‹ Besançon et ses environs. Nouv. éd., complétée et mise a jourChapitre 68 sur 119 · PHARMACIE # BOUC H · texte numérisé non relu

PHARMACIE # BOUC H

Hôtel Gauthiot d'Ancier (Grandt-Rue} ij)

ses par des accolades saillantes sur lesquelles rampent des feuilles d'ornement. Un grand blason, aujourd'hui martelé, était au centre de l'édifice : on y voyait un gautherot ou faucon qui prenait son vol.

Dans cet hôtel, Simon Gauthiot d'Ancier accueillit, en 1523, Charles de Bourbon, connétable de France, que des ressentiments personnels armaient contre sa patrie : il suivit ce prince en qualité de maître d'hôtel, et accrut ainsi sensiblement sa fortune. Pendant une dizaine d'années on ne l'appela que le petit empereur de Besançon. En 1533, il fit magnifiquement les honneurs de la ville au jeune prince d'Orange, neveu et héritier de Philibert de Chalon, l'ancien compagnon des aventures du connétable : la fête qu'il donna dans son hôtel, à cette occasion, mérita d'être relatée dans les registres municipaux.

Le verger dépendant de cet hôtel fut acquis en 1620 par la ville, pour donner commencement à la création d'une place publique qui, graduellement accrue depuis, est devenue la place du marché. Les Gauthiot habitèrent dès lors la maison où se trouve aujourd'hui l'école normale des instituteurs.

HOTEL DU BOUTE1LLER (Rue des Granges, 2)

En qualité de prince de l'Empire, l'archevêque de Besançon avait des grands officiers dont chacun possédait, à titre: de fief, un hôtel dans la ville. « L'hôtel de

MAISONS HISTORIQUES. «Sç

l'Échanson, dit Dunod, appelé dans nos titres latins Buticularius, était dans la rue qu'on nomme à présent de la Bouteille, et dans les anciens titres Ficus Buticularii; il y avait une tour qu'on nommait la Tour du Bouteiller. Cette maison a été aliénée. »

Hôtel du Bouteiller (rue des Granges, 2)

2ÔO BESANÇON.

Une portion de la tour se voit encore à l'un des angles de ce vaste immeuble. La façade sur la rue des Granges a été reconstruite en deux fois, mais la partie la plus ancienne est la seule qui offre un réel intérêt. Ce fut Claude de Jouffroy, seigneur de Marchaux, qui en demanda vraisemblablement le plan à l'architecte Hugues Sambin, lorsque cet habile artiste vint en 1 581 et 1582 pour diriger la construction du corps de logis municipal qui est devenu le Palais de Justice. La parenté est évidente entre les deux édifices. Ici l'architecte a accouplé des têtes en fort relief sous les frontons saillants de toutes les fenêtres ; dans les frises, il a semé des sentences morales d'un excellent style épigraphique :

NON. OPTA. LAVDARI. — SED. FAC. LAVDANDA. — LABOR. BREVIS. — REQVIES .ETERNA, etc.

Cet hôtel appartint ensuite à Jean Varod, dit le colonel Gaucher, qui rendit de grands services à Besançon pendant les guerres de la première moitié du xvne siècle, puis à Claude-Ambroise Philippe, l'un des plénipotentiaires du gouvernement de la Franche-Comté à la diète de Ratisbonne. La petite-fille de ce négociateur, mariée au président Jobelot de Montureux, fit reconstruire, en 1741, la seconde section de l'hôtel. Le baron Charles de Saint-Juan, qui avait hérité de ce bel immeuble, y recevait avec une cordialité charmante les littérateurs et les artistes dont pouvait s'honorer la Franche- Comté.

HOTEL BUSON D'AUXON

(Rue des Granges, 5)

Maison à un seul étage, dont la façade, élégamment dessinée, réunit deux ordres d'architecture : le rez-dechaussée est dorique et l'étage est ionique ; en bas et en haut les pilastres sont cannelés. Les frises de Tordre inférieur ont des entrelacs en bas-relief de très bon style.

Au-dessus de la porte d'entrée est un cartouche qui renfermait des armoiries. Plus haut, sur une plaque oblongue en marbre rose, se lit encore, en lettres dorées, une maxime ainsi

COnÇUe : AVT. Hôtel Buson d'Auxon (rue des Granges, jj

perfice. avt. ne. tentes. C'était la devise de la famille Buson, l'une des plus anciennes de l'aristocratie communale.

L'hôtel qui nous occupe fut construit aux frais de Claude-Antoine Buson, seigneur d'Auxon, docteur es droits, Tune des lumières du gouvernement municipal de Besançon entre les années 1594 et 1623. A cette dernière date, le conseil dont il était membre l'envoya •■ en mission à Bruxelles, avec Jean-Jacques Chiflet, l'esprit le plus universel qu'il y eût alors à Besançon. Ils plurent tous deux à l'archiduchesse Isabelle-Claire- Eugénie, gouvernante des Pays-Bas et de la Franche- Comté. Cette princesse attacha Chiflet à sa maison en qualité de premier médecin, et elle donna au jurisconsulte Claude-Antoine Buson des patentes de conseiller au parlement de Dole.

Avant 1789, cette maison appartenait à la famille Masson d'Authume, dont l'un des membres, le chevalier Ferdinand Masson, avait été, pour son mérite littéraire, attaché à la personne du grand Frédéric. Au début de ce siècle, l'immeuble eut pour propriétaire le comte d'Udressier, médecin des pauvres et ami des naturalistes.

HOTEL DE CHEVANNEY

(Grande-Rue, 9)

Ce beau logis fut édifié par une famille qui avait fait fortune dans le commerce de la droguerie : en elle d'ailleurs s'était éteinte une dynastie de riches apothi-

caires, celle des Daniel, de Lons-le-Saunier, qui, dès le début des institutions communales, fournissait des membres au conseil de la cité.

Jean Chevanney, dit Daniel, était âgé de cinquantecinq ans quand il fit construire cet hôtel en 1582. C'est ce qu'indique une pierre sculptée en forme de cartouche qui surmontait une porte du second corps de logis de la maison : on y voit l'emblème de la famille, c'est-à-dire un compas ouvert ayant une étoile entre ses branches; à droite et à gauche de ce compas sont les initiales I. C. ; le chiffre LV est au-dessous ; plus bas, deux mains suppliantes précèdent une invocation.

L'analogie de style entre cette maison et celle du Bouteiller est frappante : la construction de l'une et de l'autre se rapporte à la même année 1582, date du séjour à Besançon de l'architecte Hugues Sambin. Je n'hésite pas à les at-

Hôlel de Chevanney

tribuer toutes deux à cet éminent artiste. Le premier étage de l'hôtel de Chevanney charme à la fois par sa variété et sa noblesse : les frontons, tour à tour en triangle, en trumeau et en arcature, les consoles gracieuses qui les supportent, les masques qui les ornent ou les accompagnent, tous ces détails sont du meilleur goût et de la plus intelligente harmonie.

La superposition récente d'un troisième étage a gâté l'ordonnance de cette façade, tandis que l'intérieur était dénaturé par la conversion de la cour en magasin.

L'hôtel de Chevanney avait été donné comme logis au duc Charles IV de Lorraine, durant cette période néfaste où sa passion pour la belle Béatrix de Cusance paralysa si souvent ses moyens d'action contre les troupes suédo-françaises qui ravageaient la Franche- Comté.

HOTEL DE PREIGNEY (Grande-Rue, 91)

Comme beaucoup de ruines imposantes de l'époque romaine, le massif du Capitole de Vesontio fut l'objet d'une attribution légendaire : le populaire y vit une bâtisse du traître Ganelon, le personnage maudit des romans du cycle carolingien ; en conséquence, l'hôtel qui avait ce massif pour dépendance s'appelait le Meix Ganelon.

Dans la seconde moitié du xvie siècle, son propriétaire fut Humbert Lulier, seigneur de Preigney, qui avait présidé aux préparatifs de défense de la ville lors-

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qu'elle fut menacée d'un siège par le roi de France Henri IV. Humbert Lulier fit reconstruire à grands frais son hôtel : on peut en juger par les portiques qui régnent encore sur l'un des flancs de la seconde cour et dont quelques-uns sont adossés à la terrasse capitoline. L'analogie de style est complète entre ces portiques et ceux de l'hôtel de Champagney, qui datent de 1565. Sur la console à double profil qui domine chacun des chapiteaux doriques, on a inscrit une sentence morale ou sculpté le blason des Lulier : De gueules à un olivier arraché de sinoplc, à deux branches passées en sautoir.

La bibliothèque de Besançon possède le buste en terre cuite de Humbert Lulier, modelé par son homonyme et peut-être parent Claude Lulier, auteur du groupe détruit de Y Apothéose de Charles-Quint ; ce portrait a beaucoup de caractère.

Le chevalier de Sorans, amateur éclairé des beauxarts, avait fait reconstruire, au siècle dernier, la façade de l'hôtel de Preigney.

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