures murales du commencement du xvie siècle qui représentaient, audessus de leurs tombes, huit membres de la famille des comtes de Bourgogne inhumés jadis dans le parvis de Saint-Etienne de Besançon. Ces copies, faites aux frais de l'historien Jules Chifflet, abbé de Baleme, en 1674, portent les armoiries de ce prélat.
Dans le cabinet du maire se conservent quelques drapeaux historiques, entre autres une reproduction de celui qui fut offert aux Neuchâtelois, en mémoire du grand concours de tir qui avait eu lieu à Besançon, en 1873 : ce drapeau est aux armes, aux couleurs et à la devise de la ville. Sur la cheminée du cabinet sont deux beaux vases en porcelaine de Sèvres, offerts à la
(i) Le maréchal Moncey (copie d'après Barbier- Valbonne), les généraux de division Donzelot (par Gigoux), Morand et Marulaz (par Giacomotti), Pajol (par J.-B. Guignet), Baudrand (par Ary Scheffer), Bernard et Lyautey (par Edouard Baille).
ville, pour son musée, par le gouvernement de Napoléon III. La même pièce est ornée d'un certain nombre de portraits des maires de Besançon (0.
Les archives de la ville étaient installées au rez-dechaussée, dans une salle voûtée de l'aile droite du bâtiment. Toute la partie de ces archives antérieure à 1789 a été transférée en 1899 à la bibliothèque municipale.
Sur la rue Saint- Vincent, les bâtiments de l'ancien arsenal de la commune, qui dataient de l'année 1529, ont été remplacés, en 1848, par un élégant corps de logis, à un seul étage, qui est le siège de l'école primaire supérieure de la ville.
Entre les deux groupes de bâtiments municipaux, s'interposent le Palais de justice et ses annexes, anciennes propriétés municipales, cédées par la ville à l'État, en 1676, lors du transfert à Besançon du Parlement de Franche-Comté, qui jusqu'alors avait siégé à Dole.
En divers endroits de ces corps de logis, on a figuré les armoiries de la ville, qui sont d'or à l'aigle éployée de sable, tenant dans ses serres deux colonnes de gueules mises en pal.
Ce fut à la fin du xme siècle que la commune de Besançon adopta pour emblème une aigle éployée, vou-
(1) Durand de Gevigney (1746), Ordinaire (1790), Nodier (1790-1791), Louvot (1791-1792), baron Daclin (1801-1816;, marquis Terrier de Santans (1816-1830), Micaud (1832-184?), Bretillot (1843-1848), Convers (1848- 1860), Clerc de Landresse (1860-1867), Proudhon (1867-1870), Fernier (1870-1872), Oudet (1872-1881), Bruand (1884-1888).
lant montrer ainsi qu'elle s'était mise sous le protectorat des empereurs d'Allemagne. Au xve siècle, elle eut l'idée d'associer à cet emblème l'image du rocher de la citadelle et des deux colonnes romaines qui y étaient encore debout.
Plus tard, le rocher disparut, mais les deux colonnes furent maintenues de chaque côté de l'aigle. Enfin, au xvie siècle, les dessinateurs firent reposer les bases des colonnes sur les serres de l'aigle et la formule des armoiries de Besançon fut trouvée.
Au-dessus de la niche qui abritait la statue de Charles-Quint, on lisait le mot Vtinam (Phît à Dieuf)y tandis qu'au haut de la grande porte se voyait cette autre formule, enlevée vers 1880 : Deo et Cesari fidelis perpetuo (Perpétuellement fidèle à Dieu et à César"). Ces deux devises avaient été créées pour accompagner alternativement le blason de la ville sur les monnaies que la municipalité fit frapper à partir de 1537.