‹ Bex et ses environs;Chapitre 25 sur 30 · DIABLERETS · texte numérisé non relu

DIABLERETS

(3251 mètres,)

Ascension pénible, directe, et relativement très courte. D'Anzeindaz au sommet, environ quatre heures. On remonte les longues pentes de gazon qui s'engagent dans les rochers, comme une presqu'île verte, au-dessous du plus haut sommet.

Ces gazons aboutissent à un couloir coupé au bas par une paroi verticale. On tourne cette paroi par la gauche, on revient au couloir, qu'on gravit, soit par le fond, soit par les flancs, jusqu'à ce qu'on débouche sur l'arête , entre les deux pics les plus élevés, à 3000 mètres environ. De là, sauf quelques marches de flanc insignifiantes, on suit l'arête jusqu'au sommet, qui n'est pas la tête rocheuse dont on est immédiatement dominé, mais une calotte de glace plus en arrière. Près du col qui sépare les deux pics, le Club alpin a fait établir une espèce de cabane ou plutôt d'abri, qui n'a pas trop bien résisté au mauvais temps. On doit la rétablir sur un plan nouveau et en faisant les frais nécessaires pour en assurer la solidité. Un peu au-dessus de l'abri, au moment où on aborde l'ascension du pic lui-même , il faut gravir une muraille de rochers, qui n'est pas très haute, et où Ton a fait quelques travaux pour donner au pied et à la main un point d'appui solide. C'est le pas dit du lustre , en souvenir de l'ascension exécutée, il y a environ dix ans , par le doyen des botanistes suisses, M. Jean Muret, de Lausanne. A la descente, on lui passa une corde sous les bras et on le soutint d'en haut. Les plaisanteries que fit à ce sujet ce bon et spirituel vieillard, qui, âgé de plus de soixante-douze ans. continue à parcourir les Alpes suisses et à enrichir son admirable herbier, ont été l'origine du nom qui est resté à ce pas autrefois scabreux.

Les autres pics des Diablerets sont également accessibles, et l'on peut s'accorder le plaisir d'en escalader plusieurs en un jour ; on peut aussi traverser clans toute sa longueur le grand glacier qui s'étend du sommet principal jusqu'au Col

du Sanetsch, environ deux lieues. Chemin faisant, on touche barre à la pyramide de l'Oldenhorn (3124 mètres), qui n'est ni longue, ni difficile à gravir (trois quarts d'heure). Du Sanetsch, on descend soit sur Sion, en Valais, soit sur le Chatelet, dans le canton de Berne, à moins qu'on ne préfère revenir à Anzeindaz par Miet en coupant la partie supérieure des éboulements. Le tour d'Anzeindaz aux Diablerets , des Diablerets au Sanetsch et retour à Anzeindaz , comme nous venons de l'indiquer en dernier lieu, est d'environ dix heures, haltes déduites. Enfin M. le pasteur Bernus a trouvé , il y peu d'années , un passage qui, du col situé entre les deux plus hauts pics, permet de descendre directement sur le Plan des Iles, dans la vallée des Ormonts.

Pour toutes ces courses , il faut un temps sûr et un guide plus sûr encore.

Le sommet des Diablerets est le point le plus élevé des Alpes vaudoises, et la course des Diablerets au Sanetsch est la plus grande partie glaciaire qu'on puisse y tenter. Il y a vingt ans, on allait fort peu sur les Diablerets. Le chemin qui y monte d'Anzeindaz n'étant pas encore découvert , on ne pouvait y arriver que par le glacier. En revanche, on allait déjà beaucoup sur l'Oldenhorn , qu'on attaquait du Chatelet par le Sanetsch ou par l'Oldenalp. Si je ne me trompe, la première ascension des Diablerets par Anzeindaz a été faite par MM. Kœlla , professeur de musique à Lausanne , Charles Bertholet et par l'auteur de ce Guide , accompagnés de Philippe Marlétaz. Dès lors elle a été répétée toutes les années plusieurs fois ; des dames l'ont faite avec succès, et les Diable-

rets ont pris le pas sur l'OIdenhorn dans l'estime des touristes. La vue en est immense , sensiblement plus étendue , surtout du côté de la Suisse allemande , que toutes celles que nous passons rapidement en revue. Elle a en outre l'avantage d'un premier plan de glaciers d'une grande richesse, et du contraste des deux vallées des Ormonts et de la Luzerne, l'une toute verdoyante, l'autre on ne peut plus sauvage, toutes deux creusées immédiatement sous les yeux du spectateur.

Quant à la traversée du glacier, elle est surtout intéressante si l'on suit l'arête, en ayant toujours à main gauche les Ormonts, à main droite le Valais.

Les arêtes des Diablerets , au moins dans leur partie supérieure, dépassent la limite des plantes phanérogames ; en montant on voit la végétation s'éteindre successivement ; les dernières espèces qu'on rencontre sont , comme partout ailleurs dans les Alpes vaudoises, la campanule et la violette du Mont- Genis , la grande benoîte rampante , l'épervière à feuilles de prunelle et quelques saxifrages. Sur la pyramide de l'OIdenhorn, on trouve encore à cinquante ou soixante mètres du sommet la saxifrage à feuilles planes. Les amateurs de fossiles auront l'occasion de faire une assez riche moisson sur les flancs des Diablerets qui regardent Anzeindaz.

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