PALAIS GRANVELLE
Nicolas Perrenot de Granvelle, petit-fils d'un forgeron d'Ornans, s'était élevé aux charges éminentes de premier conseiller d'État et de garde des sceaux de l'empereur Charles-Quint.
N'étant encore qu'avocat de la couronne près le bailliage d'Ornans, il avait, en 1513, épousé Nicole Bonvalot, d'une des premières familles de Besançon. Cette alliance avait été le point de départ de sa fortune ; il s'en souvint et eut toujours à cœur les intérêts de la république bisontine. En cela, d'ailleurs, il servait la politique de son maître, car il importait extrêmement à la maison d'Autriche que la ville de Besançon, boulevard militaire de la Franche-Comté, ne cherchât pas d'autre protecteur que le souverain de cette province.
Ce fut donc tout à la fois pour être agréable aux Bisontins et pour avoir une position prépondérante au milieu d'eux que Nicolas Perrenot de Granvelle fit édifier le palais qui porte son nom. Cette construction fut commencée en 1534 et achevée en 1540. La municipalité y prêta le plus gracieux concours : on la vit successivement annuler une ruelle publique qui aurait coupé
diagonalement le futur jardin du palais, puis autoriser Granvelle à prendre dans les forêts communales les bois nécessaires au bâtiment, exempter perpétuellement l'édifice et ses dépendances de toute imposition, concéder enfin un filet d'eau des fontaines publiques pour l'agrément de la maison.
A l'église des Carmes, qui n'était séparée que par une ruelle de l'un des flancs de l'édifice, Granvelle fit ajouter une élégante chapelle, avec caveau sépulcral pour lui
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Valais Granvelle
et les siens : un pont couvert relia le palais à l'église. La chapelle n'était pas encore terminée quand Granvelle mourut, au mois d'août 1550 : son corps, ramené d'Augsbourg à Besançon, ne fut descendu solennellement dans le caveau que le 6 décembre de l'année suivante.
L'architecture du palais Granvelle est absolument flamande : elle a de grandes analogies de style avec les parties anciennes de la maison Plantin-Moretus, à Anvers.
On ignore le nom de l'architecte. Nous croyons en avoir retrouvé les initiales sur l'un des chapiteaux de l'étage de la cour ; ce sont les lettres I. O. A.
Sur quelques autres chapiteaux du même étage et dans le fronton de l'une des fenêtres du rez-de-chaussée de la façade, on lit la devise de Granvelle : sic visvm
SVPERIS.
Nicolas Perrenot avait groupé dans le palais de Besançon tout ce qu'il possédait de meubles précieux, de livres et d'oeuvres d'art : il eut soin d'ordonner par son testament que ces richesses ne seraient jamais séparées de l'édifice qui les renfermait.
Antoine, le quatrième des quinze enfants du garde des sceaux, monta encore plus haut que son père dans la carrière des honneurs : comme ecclésiastique, il eut les titres d'évêque d'Arras, d'archevêque de Malines, puis de Besançon, de cardinal-prêtre et ensuite de cardinal-évêque de l'Eglise romaine ; sur le terrain de la politique, il occupa successivement les fonctions de pre-
mier ministre des Pays-Bas, de vice-roi de Naples et de chef des conseils politiques du roi d'Espagne Philippe II. Né à Besançon, le 25 août 15 17, le cardinal de Granvelle se joignit à son frère le comte de Cantecroix, héritier de l'édifice, pour développer les collections commencées par leur père. François Perrenot, le troisième propriétaire, ne montra pas moins de goût que ses devanciers pour l'acquisition des tableaux, des livres et des curiosités. Enfin, son successeur, Thomas-François d'Oiselay, qui releva le nom des Granvelle, eut aussi des goûts artistiques que partageait son épouse Caroline d'Autriche, fille naturelle de l'empereur Rodolphe II.
Les d'Oiselay s'éteignirent en 1637, et la fortune patrimoniale des Granvelle fut dévolue aux comtes de la Baume-Saint-Amour. Ceux-ci laissèrent le palais dans un déplorable abandon ; ils finirent même par en disperser pièce à pièce le mobilier, soit par des ventes, soit par des cadeaux intéressés. Ce fut ainsi que Louis XIV, ayant tenu sa cour au palais Granvelle en juin 1683, emporta comme souvenir de son hôte les figures en marbre de Jupiter et de Junon : celle de Jupiter, qui est un antique de premier ordre, se voit aujourd'hui au musée du Louvre.
Besançon n'aurait plus que le souvenir de tant de merveilles, si deux érudits, dévoués à l'honneur de leur ville natale, les abbés Jules Chiflet et Jean-Baptiste Boisot, n'avaient trouvé moyen d'acheter ce qui restait des papiers, des livres et des tableaux de la famille de Granvelle. Ces épaves sont encore les plus précieux
joyaux de notre bibliothèque publique et de notre musée d'art.
La ville ayant été annexée à la France en 1674, et déclarée capitale de la Franche-Comté, le grand roi lui imposa l'obligation de fournir un hôtel au gouverneur de cette province ; à cet effet, elle amodia le palais Granvelle, puis en fit l'acquisition en 17 12 : l'immeuble fut payé 63,000 livres.
Bien que les gouverneurs de la province ne résidassent pas à Besançon et ne s'y montrassent qu'en de fort rares occasions, ils disposaient en maîtres du palais que la ville entretenait à leur respect. Si quelques-uns abusèrent de cette faculté, ce ne fut pas le duc Marie- Joseph de Tallard, institué gouverneur en survivance à partir de 1728.
« Charmé de pouvoir contribuer à l'amusement de tout ce qu'il y a de considérable à Besançon, » ce gentilhomme obtint du maréchal son père que le jardin du palais serait converti en promenade publique. Bientôt après, il faisait accorder à la ville l'autorisation de transformer en salle de spectacle les appartements supérieurs de l'une des ailes du palais (Voir p. 222 l'article Salle de spectacle).
Devenu gouverneur titulaire, le duc de Tallard y installa, en 1752, l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Besançon (V. plus loin l'article Académie).-
En supprimant la charge de gouverneur de la province, en dispersant les associations savantes, la Révolution avait fait le vide dans le palais Granvelle. Cet
édifice tombait dès lors sous le coup de la loi qui obligeait les communes à payer leurs dettes en aliénant ceux de leurs immeubles qui n'étaient plus affectés à des services publics. Mis en vente au mois de juillet 1793, le palais Granvelle fut adjugé pour la somme de 98,200 livres.
Mme Just Détrey, née Hérard, fille du principal adjudicataire, ayant considéré le palais comme un dépôt dont elle devait compte à ses concitoyens, résista pour conserver intact ce monument à toutes les offres de la spéculation privée, et vint elle-même, un jour, proposer à la ville de reprendre son ancienne propriété pour la somme de 350,000 fr. Cette offre fut acceptée, et le Conseil municipal se fit autoriser, par une loi du 2 mai 1864, à effectuer ce rachat.
La municipalité affecte les logis de l'édifice à des œuvres d'intérêt général. Les locaux du premier étage renferment des collections artistiques (V. au chapitre des Musées les articles Musée Villemot et Collection Grenier'), les salles des séances de l'Académie de Besançon et de la Société d'agriculture. L'aile qui domine la promenade est affectée à l'école de musique. La Société d'émulation est installée au rez-de-chaussée, pour la plus grande partie loué à des particuliers. Le grand salon est concédé gratuitement aux associations de la ville pour leurs banquets confraternels.
HOTEL DE CHAMPAGNEY
(Rue Battant, 37)
Nicole Bonvalot, femme du garde des sceaux Granvelle, possédait du chef de son père, Jacques Bonvalot, jA seigneur de Champagney, une maison située B vers le milieu de la rue Battant. Pendant son a veuvage, elle fit rebâtir cette maison, qui, d'après les partages de famille, devait revenir, avec la seigneurie de Champagney, à Frédéric, le plus jeune de ses enfants.
La reconstruction
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Hôtel de Champagney rue Buttant, y])
se fit, dès 1560, d'après les plans et par les soins du maître-maçon Richard Maire. Du sommet de la façade surplombent horizontalement quatre énormes figures d'animaux en pierre (lévrier, lion, griffon et chien mouton), qui déversaient dans la rue l'eau de la toiture. Du côté de la cour, des galeries ouvertes régnent le long de chaque étage : elles sont soutenues par des colonnes en bois de divers ordres. Des corps de logis en aile reposent sur des colonnes de pierre polie, dont les chapiteaux doriques étaient surmontés de blasons, aujourd'hui martelés : l'un de ceux-ci avait pour accompagnement la date 1565. Au-dessus d'une petite porte du rez-de-chaussée, on voit, avec la date 1560, le blason en sculpture des Perrenot de Granvelle dans un écu losange, comme il convenait à une veuve. Cet hôtel avait de vastes dépendances et un magnifique jardin qui confinait aux fortifications de la ville.
Frédéric Perrenot de Champagney eut, dans les affaires des Pays-Bas, un rôle de tiers-parti qui lui aliéna l'amitié du cardinal son frère, sans lui mériter la confiance de la ligue des seigneurs. Le duc d'Albe l'avait nommé gouverneur d'Anvers, et le prince d'Orange se l'était attaché comme chef des finances de Flandre. Indépendant de caractère et franc de langage, il avait adopté pour emblème une balance en équilibre, accompagnée de la devise : Ne cha ne la; ce motif est au revers de plusieurs médailles frappées à son effigie. Banni des Pays-Bas tn 1592, il se retira dans ses domaines de Franche-Comté et mourut au château de Saint-Loup, le
MAISONS HISTORIQUES. 2Ôl
icr juin 1602 : ses obsèques se firent le mardi suivant, dans l'église des Carmes de Besançon.
Sa fille unique, Hélène Perrenot, porta l'héritage des Granvelle dans la maison de la Baume-Saint-Amour.