‹ Bex et ses environs;Chapitre 10 sur 30 · LES COTEAUX DE GHIÈTRES · texte numérisé non relu

LES COTEAUX DE GHIÈTRES

Les coteaux de Ghiètres forment une petite montagne d'environ deux lieues et demie de tour, entre le ruisseau de la Groisette , affluent de l' Avançon , la route de Bex à Saint- Maurice , et le ruisseau du Gourset , qui , tombant des rochers de Javernaz , vient se jeter dans le Rhône , en face de Saint- Maurice. Ils présentent leurs escarpements au Rhône, qu'ils resserrent en face de Saint-Maurice. A l'est et du côté de Bex, ils s'inclinent en pentes adoucies , très richement accidentées et presque partout couvertes de forêts. La colline de Duin n'en est que le signal le plus avancé. Le dessus forme un plateau très irrégulier qui mesure une demi-lieue carrée ; ce ne sont qu'ondulations, vallécules, collines . mamelons, bouquets de bois, clairières, prairies, fermes, et, çà et là, de jolies maisons de campagne. Le point le plus élevé , situé en arrière , au-dessus du village de Ghâtel , domine le Rhône de 208 mètres.

On a commis la même erreur pour les coteaux de Ghiètres que pour la colline du Montet. On en a attribué la formation à un éboulement parti du sommet de la montagne de Javernaz. L'étude de leur constitution géologique, nous écrit M. Cha vannes, prouve qu'ils se rattachent delà manière la plus étroite aux coteaux de Veyrossaz, disposés en terrasse de l'autre côté du Rhône. La correspondance des couches est parfaite. Les assises inférieures sont d'un calcaire d'aspect variable; les très rares fossiles qu'on y a trouvés appartiennent à l'époque jurassique

inférieure. Le sommet laisse fréquemment affleurer un calcaire argileux, schisteux, entièrement dénué de fossiles, et qui forme, en se délitant , un sous-sol excellent pour la vigne. Aussi les crus des Caillettes et de Crie jouissent-ils dans la contrée d'une réputation méritée. Gomme le Montet, les coteaux de Chiètres ont leur fête d'automne , surfout animée le jour où l'on vendange le riche vignoble du versant sud , du côté du village de Lavey.

Les chemins et sentiers se croisent en tous sens sur les flancs et sur le dessus des coteaux de Chiètres. On peut y faire autant de promenades qu'on voudra. La plus naturellement indiquée est d'en faire le tour. C'est par là qu'on commencera , si l'on veut s'orienter.

Tour des coteaux de Chiètres. — On peut le faire en voiture, comme celui du Montet. On prend la route de Châtel, à l'angle du domaine du château de Bex, et on remonte lentement, avec elle, le versant nord du plateau qui sépare la colline de Chiètres de la montagne proprement dite. On traverse le village de Châtel, qui n'offre rien de remarquable ; on continue pendant quelques minutes encore dans la même direction, puis la route tourne , s'incline vers la droite , et descend bientôt assez brusquement sur Saint-Maurice, d'où la grande route vous ramène à Bex. Faite en voiture , cette promenade peut être complétée par une visite aux bains de Lavey et aux diverses curiosités qu'offre la ville de Saint-Maurice. Nous la traiterons plus en détail au chapitre suivant , spécialement consacré aux excursions en voiture.

Le piéton peut faire le même tour à peu près . mais d'une manière beaucoup plus pittoresque. Au lieu de descendre au village , pour prendre la route de Châtel , il prend un sentier qui part de la terrasse de l'hôtel, au delà du jet d'eau. Ce sentier traverse d'abord de beaux vergers ; puis il s'engage dans les châtaigneraies et va très directement à Châtel. De là, on suit la route jusqu'au groupe de maisons qui porte le nom de Couvaloup, un quart de lieue plus loin que le point culminant du plateau, et déjà sensiblement plus bas, sur le versant qui regarde le Rhône. C'est là que vient aboutir la route neuve de Chiètres , laquelle écharpe le flanc occidental de la colline , au-dessus des rochers qui dominent la plaine. Elle offre une succession de points de vue variés sur la plaine et les montagnes en face. En la suivant, on rentre à Bex par le hameau de l'Allex.

On peut aussi quitter la route de Châtel au point culminant du plateau , au lieu dit aux Caux , pour prendre un petit chemin à char , à droite , qui monte au Boët, sur les mamelons les plus "élevés des coteaux de Chiètres. La vue en est fort belle , plus dégagée que celle du Montet. La Dent du Midi , vue de près , se présente dans toute sa hardiesse ; le regard plonge directement sur Saint-Maurice et le grand cirque de ses rochers, dominés de loin par les beaux glaciers du Trient ; les premiers plans , du côté de Chiètres et de la tour de Duin ne sont que verdure et gracieux accidents, par delà lesquels s'ouvrent les perspectives de la plaine du Rhône et du lac. Du Boët, le chemin va rejoindre la nouvelle route de Chiètres.

Enfin, on peut descendre, avec la route de Châtel, jusqu'au

pont de Saint-Maurice, qu'on ne passe pas, et remonter à la nouvelle route de Chiètres par le sentier des fortifications, sur la rive vaudoise , sentier ardu , qui monte de terrasse en terrasse et de bastion en bastion. On a vue directe sur les ouvrages correspondants, de l'autre côté du Rhône. Ce défilé, d'apparence formidable . est moins facile à défendre qu'il n'en a l'air. Il y aurait, sans doute, de grands obstacles à vaincre pour emporter d'assaut le passage; mais il est trop aisé de le tourner par le chemin même que nous avons suivi, et de venir déboucher en face du Rhône , derrière les ouvrages de la rive vaudoise.

La nouvelle route de Chiètres est bonne ; on peut donc faire en voiture la première des promenades que nous venons de décrire. Toutefois les coteaux de Chiètres attireront surtout les amateurs d'excursions à pied. Il faut de deux heures et demie à trois heures pour en faire le tour. La manière la plus longue est la dernière, celle des fortifications de Saint-Maurice; c'est aussi la plus pénible, parce qu'il y a beaucoup à remonter, par une pente exposée à toute l'ardeur du soleil.

Dans le cas où l'on désirerait utiliser pour le retour le chemin de fer de Saint-Maurice à Bex, et voir cependant les parties les plus intéressantes des coteaux de Chiètres , on pourrait combiner la promenade ainsi qu'il suit : Par le sentier jusqu'à la route de Châtel; par la route de Châtel aux Caux ; par le petit chemin, à droite , au Boët ; d'où descente sur la route neuve de Chiètres ; puis , à Saint-Maurice , par le sentier des fortifications. Ce tour ne prendrait pas plus de deux heures.

Après l'une ou l'autre de ces promenades, on aura une idée générale des coteaux de Chiètres, et si l'on y revient, ce sera probablement pour prendre l'un des nombreux chemins ou sentiers qui se détachent de la nouvelle route de Chiètres, dans la direction de la tour de Duin ou de Ghâtel. Tantôt montant, tantôt descendant , ils circulent entre les mamelons qui accidentent le plateau supérieur, desservent au passage des fermes disséminées, et vont , comme au hasard, de retraite en retraite , de colline en colline. Un des plus jolis descend au lac Luissel, qui n'est plus guère aujourd'hui qu'un marais à moitié desséché. La tradition a conservé le souvenir d'une bataille livrée sur ses bords. Le 24 mars 1791, on y trouva, à six pieds de profondeur, des armes anciennes, telles que des épées à deux tranchants , et quelques fers de lance. Elles sont conservées au Musée de Lausanne.

Page 1