‹ Besançon et ses environs. Nouv. éd., complétée et mise a jourChapitre 6 sur 119 · CAPITOLE · texte numérisé non relu

CAPITOLE

CGrande-llue, n'1 91, au fond de l'hôtel Etbis)

Lorsque Rome eut entrepris la conquête du monde, en imposant à ceux qu'elle avait vaincus ses institutions et ses mœurs, la permission de construire un Capitole fut le privilège des villes provinciales qui arrivaient à la situation de colonie.

Tous nos historiens locaux, sans exception, indiquaient la place Saint-Quentin de Besançon comme ayant été l'assiette du temple capitolin. Le sol de cette place, bien souvent fouillé, ne livrait aucun débris d'élégante construction; mais on s'en rapportait à une légende de bréviaire qui disait que l'église de Saint-Jean- Baptiste, voisine de la place Saint-Quentin, avait été construite auprès du Capitole. Or cette légende n'est pas antérieure au xve siècle, époque où l'on se servait d'un latin fleuri dans lequel le mot Capiiolium avait couramment le sens de citadelle. L'église de Saint-Jean-Baptiste avait précisément sa façade sur le chemin qui conduit à la citadelle. C'était là tout ce qu'avait voulu dire le légendaire.

Un autre terrain, qui occupe le centre de la partie plane de la presqu'île de Vesontio, est indiqué dans les anciens titres par le vocable In Capitolio, devenu en-

suite Chatol, Chatoul, Chatour et Cbateur, dénomination que conserve une de nos rues. Sur ce terrain existe encore un massif planté de grands marronniers, qui s'élève de sept mètres et demi au-dessus du sol antique et présente un volume de plus de 5,000 mètres cubes : c'est là ce que l'antique rituel de Saint-Prothade nomme Monticulus Capitolii, et ce que nous n'hésitons pas à regarder comme le soubassement de la roche tarpéienne du Capitole de Vesontio.

Toute fouille faite dans le voisinage de ce massif met invariablement en lumière des vestiges d'architecture du caractère le plus somptueux. De ces indices, nombre de fois répétés, résulte pour nous la certitude que notre temple capitolin, revêtu à l'intérieur de panneaux de marbre vert encadré par des bordures de marbre blanc, montrait à l'intérieur de puissantes colonnes lisses engagées, formées de monolithes en marbre cipollin, d'un diamètre de 72 centimètres correspondant à une hauteur de sept à huit mètres et demi, et terminées par des chapiteaux corinthiens de marbre blanc, lesquels supportaient un entablement de pareil marbre, du plus grand luxe et du plus bel art.

Une prescription canonique, rapportée par Vitruve, voulait que les temples voués au culte des divinités tutélaires des villes, c'est-a-dire Jupiter, Junon et Minerve, divinités qui composaient la triade capitoline, fussent établis en des lieux très élevés, d'où la plus grande partie des remparts pût être aperçue. Le roc de la citadelle de Vesontio aurait admirablement rempli

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cette condition. Si l'on n'y construisit pas le Capitole, c'est que la place était prise par un sanctuaire antérieur à la création de la colonie romaine. Celle-ci, dès lors, dut implanter son temple capitolin sur un rocher factice, le Monticulus Capitolii dont parle le rituel, actuellement la terrasse plantée de marronniers. Sur ce piédestal de sept mètres et demi, le temple tout de marbre avait à son tour une hauteur de dix mètres. A une époque où les habitations des particuliers ne comptaient généralement pas d'étage supérieur, une construction publique haute d'environ dix-huit mètres avait vue certainement sur toute la partie plane de la presqu'île de Vesontio.

Comme tous les grands édifices religieux de l'antiquité, ce monument était encadré par des portiques, sous lesquels s'ouvraient des chapelles accessoires, alternativement en abside et en rectangle, qui faisaient saillie sur l'encadrement. Les deux faces principales de ce cadre mesuraient extérieurement environ 180 mètres, et les deux autres faces environ ioo mètres. L'une des deux faces principales était en concordance parfaite d'alignement avec la grande rue de Vesontio.

Dans le morceau de cette rue qui longeait la clôture du temple capitolin, on a rencontré, en 1863, deux torses en marbre blanc de jeunes divinités, qui, jetés sur la voie publique, y avaient rempli longtemps l'office de pavés.

Quatre lettres romaines du plus beau style, gravées sur deux pierres employées depuis pour la construction d'une église avoisinant les ruines du Capitole, paraissent être les vestiges d'une inscription votive ayant

surmonté la principale porte ouverte dans l'encadrement du temple. De ces lettres, les deux premières, TI, ont pu faire partie du qualificatif opTlmo qui suivait le mot Jovi dans les inscriptions gravées en l'honneur de la triade capitoline. Les deux autres, E. D, sembleraient provenir de la formule finale d'une inscription dédicatoire : publicE. Dedicavit.

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