‹ Betes, Hommes Et DieuxChapitre 41 sur 45 · LA PROPHÉTIE DU ROI DU MONDE EN · texte numérisé non relu

LA PROPHÉTIE DU ROI DU MONDE EN

lo houtouktou de Narabanchi me raconta ceci quand je lui fis une visite à son monastère au commencement de 1921 :

— Quand le Roi du Monde apparut devant les lamas favorisés de Dieu, dans notre monastère, il y a trente ans, il fit une prophétie relative aux siècles qui devaient suivre. La voici :

“De plus en plus les hommes oublieront leurs âmes et s’occuperont de leurs corps. La plus grande corruption régnera sur la terre. Les hommes deviendront semblables à des animaux féroces, assoiffés du sang de leurs frères. Le Croissant s’effacera et ses adeptes tomberont dans la mendicité et dans la guerre perpétuelle. Ses conquérants seront frappés par le soleil mais ne monteront pas deux fois ; il leur arrivera le plus grand des malheurs, qui s’achèvera en insultes aux yeux des autres peuples. Les couronnes des rois, grands et petits, tomberont : un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit. Il y aura une guerre terrible entre tous les peuples. Les océans rougiront.. la terre et le fond des mers seront couverts d’osse-

ments... des royaumes seront morcelés, des peuples entiers mourront... la faim, la maladie, des crimes inconnus des lois, que jamais encore le monde n’avait vus. Alors viendront les ennemis de Dieu et de l'Esprit divin qui se trouvent dans l’homme. Ceux qui prennent la main d’un autre périront aussi. Les oubliés, les persécutés, se lèveront et retiendront l’attention du monde entier. Il y aura des brouillards et des tempêtes. Des montagnes dénudées se couvriront de forêts. La terre tremblera... Des millions d'hommes échangeront les chaînes de l’esclavage et les humiliations, pour la faim, la maladie et la mort. Les anciennes routes seront couvertes de foules allant d’un endroit à un autre. Les plus grandes, les plus belles cités périront par le feu... une, deux, trois... Le père se dressera contre le fils, le frère contre le frère, la mère contre la fille. Le vice, le crime, la destruction du corps et de l’âme suivront. Les familles seront dispersées... La fidélité et l’amour disparaîtront.. De dix mille hommes, un seul survivra.. il sera nu, fou, sans force et ne saura pas se bâtir une maison ni trouver sa nourriture. Il hurlera comme le loup furieux, dévorera des cadavres, mordra sa propre chair et défiera Dieu au combat... Toute la terre se videra. Dieu s’en détournera. Sur elle se répandra seulement la nuit et la mort. Alors j’enverrai un peuple, maintenant inconnu qui, d’une main forte, arrachera les mauvaises herbes de la folie et du vice, et conduira ceux qui restent fidèles à l’esprit de l’homme dans la bataille contre le mal. Is fonderont une nouvelle vie sur la terre purifiée par la mort des nations. Dans la centième année, trois grands royaumes seulement apparaîtront qui vivront heureux pendant soixante et onze ans. Ensuite il y aura dix-huit ans de guerre et de destruction. Alors les peuples d’Agharti sortiront de leurs cavernes souterraines et apparaîtront sur la surface de la terre.”

Plus tard, voyageant à travers la Mongolie orientale, vers Pékin, je me demandai souvent :

— Qu’arriverait-il ? qu’arriverait-il si des peuples entiers, de couleurs, de religions, de tribus différentes commençaient à émigrer vers l’Ouest ?

Maintenant, à l’heure où j'écris ces dernières lignes, mes yeux se tournent involontairement vers ce Cœur illimité de l'Asie sur lequel se déroule le tracé de mes courses errantes. À travers les tourbillons de neige ou les tempêtes de sable du Gobi, je revois le visage du houtouktou de Narabanchi tandis que d’une voix calme, sa main montrant l'horizon, il m’ouvrait le secret de ses intimes pensées.

Près de Karakoroum, sur les rives d’Ubsa-Nor, je vois les immenses camps multicolores, les troupeaux de chevaux et de bétail, les yourtas bleues des chefs. Au-dessus, je vois les bannières de Gengis Khan, des rois du Tibet, du Siam, d’Afghanistan et des princes indiens ; les signes sacrés des pontifes lamaïstes ; les armes des Khans, des Olets et les simples signes des tribus mongoles du Nord. Je n’entends pas le bruit de la foule agitée. Les chanteurs ne chantent pas les airs mélancoliques des montagnes, des plaines et des déserts. Les jeunes cavaliers ne se plaisent pas à courir, montés sur leurs rapides chevaux... Il y a des foules innombrables de vieillards, de femmes et d’enfants, et, au-delà, au Nord et à l’Ouest, aussi loin que l’œil peut atteindre, le ciel est rouge comme une flamme, on entend le grondement et le pétillement de l’incendie, le bruit féroce de la bataille qui conduit ces guerriers versant, sous le ciel rougi, leur sang et celui des autres ! Qui conduit ces foules de vieillards sans arme ? Je vois un ordre sévère, une compréhension profonde et religieuse du but, de la patience, de la ténacité, une nouvelle émigration des peuples, la dernière marche des Mongols.

Karma a peut-être ouvert une nouvelle page dans l’histoire.

Et qu’arrivera-t-il si le Roi du Monde est avec eux ?

Mais ce grand mystère des mystères garde son profond silence.

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