LETTRE DE M. ARMAND SILYESTRE
Paris, 6 janvier 1892.
Mon cher confrère, Vous avez raison de penser que les animaux occupent dans mon esprit et dans ma vie une grande place. J'adore
Ces frères que nous fait le pouvoir de souffrir,
— comme je l'ai écrit dans un sonnet. Pour le chat, « adore » est le mot, et je suis absolument égyptien à l'endroit de ce mystérieux animal qui, dans chaque prunelle, a la profondeur et les étoiles d'un coin du ciel.
Mon âne, je me contente de l'aimer et de l'estimer. Tout est humain en lui. Il n'obéit qu'à la parole et me parle à son tour dans une langue que je comprends parfaitement. L'âne est le plus intelligent des animaux, précisément parce qu'il a de longues oreilles et que les oreilles lui servent à s'instruire. Le mien n'est pas savant, dans l'expression pédante du mot, mais il a beaucoup observé et beaucoup retenu. Nous vivons dans une fraternité complète où il ne me fait aucune concession. Il est susceptible et plein de dignité.
Voilà, en deux mots, mon cher confrère, la caractéristique de sa nature. J'y joins mes sympathies.
Armand Silvestre.