‹ Bex et ses environs;Chapitre 11 sur 30 · AUX MONTS · texte numérisé non relu

AUX MONTS

Immédiatement au-dessus de l'hôtel , sur la pente ininterrompue qui gagne l'arête de Châtillon et de Javernaz , se trouvent, au milieu des forêts, les vertes oasis des pâturages qu'on appelle les Monts. L'altitude en est d'environ 800 mètres au-dessus de la mer, soit moins cle 400 mètres au-dessus de l'hôtel. On peut y arriver par le promenoir en zigzag que la société des Bains a fait établir sur la pente de la montagne, derrière l'hôtel. Tout au haut du promenoir, on trouve un petit chemin qui aboutit à l'une de ces oasis ; d'où, tirant à droite, et filant à peu près à plat, par un très joli sentier,

on arrive à l'oasis principale, la plus belle pour la vue, et la plus spacieuse. On descend du côté opposé, par le sentier dit des Recourbes , qui tombe rapidement jusqu'au lit du ruisseau de la Croisette, qu'on longe par la rive droite jusqu'à ce qu'on arrive à la route de Châtel , à l'endroit même où elle franchit le ruisseau. Promenade d'environ deux heures et demie.

Un chemin plus facile , mais plus long d'une heure , passe par Plan Seujet. On remonte la route des Plans pendant quarante minutes environ. Dès qu'on a franchi le petit ruisseau appelé le Poët-Torrent , parce qu'il devient parfois un mauvais torrent ( poèt signifie laid . en patois ) on prend un chemin montant, à droite. Si l'on s'accorde le luxe d'un char pour cette première partie, et qu'on veuille avoir un peu moins à monter à pied . on peut se faire conduire vingt minutes plus loin, jusqu'un peu avant le dernier des petits ruisseaux qui tombent des ravines de la forêt ( il forme une cascatelle au bord de la route) . et Ton trouve un autre chemin, qui monte également à droite , mais en obliquant en arrière ; ces deux sentiers aboutissent aux fenages de Plan Seujet, qui sont à peu près à la hauteur des fenages des Monts ; un sentier, qui file à droite , presque à plat . y conduit en ligne assez directe.

Je conseille particulièrement cette promenade aux personnes qui aiment à dessiner. A chaque instant on s'arrête devant un tableau tout fait. Les chalets des Monts , ombragés de grands noyers , forment des groupes qui appellent le pinceau. Au-dessous , la pente devient plus ardue et se dé-

robe. Une simple bordure de hêtres ou de sapins ferme le pâturage incliné, et le regard, sans être arrêté par aucun second plan, voit fuir au loin les lignes des montagnes de Savoie, du lac et du Jura. Si M. de Chateaubriand eût suivi le sentier des Monts, il est probable qu'il eût parlé moins mal du paysage alpestre ; il y aurait trouvé ce que cherchait l'instinct de son génie de peintre: un premier plan pittoresque, d'un relief bien saillant, et l'infini par delà.

Il existe des oasis semblables, à peu près au même niveau, au-dessus du village de Châtel. On y monte de Ghâtel par un sentier direct et rapide. C'est le même genre de sites. Un très joli sentier de retour descend par la gorge du ruisseau du Courset. La promenade tout entière est d'environ quatre heures. Les escarpements de la brèche de Javernaz, dont on est dominé, sont d'un grand effet. Le ruisseau du Courset , qui tombe de ces hauteurs , est souvent à sec. En temps de pluie , il anime de hardies cascades cette entaille formidable.

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