‹ Besançon et ses environs. Nouv. éd., complétée et mise a jourChapitre 64 sur 119 · HOTEL DE MONTMARTIN · texte numérisé non relu

HOTEL DE MONTMARTIN

(Rue de l'Orme de Chamars)

Vers la fin de sa vie, le cardinal de Granvelle se trouva brouillé avec les deux membres de sa famille qui possédaient des hôtels à Besançon : François, son neveu, propriétaire du palais patrimonial, et Frédéric, son plus jeune frère, héritier de l'hôtel de Champagne)*. Ne voulant plus frapper à la porte de ces résidences et ne pouvant prévoir que la mort du cardinal de la Baume le ferait seigneur du palais archiépiscopal de Besançon, il tint à se créer dans cette ville, où il était né citoyen, un logis qui lui appartiendrait en propre. A cet effet, l'écuyer Claude de Chavire}7, son cousin et intendant, acheta pour lui un vieil hôtel, appelé la Tour de Montmartin, qui avait besoin d'être reconstruit.

Des plans et devis furent demandés au plus capable des maçons de la ville, maître Richard Maire, et les travaux commencèrent en 1582. L'entrepreneur mourut tandis que l'on taillait les pierres pour le second étage : Jean Maire, son fils aîné, continua cette bâtisse, qui consiste en un grand corps de logis avec pavillons saillants aux quatre angles. 11 restait encore à couvrir la maison et à y adjoindre une chapelle, quand le cardinal

s'éteignit à Madrid le 21 septembre 1586, sans avoir vu la demeure où il se proposait de finir ses jours ; car s'il s'était laissé nommer archevêque de Besançon, en 1584, c'était avec la résolution d'abdiquer ce titre dès qu'il aurait procuré au diocèse les éléments d'une bonne administration.

Le cardinal laissa l'hôtel de Montmartin à son petitneveu Thomas-François d'Oiselay, qui releva le nom des Granvelle et eut l'heureuse fortune d'épouser Caroline d'Autriche, fille naturelle reconnue de l'empereur Rodolphe IL Ce seigneur, qui habitait le palais Granvelle, finit par trouver inutile d'avoir une seconde maison à entretenir : il laissa le choix à la municipalité d'acheter l'hôtel de Montmartin ou de lui permettre de le démolir et d'en vendre les matériaux. La municipalité acquit l'immeuble, en 16 18, pour la somme de 11,000 fr. et le déclara perpétuellement incorporé au domaine de la cité.

Ce fut dans cet hôtel que Jean Arnaud, du comtat d'Avignon, créa, en 1655, une Académie d'équitation pour la jeune noblesse ; mais cette institution dut changer de local quand la ville fut obligée de fournir des logements à tous les hauts fonctionnaires que Paris lui envoyait. Le palais Granvelle ayant été attribué au gouverneur de la province, bien qu'il ne fît dans la ville que de rares apparitions, l'hôtel de Montmartin fut assigné comme résidence au lieutenant général commandant dans la province en l'absence du gouverneur : on appela dès lors cette maison le Gouvernement.

Vendu en 1793 comme propriété inutile à la commune, l'hôtel de Montmartin est, depuis 1823, la propriété des Dames du Sacré-Cœur. (V. p. 174.)

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