ÉCOLE DES BEAUX-ARTS
Donat Nonnotte, de Besançon, après s'être fait à Paris une réputation comme portraitiste, était allé s'établir à Lyon, en 1754, pour y fonder une école gratuite de dessin, la première qui ait existé dans la France provinciale. Le succès de cette création dut faire désirer par les compatriotes de celui qui en était l'auteur qu'une institution du même genre fonctionnât dans la capitale de la Franche-Comté. Ce désir fut compris par l'intendant de Lacoré qui, en 1773, réussit à fixera Besançon le statuaire Luc Breton, originaire de cette ville, et le * peintre suisse Melchior Wyrsch, en décidant la municipalité à leur procurer les moyens d'ouvrir une école gratuite pour l'enseignement des beaux-arts.
Cette institution, qui prenait le titre d'Académie de peinture et de sculpture, fut ouverte le 8 mars 1774. On l'avait installée dans une maison appartenant à la ville, derrière l'église du Saint-Esprit : un fonds annuel de mille livres lui était accordé sur la caisse municipale, et bientôt le gouvernement ajoutait trois
mille livres de rente à cette dotation. Les deux professeurs titulaires étaient secondés par un adjoint, nommé Claude-Joseph Fraichot.
Breton avait déjà produit pour notre ville les deux anges adorateurs que Ton admire dans la basilique métropolitaine, et il travaillait à son mausolée de la famille de La Baume, si fatalement anéanti dans l'église de Pesmes, en 1793. Wyrsch, l'un des plus remarquables portraitistes de son temps, ornait de toiles expressives les boiseries si délicatement ouvrées des salons bisontins.
En 1784, Lacoré quitta l'intendance pour entrer au conseil d'État et mourir six mois après : son départ fut certainement pour quelque chose dans la détermination que prit Wyrsch d'accepter un autre poste à Lucerne. On fit venir, pour remplacer cet habile artiste, Simon- Bernard Lenoir, agréé à l'Académie de peinture de Paris.
L'enseignement des beaux-arts était complété par une école d'architecture, ouverte le Ier février 1781, avec Lapret, élève de l'Académie d'architecture de Paris, pour professeur. Sur la demande de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Besançon, le gouverneur duc de Duras avait autorisé cet artiste à donner ses leçons dans l'une des salles du palais Granvelle.
Tout cet ensemble fut anéanti par les lois révolutionnaires, et lorsque la France retrouva la faculté de réfléchir, Besançon avait perdu tout le fruit .de l'enseignement des Wyrsch et des Breton.
Quand la municipalité voulut, en 1807, reconstituer une école de dessin, elle ne trouva sur place qu'un pro-
fesseur, François Jourdain, et dut emprunter Dominique Paillot à la ville de Dijon. Lapret, architecte de la ville, fit un bâtiment pour l'école, à côté de la promenade Granvelle : l'institution y a fonctionné jusqu'en 1872, époque de son transfert dans l'une des ailes de l'étage du pourtour de la halle. Depuis 1895, elle occupe une partie des locaux du Kursaal.
Paillot fut remplacé par le peintre Antoine Borel, bon miniaturiste, qui savait tempérer les excentricités de son bruyant collègue Flajoulot. En 1840, Lancrenon devint directeur et remplit cette fonction pendant trentedeux ans avec une haute compétence et un rare dévouement. Ses affectueux conseils ont affermi dans leur vocation précoce trois élèves de l'école qui ont obtenu le grand prix de Rome pour la peinture : M. Félix Giacomotti, de Quingey (1854), aujourd'hui directeur de l'École; Jules Machard, de Sampans (1865) (mort en 1900); M. Théobald Chartran, de Besançon (1877).