CE LA VISION DU BOUDDHA VIVANT
17 mai 1921
«6 J ’ai prié et j'ai vu ce qui est caché aux yeux du peuple. Une vaste plaine s’étendait devant moi entourée de lointaines montagnes. Un vieux lama portait un panier rempli de lourdes pierres. Il avançait à peine. Du Nord vint un cavalier vêtu de blanc. Il s’approcha du lama et lui dit :
— Donne-moi ton panier. Je t’aiderai à le porter jusqu’à la kure.
Le lama lui passa son lourd fardeau maïs le cavalier fut incapable de le soulever jusqu’à la hauteur de la selle, de telle sorte que le vieux lama dut le replacer sur son épaule et continuer son chemin, courbé sous le poids.
Alors arriva du Nord un autre cavalier vêtu de noir, monté sur un cheval noir, qui, lui aussi s’approcha du lama et lui dit :
— Imbécile ! pourquoi portes-tu ces pierres quand elles se trouvent partout sur le sol.
En disant ces mots, il bouscula le lama en poussant le poitrail de son cheval contre le vieillard et répandit les pierres sur le sol.
Quand les pierres touchèrent le sol elles se transformèrent en diamants. Les trois hommes se précipitèrent pour les soulever, mais pas un d’entre eux ne put les détacher du sol. Alors le vieux lama s’écria :
— Dieux ! Toute ma vie j’ai porté ce lourd fardeau, et maintenant, quand il me restait si peu de chemin à faire, je l’ai perdu. Aidez-moi, dieux puissants et miséricordieux !
Soudain, un vieillard chancelant apparut. Il rassembla tous les diamants, les plaça sans difficulté dans le panier, enleva la poussière qui les recouvrait, souleva le fardeau jusqu’à la hauteur de son épaule et partit en disant au lama :
— Repose-toi un moment. Je viens de porter mon fardeau jusqu’au but, et je suis heureux de t’aider à porter le tien.
Ïls continuèrent leur route et je les perdis de vue tandis que les cavaliers commençaient à combattre. Ils se battirent tout le jour et toute la nuit et quand le soleil se leva sur la plaine, aucun des deux n’était là, ni mort, ni vivant, ils avaient disparu sans laisser de traces. Voilà ce que j’ai vu, moi, Bogdo Houtouktou Khan, parlant au grand et sage Bouddha, entouré des bons et des mauvais démons. Sages lamas, houtouktous, kampos, marambas et saints gheghens, donnez la réponse à ma vision.”
Ceci fut écrit en ma présence, le 17 mai 1921, d’après les paroles du Bouddha vivant, prononcées au moment où il venait de sortir du sanctuaire particulier attenant à son cabinet de travail. J’ignore ce que les houtouktous, les gheghens, les devins, les sorciers lui ont répondu, mais la réponse n’est-elle pas claire lorsque l’on connaît la situation actuelle de l’Asie.
L’Asie se réveille ; elle est pleine d’énigmes mais elle a aussi ses réponses aux questions posées par les destinées de l’humanité. Ce grand continent de pontifes mystérieux, de dieux vivants, de mahatmas, d'hommes qui lisent dans le livre terrible de Karma, sort d’un long sommeil. Cet océan de cen-
taines de millions d’êtres humains est soulevé par des vagues monstrueuses.