‹ Bex et ses environs;Chapitre 13 sur 30 · LAYEY ET SAINT-MAURICE · texte numérisé non relu

LAYEY ET SAINT-MAURICE

Cette promenade est de celles que tous les étrangers voudront avoir faites, soit à pied, soit en voiture, soit en utilisant le chemin de fer. La plus agréable manière de la faire en voiture, est , selon nous, d'aller aux Bains de Lavey par Châtel et le village de Lavey, et de revenir par la grande route, en s 'arrêtant à Saint-Maurice. Les haltes déduites, un bon trotteur ferait le tour en deux heures.

Le village de Lavey, caché dans ses vergers, est très riant, mais n'offre rien de remarquable. Les bains sont au bord du Rhône , demi-lieue plus loin. Le nom de Lavey (en latin Lavetum) semble indiquer que ces eaux étaient connues dans l'antiquité. M. de Gingins , le savant historien , suppose que du temps des Romains Lavey était déjà une station thermale. Ce qui le confirme dans cette idée, c'est la tradition qui place à Saint-Maurice une statue d'Hygia , la déesse de la santé. Il est certain d'ailleurs que ces localités ont été très anciennement habitées. On a trouvé des antiquités de l'âge de la pierre à Es-Lex , un peu plus loin que les bains. M. de Gingins attribue la ruine de cette station à la chute du Tauretunum 4. Quoi qu'il en soit , si les eaux thermales de Lavey

1 Tauretunum est le nom d'une montagne, sur l'emplacement de laquelle on a beaucoup discuté, qui doit s'être éboulée, dans la vallée

ont été connues des anciens , elles ne le sont des modernes que depuis un demi-siècle. Un certain pêcheur, nommé Landry, doit avoir remarqué le premier , en 1813 , qu'une source chaude sortait dans le lit même du Rhône ; mais il se garda d'en rien dire. Dix-huit ans plus tard, un autre pêcheur fit la même découverte. Celui-ci eut le bon esprit de la communiquer à M. de Charpentier, qui en fit part au gouvernement vaudois. et fut chargé des travaux nécessaires pour isoler la source. Des bains provisoires furent installés ; puis on construisit un premier hôtel ; bientôt Lavey devint une station thermale des plus fréquentées. 11 faut que les eaux en soient efficaces , car le séjour de Lavey est peu séduisant. C'est une prison , prison pittoresque , qui vaut bien une promenade, mais où l'air manque à la longue. D'un côté, coule le Rhône, qui gronde et bouillonne comme un simple /torrent ; de l'autre, tombent des rochers à pic, qui réfléchissent les rayons du soleil. Il n'y a, entre le fleuve et les rochers , qu'une étroite bande de terrain , où de maigres bosquets essaient de donner quelque ombrage. Sans le courant d'air que produit le voisinage du Rhône, les bains de Lavey seraient inhabitables en été. Autrefois on y était moins

du Rhône, en l'an 563. Ses ruines auraient barré le Rhône, qui, après avoir fait lac en arrière, aurait rompu sa digue et ravagé toute la vallée. On la cherchait autrefois plus bas, dans le voisinage de Noville et de Chessel. MM. de Gingins et Troyon veulent que le Tauretunum soit la Dent du Midi. S'ils ont raison, il est facile de comprendre comment la station de Lavey aurait été emportée par les eaux, après la rupture de la digue; mais M. Morlot a fait valoir des arguments très forts en faveur de l'ancienne hypothèse, en lui donnant une précision toute nouvelle.

enfermé. Un pont en bois franchissait le Rhône en face des bains. Ce pont avait été construit par une société d'actionnaires qui espéraient en retirer un bénéfice, en prélevant un droit de passage sur les piétons et les voitures. Les baigneurs en profitaient pour s'échapper, moyennant quelques sous. Cependant la société jugea à propos de liquider. Elle fit vendre son pont aux enchères. Les propriétaires des hôtels commirent la faute de le laisser acheter par le gouvernement du Valais, qui s'empressa de le détruire, pour n'avoir plus à y entretenir un poste de gendarmerie , et pour fermer un débouché qui faisait tort à Saint-Maurice. Grande faute, dont les conséquences furent aggravées par l'insuffisance des premiers travaux destinés à encaisser la source. Les infiltrations de l'eau froide du Rhône augmentaient chaque année, et avaient déjà considérablement abaissé la température des eaux chaudes. Le gouvernement du canton de Vaud voulut au moins remédier à ce dernier inconvénient. Il fit faire, sous la direction de M. l'ingénieur Marguet , des travaux complets et définitifs. Un puits de 70 pieds de profondeur amena la découverte du point où la source jaillit du rocher. Soigneusement isolée , et à l'abri de toute infiltration , elle arrive aux bains avec une température de 47° centigrades. Sa température en sortant du rocher est de 52° centigrades. Nul doute que Lavey ne retrouvât une partie de sa vogue première, si le pont pouvait être rétabli. En attendant , il attire de nouveau les baigneurs sérieux, et l'on assure que des efforts intelligents vont être tentés pour rendre le séjour plus agréable. Selon M. le docteur Gossy, les eaux de Lavey sont surtout efficaces

pour guérir les affections catarrhales les plus invétérées des voies urinaires.

Après avoir visité les bains et la source, on fera encore quelques pas , au bord du Rhône . pour aller voir une cascade qui n'a pas beaucoup d'eau, mais qui est très gracieuse. Promenade favorite des baigneurs.

Au retour, on laisse à droite le village de Lavey et on passe le pont de Saint-Maurice . dont la voûte hardie , jetée d'un rocher à l'autre, franchit le Rhône d'un seul élan. Quoique la gravure, la peinture et la photographie aient mille fois reproduit ce site devenu classique, on revoit toujours avec le même plaisir ce fleuve encaissé dans son lit sauvage, ce pont jeté par dessus, ce vieux château, aux volets rouges et noirs, qui ferme le défilé, ces rochers à pic, hérissés de bastions, et contre lesquels s'adosse une ville presque aussi vieille qu'eux, cette vallée aux parois sévères, et, dans le lointain, le dôme du Gatogne qui la ferme brusquement.

Aussitôt le pont franchi, et avant qu'on ait abordé les premières maisons de la ville, on verra de grands écriteaux parlant d'une grotte aux Fées, située plus haut, sur la pente, et les cicérone ne manqueront pas pour offrir leurs services. Si la grotte nous tente, allons-y; mais commençons par dresser notre plan de campagne, car il n'y a pas moins de quatre choses à voir à Saint-Maurice : la ville elle-même, le couvent, l'ermitage et la grotte. Les petits marcheurs se contenteront peut-être des deux premières; les jeunes gens à la jambe alerte pourront aller partout.

La ville de Saint-Maurice n'est pas belle, malgré une rangée de maisons d'un style assez aristocratique ; mais elle est curieuse par son ancienneté, par sa situation et par sa population. C'est l'Agaunum des Romains , plus anciennement nommé Tarnade. Les Romains y ont laissé de nombreuses traces de leur passage , entre autres une quantité de pierres tumulaires. Ils y tenaient garnison et y avaient élevé des murailles. Le nom d'Agaune, beaucoup plus moderne, fait allusion au sacrifice de St. Maurice et de ses compagnons d'armes. « Agones martyrum, » disait St. Jérôme. C'est notre mot français, agonie. St. Maurice était le chef d'une légion, appelée thèbèenne, sans doute parce qu'elle avait été levée dans la Thébaïde en Egypte. L'empereur Maximien voulut s'en servir pour anéantir le christianisme dans les Gaules. Elle refusa. Maximien la fit décimer deux fois; elle resta inébran-

lable. Enfin, il la fit tailler en pièces par ses troupes réunies. Chefs et soldats subirent la mort sans murmure, ni résistance. Ce massacre doit avoir eu lieu à Àgaunum, le 22 septembre 286. On sait que l'authenticité de cette tradition a été fort contestée, et que nombre d'historiens l'ont révoquée en doute. Quoi qu'il en soit, Tarnadeest devenu, sous le nom d'Aga.unum d'abord, puis de Saint-Maurice, un lieu vénéré par la chrétienté. Il s'y faisait autrefois de nombreux pèlerinages. La population de la ville est de 1666 habitants.

L'abbaye de Saint-Maurice, de l'ordre des Augustins, passe pour le plus ancien couvent qui ait été fondé de ce côté des Alpes. Elle /fut si richement dotée au "VIe siècle, par Sigismond de Bourgogne, que le nombre des moines s'éleva, dit-on, à plus de cinq cents. Les bâtiments actuels , d'une architecture sévère, même triste, sont de date récente ; ils ont remplacé ceux que détruisit l'incendie en 1693. Seule la grande tour est restée debout; on la dit du XIIIe siècle.

La bibliothèque renferme des manuscrits précieux. Le trésor est riche en reliques et en objets d'art. Signalons, entre autres, les restes de St. Maurice, dans une châsse plaquée en argent et ornée de pierres précieuses ; deux bustes, l'un en argent, l'autre en argent doré, contenant les têtes de St. Candide et de St. Victor, martyrs thébéens ; une statue équestre, en argent, haute de cinquante centimètres et représentant St. Maurice, don d'Emmanuel Philibert de Savoie ; la mitre et la crosse duxpape Félix V; un beau vase d'agathe, grec, d'une seule pièce ; une aiguière en émail sur or, ornée de saphirs, qui, dit-on. a été donnée par le calife Haroun-al-Ras-

chid à l'empereur Charlemagne, et par celui-ci au monastère ; le calice et le patène, en argent cloyé, du cardinal Matthieu Schinner; l'anneau de St. Maurice, saphir brut, serti d'or; un morceau de la vraie croix, donné par St. Louis ; un beau reliquaire en or, don du pape Eugène III, etc.

L'abbé de Saint-Maurice prend le titre de comte et cl'évêque de Bethléem, in partibiis. Le martyr dont il porte le nom est le patron d'un ordre célèbre, créé par Emmanuel Philibert, duc de Savoie, pour récompenser le mérite militaire, et approuvé par Grégoire XIII en 1572.

Avant de visiter le couvent, on traversera probablement, soit en voiture, soit à pied, la grande rue de la ville, parallèle au Rhône. Elle offre un curieux mélange de noblesse et de négligence. L'entrée en était fort étroite et sale, il y a peu d'années encore. Une réparation faite à la route l'a singulièrement améliorée ; mais la plupart des petites rues latérales ne sont guère engageantes. Pour aller au couvent, qui est situé au pied du rocher, tout près de l'ouverture du tunnel où s'engage la voie ferrée, il faut prendre l'une des deux premières rues à droite.

On ne parcourra pas la ville sans rencontrer des crétins. C'est la plaie du Bas Valais. Saint-Maurice en a moins que d'autres localités, Martigny, Branson, Fully ; assez cependant pour qu'on soit sûr d'en voir, ne fit-on que passer. Heureusement qu'on y trouve aussi des visages mieux faits pour attirer et reposer les regards. Le crétinisme tient au pays, au manque d'air, à la chaleur énervante de ces gorges étouffées; il n'est point affaire de race. Les personnes vraiment belles

sont nombreuses dans la société aristocratique de Saint-Maurice et des environs ; elles ne sont pas rares non plus parmi les simples paysannes. Le type n'est plus du tout celui de la Suisse centrale, de l'Oberland, de l'Unterwald, de Lucerne. Les traits sont plus accentués, le nez plus aquilin, le teint plus mat. On sent le voisinage de l'Italie.

Du couvent on se rend à l'ermitage de Notre-Dame du Scex (rocher, saxurri). On passe la voie ferrée, entre le couvent et la gare, et Ton prend la petite route qui file au pied des rochers. L'ermitage se voit de loin. Il est situé sur une corniche assez étroite , au milieu de la paroi sémi-circulaire qui domine la ville. On y monte par un sentier qui se détache à droite de la route, et escalade l'un après l'autre les gradins du rocher. L'ermitage se compose d'une cabane pour l'ermite et d'une petite chapelle. Le premier des anachorètes de notre Dame du Scex fut St. Amé, religieux de l'abbaye de Saint-Maurice, qui s'y retira en l'an 610, et y passa trois années dans les rigueurs de la pénitence la plus austère. On cite des femmes parmi ses successeurs, entre autres demoiselle Wilhelmine, fille de Jean de Ripa, à la fin du XIVe siècle. Il y a vingt et quelques années, l'ermite était aveugle; une pauvre vieille femme, qui n'avait qu'un œil, lui apportait sa nourriture.

La promenade de l'ermitage prend environ une heure. On peut, au retour, aller visiter la chapelle de Véroliaz ou Vérolley (verus locus) située sur l'emplacement même où, selon la tradition, fut décimée la légion de St. Maurice. Il n'y a qu'à suivre, pendant une demi-heure encore, le chemin du pied des rochers.

La promenade de l'ermitage a de l'intérêt pour les botanistes. On reconnaît bientôt qu'on a mis le pied en Valais. Quelques-unes des plantes caractéristiques de ce pays, entre autres la grande armoise (Artemisia Absinthhim) , au feuillage argenté et si richement découpé, se montrent partout sur les talus et parmi les décombres. Contre les rochers mêmes croissent des Epervières intéressantes, la Paie (Ruta graveolens) la Lunetière des rochers (Biscutella saœatilis), etc.

Reste la grotte. Des écriteaux très apparents indiquent le chemin qui y conduit et la maison où l'on prend un guide, entre l'entrée de la ville et le pont. C'est une longue galerie formée par les eaux, une enfilade de couloirs et de salles plus ou moins spacieuses, ornées parfois de beaux stalactites. Une espèce d'étang, dans un enfoncement, y prend le nom.de lac. Cette grotte était jadis la demeure de la fée Frisette, qui en avait fait un palais enchanté, dont les parois étincelaient de cristaux et de pierres précieuses. Frisette y reçut un jour la visite de fée Turlure, méchante fée, qu'un éboulement de rochers avait chassée de son antre, au pied des noirs Diablerets. Trop bonne pour lui refuser l'hospitalité, elle lui assigna pour demeure un couloir supérieur de la grotte ; mais aupara» vant elle lui fit promettre de ne faire aucun mal aux habi* tants de la contrée, et particulièrement à la noble famille des seigneurs de Duin. Turlure, qui avait peur de Frisette, tint parole pendant quelque temps, se bornant à changer en un désert les lieux sauvages où débouchait sa haute galerie. Mais un jour , voyant jouer au bord du Rhône les deux en-

faut s de dame Yseult, châtelaine de Duin, elle ne put résister à la tentation, et les ayant pris par la main, sous prétexte de les conduire chez leur marraine, elle les précipita dans le Rhône. Frisette arriva juste à temps pour les sauver. Dans sa colère, elle frappa la méchante fée, qui tomba et se noya dans le Rhône; mais la baguette magique de Frisette se brisa, ce dont la bonne fée eut tant de chagrin qu'elle s'envola et ne revint plus.

Aujourd'hui la grotte de Frisette a perdu ses cristaux et ses diamants. Les parois en sont grises, et les guides qui y accompagnent les voyageurs n'ont rien de commun avec les divinités aériennes qui l'habitaient autrefois. Ce n'est plus qu'une curiosité naturelle. Néanmoins, en 1863, l'idée vint à quelques amateurs de Saint-Maurice de l'acheter et de l'exploiter au profit de l'orphelinat fondé dans cette ville peu de temps auparavant. Mais dans ce siècle de réclame, il fallait un patron à cette merveille récemment découverte. Frisette n'étant plus là , on se mit en quête de quelque autre enchanteur, et

l'on trouva... devinez Alexandre Dumas, oui, Alexandre

Dumas en personne, l'auteur de Monte-Christo. L'un des promoteurs de l'entreprise, M. Laurent Coppens, alla s'établir dans la grotte, et lui écrivit, assis sur quelque stalagmite, la lettre d'invitation que voici :

« De la grotte des Fées, à Saint-iMaurice, 7 septembre 1864.

» Monsieur,

» Une belle œuvre, une bonne action! Vous allez saisir l'occasion par sa longue chevelure de rochers et de stalactite^

» Il y a à Saint-Maurice, en Valais, une belle, longue et magnifique grotte appartenant à l'orphelinat. L'orphelinat est pauvre, faites la réputation de sa grotte, et vous serez béni.

» Je ne puis faire mieux que de signaler cette bonne fortune à votre grand cœur.

« Laurent Goppens. »

Alexandre Dumas répondit par une lettre publiée dans le Grand Journal, en date du 2 octobre 1864. On y lisait.

« Vous comprenez que je ne demande pas mieux que de faire tout ce que je pourrai pour l'orphelinat de Saint-Maurice, et surtout pour mon vieil ami, M. Laurent Goppens.

» J'en serai d'autant plus enchanté que la «mémoire de mon père se rattache déjà à la petite ville de Saint-Maurice, par un service rendu à quatre de ses habitants.

» Mon père, commandant en chef de l'armée des Alpes, était pendant l'hiver de 1793 à 1794, entré dans la petite ville de Saint-Maurice par un temps très rigoureux. La première chose qu'il avait aperçue sur la grande place, c'était une guillotine toute dressée et prête à fonctionner.

» Il s'était informé, et avait appris qu'on allait exécuter quatre malheureux, coupables d'avoir essayé de soustraire à la fonte les cloches d'une église.

* Le crime n'avait point paru à mon père digne de mort ; et se retournant vers Dermoncourt, son aide-de-camp :

» — Dermoncourt, lui avait-il dit, il fait très froid, comme tu le vois et comme tu peux même le sentir ; nous ne trouve-

rons peut-être pas de bois à l'endroit où nous allons, fais donc démolir et emporter cette vilaine machine peinte en rouge que tu vois là-bas, et nous nous chaufferons avec.

» Dermoncourt, habitué à l'obéissance passive, avait obéi

passivement.

» Cette opération, exécutée avec une rapidité toute militaire, embarrassa beaucoup le bourreau, qui avait quatre hommes à guillotiner, et qui n'avait plus de guillotine.

» Ce que voyant mon père, il eut pitié du pauvre homme. Il prit les quatre prisonniers, lui en donna un reçu, et les invita à gagner, le plus vite possible, la montagne.

» Les prisonniers, comme on le pense bien, ne se le firent pas dire deux fois.

» Par un miracle, mon père ne paya point de sa tête ces quatre têtes qu'il avait sauvées, et grâce à la prise du Saint- Bernard valaisan et du Mont-Cenis, on lui pardonna ses attentats patriotiques.

» On comprend qu'après un tel antécédent, je ne puis refuser mon aide à l'orphelinat de Saint-Maurice.

» Noblesse oblige.

» Alexandre Dumas. »

C'est ainsi que la grotte de Saint-Maurice est devenue une institution de charité, et, comme telle, a été présentée au monde par l'auteur de Monte-Christo. Si l'on veut, avant d'y pénétrer, se faire une idée de tout ce qu'elle renferme de curieux, il n'y a qu'à se procurer le petit volume auquel nous venons d'emprunter la lettre de M. Laurent Coppens et celle

d'Alexandre Dumas : La Grotte des Fées, à Saint- Maurice, par G. A Gielly, Vevey, 1865, ouvrage qui se vend aussi au profit de l'orphelinat. On y trouvera, en outre, la légende de Frisette, racontée tout au long, et le détail des traditions relatives à la légion thébéenne. Bornons-nous à ajouter que la grotte des Fées peut aujourd'hui être explorée sans danger jusqu'à une profondeur d'environ 700 mètres. Des souterrains étroits pénètrent plus loin dans l'intérieur de la montagne. Il est question de les élargir.

Le tour complet, en visitant toutes les curiosités de Saint- Maurice , ville, couvent, ermitage, chapelle, grotte, exige une journée presque entière. On peut cliner à Saint-Maurice ou à Lavey.

Les personnes bien avisées ne se borneront pas aux curiosités classiques de Saint-Maurice. Elles y retourneront, en se réservant quelques bonnes heures pour aller flâner sur ce plateau de Veyrossaz, si heureusement incliné vers le soleil levant, si riche, si plantureux. Je me garderai bien de leur tracer un itinéraire. Qu'elles aillent, en suivant le premier sentier venu. Il est des lieux où le sentiment de la liberté vaut cent fois toutes les indications possibles. D'ailleurs les chemins y abondent. Tous sont beaux. Bien osé qui choisirait.

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