LYCEE
A Besançon, comme dans le reste du monde chrétien, l'enseignement se distribua, durant le moyen âge, à l'ombre des églises. Chacun des chapitres avait dans son sein un dignitaire appelé écolâtre, qui présidait à l'instruction de la jeunesse.
En 1465, par mesure d'économie, il y eut accord entre le chapitre métropolitain et celui de Sainte-Madeleine pour la concentration de toutes les écoles auprès de cette dernière église. Mais l'encombrement s'y fit bientôt sentir : le chapitre de Sainte-Madeleine sortit d'embarras en vendant, au mois de mai 15 II, les écoles publiques à la municipalité. Celle-ci les transporta, en
1528, dans le quartier de Chamars, et préposa à leur gouverne des régents capables, la plupart empruntés à l'Université de Paris.
Le rigorisme religieux mit fréquemment en suspicion les régents, tandis que des pestes fréquentes dispersaient leurs écoliers : le collège avait donc une existence précaire et intermittente. La municipalité crut remédier à cette situation en cédant aux Jésuites (26 mai 1597) les bâtiments de son collège, avec une somme de 8,000 francs et l'assurance de 2,000 francs d'émoluments annuels.
Les Jésuites menaient de front l'enseignement de la jeunesse et la direction des consciences : ici comme ailleurs, cette dernière spécialité leur procura des successions fructueuses. Ils n'en eurent pas de plus brillantes que celle d'Antoine-François Gauthiot d'Ancier, décédé en 1629, à Rome, où il était allé pour fuir une peste qui désolait Besançon. Le testateur avait stipulé que l'on prélèverait sur son héritage de quoi entreprendre la construction d'une église et de bâtiments neufs à l'usage du collège. Les Jésuites commencèrent par l'église, qui fut achevée en 1688 (v. p. 151), puis ils entreprirent les bâtiments scolaires (mai 17 18), terminés en 1739.
Le collège était en pleine prospérité, quand éclata, en 1760, l'orage qui devait amener la suppression des Jésuites et la saisie de leurs biens. Sur les instances du Parlement et de la municipalité, la dotation de cet établissement, qui s'élevait à 16,000 livres de revenu, fut
respectée ; elle servit à faire vivre une association de prêtres séculiers, qui distribua gratuitement l'instruction aux enfants de la ville, de 1765 à 1791. Un corps laïque de professeurs fonctionna ensuite, jusqu'au moment où la Convention décréta la fondation d'une école centrale dans chaque chef-lieu de département. On installa celle du Doubs dans les bâtiments du collège.
Le plan d'enseignement des écoles centrales supposait, de la part des élèves appelés à s'y instruire, un certain savoir résultant d'études préliminaires, et l'on ne s'était pas inquiété de créer des établissements pour départir cette première éducation. Aussi l'opinion publique réclama-t-elle bientôt « le rétablissement de ces collèges, où une jeunesse nombreuse trouvait une instruction facile et suffisante. » La circulaire ministérielle constatant ce regret fut suivie d'une loi, en date du ier mars 1802, qui prescrivait l'établissement d'un lycée au moins par arrondissement de tribunal d'appel.
Besançon se trouvant le chef-lieu d'un arrondissement judiciaire qui englobait la totalité de l'ancienne Franche-Comté, un lycée lui fut naturellement attribué. Il fallut toutefois que le général Moncey (depuis maréchal de France) intervînt pour obtenir que l'État voulût bien n'exiger, comme coopération de la caisse municipale, qu'une somme de 80,000 francs. Après quoi, le lycée, créé par arrêté des Consuls en date du 10 décembre 1802, fut inauguré le 8 octobre 1803.
Le lycée occupe non seulement la totalité des locaux de l'ancien collège, mais encore un bel hôtel du
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xvine siècle ayant appartenu aux deux Perreney de Grosbois, qui se succédèrent dans la première présidence du Parlement de Besançon.
On pouvait le croire largement installé, lorsque l'État et la ville se concertèrent en i886, pour affecter une somme de 800,000 francs à l'amélioration des locaux anciens et à la construction d'un nouveau corps de bâtiment.
Buste de Pasteur
Une belle pièce peut être visitée dans le lycée ; c'est l'ancienne salle des actes du collège des Jésuites, décorée de boiseries sculptées, qui sert de chapelle à l'établissement ; le retable de l'autel est un tableau représentant la Purification, peint à Rome, en 1758, par Placido Costanzi.
Un décret du 28 juin 1885 a donné au lycée le nom de « Lycée Victor Hugo, » en mémoire de la naissance à Besançon d'un des plus grands poètes du xixe siècle.
Dans une niche située entre les deux portes d'entrée et où figurait du temps des Jésuites une statue de la Vierge, on a placé, en 1899, un buste en bronze de Pasteur, en mémoire du séjour que l'illustre savant a fait comme maître d'étude au lycée.