RÉALITÉ OU FICTION MYSTIQUE
- Quelqu'un a-t-il vu le Roi du Monde ? demandai-je.
— Oui, répondit le lama. Pendant les fêtes solennelles de l’ancien bouddhisme au Siam et aux Indes, le Roi du Monde apparut cinq fois. Il était sur un char magnifique traîné par des éléphants blancs, ornés d’or, de pierres précieuses et des plus fines étoffes ; 1l était vêtu d’un manteau blanc et portait sur la tête une tiare rouge d’où pendaient des rivières de diamants qui lui masquaient le visage. Il bénissait le peuple avec une pomme d’or surmontée d’un agneau. Les aveugles retrouvèrent la vue, les sourds entendirent, les infirmes recommencèrent à marcher et les morts se dressèrent dans leurs tombeaux partout où se posèrent les yeux du Roi du Monde. II apparut aussi il y a cent quarante ans à Erdeni-Dzu et visita également l’ancien monastère de Sakkaï et Narabanchi Kure.
Un de nos Bouddhas vivants et un des Tashi Lamas reçurent de lui un message écrit en caractères inconnus sur des tablettes d’or. Nul ne pouvait lire ces lignes. Le Tashi Lama entra dans le temple, posa la tablette d’or sur sa tête et commença à prier. Grâce à cette prière les pensées du Roi du Monde pénétrèrent
dans son cerveau et, sans avoir lu les signes énigmatiques, il comprit et accomplit le message du Roi.
— Combien y a-t-il de personnes qui sont allées à Agharti ? demandai-je.
— Un grand nombre, répondit le lama, mais tous ces hommes ont tenu secret ce qu’ils y ont vu. Quand les Olets détruisirent Lhassa, un de leurs détachements se trouvant dans les montagnes du sud-ouest arriva jusqu'aux limites d’Agharti. Ils y apprirent quelques-unes des sciences mystérieuses et les rapportèrent à la surface de la terre.
“Voilà pourquoi les Olets et les Kalmouks sont d’habiles sorciers et prophètes. Quelques tribus noires de l’Est pénétrèrent aussi à Agharti et y vécurent plusieurs siècles. Plus tard elles furent chassées du royaume et retournèrent sur la surface de la terre, rapportant avec elles le mystère des prédictions selon les cartes, les herbes, et les lignes de la main. Ce sont des bohémiens. Quelque part, au nord de l’Asie, existe une tribu qui est en train de disparaître et qui venait de la caverne d’Agharti. Les membres savent rappeler les esprits des morts quand ils flottent dans l’air.
Le lama resta silencieux quelques temps. Puis, comme s’il répondait à mes pensées, il continua :
— À Agharti, les savants panditas écrivent sur des tablettes de pierre toute la science de notre planète et des autres mondes. Les savants bouddhistes chinois le savent bien. Leur science est la plus haute et la plus pure. Chaque siècle, cent sages de Chine se réunissent en un endroit secret, sur les rives de la mer, où sortent des profondeurs cent tortues immortelles. Sur leurs écailles les Chinois écrivent les conclusions de la science divine du siècle.
Ceci me rappelle l’histoire que me raconta un vieux bonze chinois du temple du Ciel à Pékin. Il me dit que les tortues vivent plus de trois mille ans sans air ni nourriture et que c’est la raison pour laquelle toutes les colonnes du temple bleu du Ciel étaient posées sur des tortues vivantes afin d’empêcher le bois de pourrir.
— Plusieurs fois les pontifes d’Ourga et de Lhassa ont envoyé des ambassadeurs auprès du Roi du Monde, me dit le lama bibliothécaire, mais il leur fut impossible de le découvrir. Seul un certain chef tibétain, après une bataille avec les Olets, trouva la caverne portant l’inscription : “Cette porte conduit à Agharti.” De la caverne sortit un homme de belle apparence, qui lui présenta une tablette d’or portant les signes mystérieux, en lui disant :
— Le Roi du Monde apparaîtra devant tous les hommes quand le temps sera venu pour lui de conduire tous les bons dans la guerre contre les méchants ; mais ce temps n’est pas encore venu. Les plus mauvais de l’humanité ne sont pas encore nés.
Le chiang-chun baron Ungern envoya le jeune prince Pounzig en ambassade auprès du Roi du Monde, mais il revint avec une lettre du Dalaï Lama. Le baron le renvoya une seconde fois, il ne revint jamais.