LES SALINES
M. de Vallière, directeur des salines de Bex, a bien voulu rédiger pour nous un mémoire étendu sur l'histoire des salines et sur leur exploitation actuelle. Les pages qui suivent n'en sont qu'un résumé fidèle et souvent une simple copie. Elles suffiront à la curiosité de la plupart des visiteurs. Les personnes qui voudraient des renseignements plus détaillés , ou qui désireraient étudier sérieusement les salines , soit pour se faire une idée complète de l'exploitation, soit en vue de quelque recherche d'histoire naturelle, peuvent compter sur la complaisance de M. le directeur de Vallière.
Indications générales. — Quoique l'exploitation actuelle du sel dans le district d'Aigle se borne aux travaux des deux mines réunies du Fondement et du Bouillet, l'une et l'autre
En 1723, la galerie inférieure fut prolongée jusqu'à quelque distance des sources; de là, un escalier montant, de 200 marches, fut pratiqué dans la roche, et les sources furent abordées par un système de galeries analogue à celui du Labyrinthe, situé immédiatement au-dessus. On y fit exactement les mêmes expériences, et déjà en 1742 les abaissements successifs arrivaient au niveau de la galerie inférieure, qui, prolongée une seconde fois, perça de part en part le réservoir des sources, ou le Cylindre.
Ce nom de Cylindre est caractéristique. Il vient de ce qu'on assimilait la roche baignée par les sources à un cylindre spongieux, qu'il fallait percer toujours plus bas pour recueillir toute l'eau qui y était emmagasinée. Plus on l'attaquait profond, plus l'eau devait être salée.
La direction, voyant approcher le moment où les abaissements atteindraient le niveau de la galerie inférieure, avisa aux moyens de continuer l'exploitation. Elle adopta, dès 1726, un plan de M. de Rovéréaz, tendant à répéter sur une plus grande échelle l'opération déjà faite: un nouvel escalier devait pénétrer de plus en plus profond, servir de point de départ à une série nouvelle d'abaissements, et communiquer avec une nouvelle galerie inférieure. Les travaux étaient déjà en voie d'exécution, la galerie inférieure du Bouillet était commencée, lorsqu'on soumit le plan à un ingénieur saxon , le baron de Beust, Le baron de Beust assura qu'il ne faudrait pas moins de 120 ans pour jouir du fruit des travaux proposés par M. de Rovéréaz, avec une dépense totale de 800000 livres au minimum. Il répondait d'atteindre les sources par un travail qui
ne devait pas durer plus de cinq ans et ne pas coûter plus de 20000 livres. Seulement il ne consentait à livrer son secret que moyennant une récompense préalable de 80000 livres. Les offres de M. de Beust furent acceptées, et les 80000 livres ayant été bien et dûment payées, il proposa de longer le cylindre par un puits vertical, de partir de ce puits pour les galeries d'abaissement, et de pomper les eaux obtenues au moyen d'une machine. On se mit aussitôt à l'œuvre, et le travail proposé par M. de Beust fut rapidement exécuté. Une roue de 36 pieds de diamètre était mise en mouvement par les eaux de la Gryonne, tombant d'une hauteur de 380 pieds au moyen d'une conduite verticale ; cette roue faisait travailler une machine qui pompait l'eau du puits creusé le long du cylindre et où aboutissaient les galeries d'abaissement.
« Il faut lire les relations du temps, dit M. de Vallière, pour se faire une idée de l'admiration que provoquait cette immense machine, à laquelle on arrivait par un souterrain étroit, de 3000 pieds de longueur. Mais M. de Beust ne serait pas moins surpris, s'il revenait aujourd'hui dans la mine, d'y voir une autre machine, qui pompe l'eau salée comme la sienne ; qui, en outre, perce la roche ou enlève les vagonnets chargés de matériaux ; qui fait tous ces travaux en même temps ou séparément, et dont cependant la roue motrice n'a que 32 centimètres de diamètre, tellement qu'un homme la porte facilement sous son bras 1. »
Les travaux entrepris sur les conseils de M. de Beust ne ré-
1 La machine actuelle est sortie des ateliers de M. B. Roy et Comp., à Vevey.
pondirent point aux espérances qu'on en avait conçues. Dès les premières années, la salure des sources amenées dans le puits baissa si rapidement qu'on renonça à le creuser au delà de 60 pieds. .
Les recherches se dirigèrent alors d'un autre côté ; elles eurent pour objet principal de trouver de nouvelles sources. Les premières tentatives, sous la direction du fameux de Haller, eurent peu de succès. Un instant on put croire à l'abandon des salines. Elles furent sauvées par l'exécution d'un plan dû à M. de Rovéréaz, qui fit côt oyer le cylindre par une galerie dite du Quatrième côté, destinée à explorer le seul côté du cylindre qui n'eût pas encore été abordé; de cette galerie partaient des transversales, qui pénétraient dans 1er Cylindre. Ces travaux, continués sous la direction de M. Wild, aboutirent à la découverte des sources les plus riches qu'on eût rencontrées jusqu'alors, celle de Bon-Succès, N° 1, avec 21 et '/a pour cent de sel, et celle de Bon-Succès, N° 2, avec 23 pour cent. Elle donnèrent ensemble, en 1802, 12420 quintaux de sel, tandis que toutes les autres sources réunies n'en donnèrent que 7400.
En même temps, M. Wild entreprenait des travaux considérables, tendant à percer la montagne de part en part. Toutes les sources salées, jusqu'à présent découvertes, paraissent venir du plateau de Ghésières et de Villars, au-dessus d'Ollon, à 1250 mètres d'altitude environ, d'où elles se déversent soit du côté du vallon de la Gryonne, soit du côté de la vallée des Ormonts. C'est sous ce plateau que doit se trouver le grand dépôt de sel gemme du bassin. L'espoir de M. Wild était d'y atteindre. Il ouvrit une première galerie sous le village de Chésières,
la galerie des Vauds, au bord d'un des affluents de la Gryonne, la petite Gryonne; une seconde sur le versant de la Grande-Eau, près du village d'Exergillod ; une troisième à peu de distance d'Arveyes. Ces trois galeries devaient se rejoindre. Celle des Vauds prit une grande importance à cause de la roche salée, qu'on traversa bientôt sur une longueur de près de deux mille pieds. Toutes les mesures furent prises pour l'exploiter. Un puits fut creusé, qui devait rejoindre la galerie à 500 pieds de profondeur et donner à la mine de l'air et une seconde issue. Une troisième issue était en projet. Malheureusement, la galerie avait été percée dans un terrain sans consistance, provenant d'un ancien éboulement. Il fallait un travail incessant pour en affermir les parois. Maintes fois les mineurs furent emprisonnés par des chutes de terre. L'emplacement du puits ne fut pas plus heureusement choisi. S'ouvrant à quelques toises d'un petit marais , et traversant du haut en bas le même terrain meuble que la galerie horizontale, il fut obstrué à plusieurs reprises ou rempli par les eaux. Ces difficultés rebutèrent M. Struve, qui avait succédé à M. Wild. Les travaux, quoique fort avancés, furent abandonnés, et l'on revint au grand projet de Rovéréaz condamné par le baron de Beust. Il n'en est pas moins vrai, au dire de tous les anciens mineurs, qui ont vu la galerie des Vauds, et de toutes les personnes compétentes, que c'est là, sous le plateau de Villars, qu'est l'avenir des salines de Bex. Le tout est d'y arriver par un chemin sûr. On le peut, en partant des galeries actuelles du Fondement. « C'est une vaste entreprise, dit M. de Vallière, mais qui ne peut manquer d'avoir l'avenir pour elle. »
Le plan de M. de Rovéréaz consistait, on s'en souvient, à percer une nouvelle galerie, celle du Bouillet, s'ouvrant à quelques minutes des Devens et s'enfoneant dans la montagne fort au-dessous des précédentes, avec lesquelles elle devait être mise en communication soit par un escalier, soit par la continuation du puits qu'avait fait établir M. de Beust. Ce travail prit 15 ans. au lieu des 120 prédits par M. de Beust. et il amena, en 1820, la découverte du massif de roc salé que traverse la galerie du Bouillet.
C'était la quatrième fois qu'on rencontrait le roc salé en perforant la montagne. On l'avait déjà rencontré en 1720, par la galerie du Fondement , et Ton avait dès lors essayé de l'exploiter, mais sans grand succès. La masse, d'ailleurs, n'était pas considérable; une seconde tentative d'exploitation, dirigée par MM. de Graffenried et de Charpentier, l'eut bientôt épuisée. On l'avait rencontré, mie seconde fois, parla galerie des Yauds, abandonnée sous radminist ration de M. de Struve, et une troisième fois, en 1816. par une galerie particulière, celle de Bon- Espoir, qui part d'une des transversales de la galerie du Quatrième côté, célèbre déjà par la découverte des sources de Bon-Succès. Cette galerie de Bon-Espoir est fort en pente. Elle fut percée par M. de Charpentier, dans le temps même où il faisait faire les travaux du Bouillet, et dirigée par lui vers un certain point, indiqué déjà en 1724 par M. de Rovéréaz comme probablement occupé par le roc salé. Le succès fat complet. On atteignit, à 600 pieds du point de départ, un roc salé très riche, qui donna lieu à la double exploitation de Bon- Espoir et de Bonne- Attente, qui sont maintenant réunies et
n'en forment plus qu'une, sous le nom d'exploitation du Coulât.
La rencontre du roc salé par la galerie de Bon-Espoir et par celle du Bouillet mit fin au système des abaissements. Dès lors on n'a plus exploité que la roche salée, et on l'a fait jusqu'à ces dernières années d'après le système suivant :
On faisait sauter le roc à la poudre. On brisait les blocs ainsi obtenus en fragments de trois à six pouces cubes, puis on les transportait dans les dessaloirs, vastes réservoirs, de la contenance de 4500 à 6000 pieds cubes, où ils étaient soumis à trois lessivages d'eau douce ou d'eau plus ou moins salée, provenant des sources disponibles ou à portée. L'eau des deux premiers lessivages était seule suffisamment saturée pour qu'il valût la peine de la faire évaporer, ce qui se faisait naturellement hors de la mine, dans les établissements du Bévieux ; celle du troisième lessivage était le plus souvent lancée dans quelque autre dessaloir. Les trois lessivages achevés , il fallait vider le dessaloir pour le remplir à nouveau. Les fragments de roche dessalée étaient transportés hors de la mine.
Ce système d'exploitation, quoique très simple en apparence, avait l'inconvénient d'être très coûteux, grâce surtout au roulage perpétuel qu'il exigeait pour transporter les quartiers de roc soit du lieu de l'exploitation aux dessaloirs, soit des dessaloirs hors de la mine. Cet inconvénient devint de plus en plus grand à mesure que les chemins de fer nous amenèrent à meilleur marché le sel d'autres salines, surtout celui de la mer. Le moment vint oû l'état ne put plus exploiter qu'avec perte. Il allait abandonner les salines, lorsqu'il se présenta une compagnie, qui en demanda et en obtint la conces-
sion. Cette compagnie a pris possession des travaux le 1er juillet 1867. Elle a simplifié l'administration et déjà fort amélioré l'exploitation. Le premier problème à résoudre était de faire disparaître le roulage. On a tenté, dans ce but, de dessaler sur place. A mesure que la pierre salée est extraite de la roche, elle est placée dans les vides formés par l'ancienne exploitation et entassée comme dans les dessaloirs. Il ne reste qu'à pomper l'eau introduite. A cet effet , une turbine , de la force de 12 chevaux, a été établie dans l'exploitation du Bouillet, où cette méthode est mise à l'épreuve. Elle fait mouvoir deux pompes, qui vont à 80 pieds de profondeur chercher l'eau salée, la même eau que celle qui met en mouvement la machine. Tout fait espérer que les efforts de la nouvelle compagnie seront couronnés de succès. Le prix de revient a déjà considérablement baissé. En tout cas, le moment est opportun pour visiter les salines, surtout pour les hommes spéciaux. Ils pourront y suivre des expériences d'un réel intérêt.
Visite des salines. — On aborde ordinairement les salines par la galerie du Bouillet. De l'hôtel au Bouillet la distance est d'environ 50 minutes. En voiture, on suit la grande route par le Bévieux et les Devens. Les piétons peuvent s'accorder le plaisir d'une promenade plus pittoresque en prenant au Bévieux l'ancien chemin de Gryon, qui coupe les lacets delà route actuelle. On passe à côté des nouveaux réservoirs contenant l'eau salée destinée aux bains de l'hôtel. On reprend la route au pied de la grande montée, à sa sortie du bois, puis, au premier contour, on s'engage à gauche dans le sentier des
tuyaux qui amènent l'eau salée à la saline du Bévieux. Après avoir serpenté un instant sous les châtaigniers, le sentier entre dans les vignes, d'où l'on jouit d'une belle vue sur la plaine du Rhône. La colline que l'on a en face de soi, sur laquelle est perché le village d'Antagne, cache le lac. Après les vignes viennent des prés en pente, puis une belle forêt de hêtres, que l'on ne quitte plus jusqu'au Bouillet. L'entrée de la mine est sur la rive gauche de la Gryonne , vis-à-vis du village de Forchex, que l'on aperçoit de l'autre côté du ravin.
On trouve au Bouillet tout ce qu'il faut : un guide, des lampes, des manteaux pour protéger les habits. Si l'on a chaud, il ne faut pas entrer tout de suite dans la mine. La première partie de la galerie est percée dans un terrain meuble; c'est pourquoi les parois en sont soutenues par des ouvrages en bois. Des poutres placées longitudinalement sur le sol humide permettent de cheminer à pied sec ; mais il faut un instant d'apprentissage pour marcher sans hésitation. A 200 pieds de l'entrée, on aborde le roc vif, et le boisage cesse; 150 pieds plus loin, on trouve le réservoir rond, de 5024 pieds carrés de surface ; l'écho en est remarquable. On peut s'amuser à y tirer des coups de pistolet. Quelques pas plus loin, on aborde un autre réservoir, l'ancien réservoir, comme on l'appelle, de 7580 pieds carrés de surface. Une galerie en bois permet d'en faire le tour. Elle a été placée lors de la visite que fit aux salines l'impératrice Marie-Louise. Vient ensuite le grand puits du Bouillet, fait par les soins de M. de Beust (on se rappelle que de son temps la galerie du Bouillet était commencée) pour sonder le sol et trouver des sources. Il est formé de deux puits, dont le second
s'ouvre au fond du premier, mais un peu de côté. Ils ont ensemble 750 pieds de profondeur, sans compter un trou de sonde de 150 pieds au fond du puits inférieur , ce qui porte le niveau le plus bas bien au-dessous du lac Léman. A diverses hauteurs, des galeries partent du puits dans toutes les directions. Pour donner une idée de la profondeur, les guides ont coutume d'allumer un cornet de papier graissé et de le laisser tomber dans le puits, où on le voit s'éteindre bien avant qu'il ait atteint le fond. — De là, on continue à suivre la galerie, qui se dirige toujours de l'ouest à l'est, et l'on ne trouve rien de bien remarquable jusqu'au puits du Bey de la Coulisse, qui s'ouvre de bas en haut, perpendiculairement à l'axe de la galerie et rejoint une autre galerie 250 pieds plus haut. Ce puits a été établi pour multiplier les points d'attaque lorsqu'on perçait la grande galerie du Bouillet. A côté du puits, à droite, s'ouvre la galerie dite de Sainte -Hélène, qui a traversé un massif de roc salé. On l'a abandonnée à la suite d'une explosion de feu grisou, qui eut lieu en 1841 et tua ou blessa quelques personnes qui visitaient lamine; leur guide fut aussi très maltraité. C'est le seul accident de ce genre dont on ait connaissance depuis qu'on exploite le roc salé.
Plus loin, à 5800 pieds de l'entrée de la mine (environ deux kilomètres) on arrive à l'exploitation actuelle du Bouillet. Il y a cinq étages superposés de salles creusées dans le roc, quelques-unes sur une longueur de 2000 pieds. Des puits établissent la communication avec les salles inférieures; des rampes donnent accès aux salles supérieures. C'est dans la salle inférieure qu'est l'eau salée que pompe la turbine. Il est intéres-
sant de voir fonctionner les trépans ou sondes, qui ne s'arrêteront que lorsqu'ils auront percé toute l'épaisseur encore inconnue de la roche salée.
Beaucoup de personnes se contentent de visiter cette exploitation et retournent par le même chemin. Celles qui veulent aller plus loin doivent se décider à monter le grand escalier du Bouillet, qui a 735 marches. Il est un peu rétréci par la conduite, en fonte, qui amène l'eau sur la turbine, et par celle, en bois, qui conduit les eaux salées du Fondement dans les réservoirs du Bouillet. Toutefois, en se donnant le temps de reprendre haleine sur les paliers ménagés de 50 en 50 marches, on arrivera au bout de cette ascension sans trop de fatigue.
Cet escalier conduit à la principale galerie du Fondement, qui était la galerie inférieure avant qu'on eût percé celle du Bouillet. Une fois cette galerie atteinte, on n'a plus un long chemin pour gagner le jour; mais ce serait renoncer à la véritable récompense de la peine qu'on s'est donnée; la partie la plus intéressante delà mine est, en effet, l'exploitation du Coulât. On y arrive en s'engageant dans la galerie dite du Quatrième côté, qui part de celle du Fondement, longe le Cylindre, et donne naissance à une série de transversales. Ces transversales, on s'en souvient, pénètrent dans le Cylindre. On s'engage dans la Quatrième, et l'on visite, en passant, au fond d'un petit boyau, le gîte des beaux cristaux de gypse (sélénites) dont les échantillons sont recherchés par tous les musées de l'Europe. Plus loin, sur la gauche, s'ouvre la galerie de Bon-Espoir, par laquelle on arrive bientôt à l'exploitation du Coulât. Les salles en sont disposées de la même
manière qu'au Bouillet, mais sur une échelle plus grandiose. La première fois qu'on les visite, on est toujours surpris à la vue de ces plafonds parfaitement horizontaux, soutenus par de rares piliers espacés de 100 à 200 pieds. « Je ne pense pas, dit M. de Vallière, que les plus vastes cryptes des temples hindous offrent rien de pareil. » Les coups de mine impriment à l'air une vibration extraordinaire, qui se prolonge dans les souterrains avec un fracas pareil à celui du tonnerre.
La galerie du Quatrième côté, avec ses transversales, et celle du Fondement, offrent d'autres travaux intéressants, qu'on peut visiter soit en allant à l'exploitation du Coulât, soit en en revenant : ainsi, dans la première transversale, le puits des abaissements; plus loin, celui d'Augure, plein jusqu'au bord d'acide carbonique (la lampe s'y éteint immédiatement); près du haut du grand escalier, les salles de l'ancienne exploitation Graffenried, où conduit la rampe dite de la Recherche; la chambre de la Roue, non loin du carrefour Graffenried, avec le puits du Tour, par lequel l'eau de la Gryonne tombait sur la roue ; à côté, le puits de Providence, qui franchit verticalement toute la hauteur du grand escalier, etc. On peut tout voir, ou choisir, à son gré. L'essentiel, une fois qu'on a monté les 735 marches, est de ne pas manquer l'exploitation du Coulât.
Les infatigables peuvent s'accorder le plaisir d'un nouvel escalier, qui conduit aux galeries supérieures du Fondement. Ils auront ainsi parcouru les trois étages de la mine, et auront fait sous terre, à partir du bas de l'escalier du Bouillet, une ascension de 830 pieds. Mais ce dernier escalier, auquel on atteint par une échelle, n'est pas trop engageant. Il faut se rési-
gner à l'humidité et à une grimpée pénible, dans un boyau étroit et bas, où il faut souvent se baisser et ramper presque autant que marcher. En chemin, ils rencontreront l'entrée de la galerie du Labyrinthe, où il ne s'agit pas de s'aventurer sans guide et sans plan.
Ceux à qui il prendra fantaisie d'essayer cette dernière expédition sortiront de la mine par la galerie supérieure du Fondement, clans un vallon pittoresque, à près d'une heure audessus de l'entrée du Bouillet. Mais la plupart des visiteurs, après avoir visité l'exploitation du Coulât , sortiront par la principale galerie du Fondement. Ils verront, en passant, un ancien réservoir, maintenant vide, pour les eaux soufrées. Deux ou trois cents pas plus loin, ils seront éblouis par la lumière du jour, dont l'œil a déjà perdu l'habitude, après quatre ou cinq heures passées sous terre, à la clarté rouge âtre des lampes fumeuses.
Les maisons du Coulât, en face desquelles on débouche, servent à loger le contre-maître de l'exploitation et le forgeron. La descente au Bouillet prend vingt-cinq à trente minutes. Le chemin est rapide et aurait besoin de réparations. Il serpente au bord du ravin de la Gryonne , à travers des bois d'aulnes et de sapins. Un autre chemin, beaucoup plus joli, prend à gauche, au haut de la grande descente. Il traverse des bois et des prairies , et offre de fort beaux points de vue sur la vallée du Rhône et les Alpes. Il va rejoindre, au bas du village de Fenalet, la route de Bex à Gryon, qu'on n'a qu'à suivre pour retourner au Bévieux. On peut en couper les principaux lacets par l'ancien chemin.
Notice géologique. — Les masses rocheuses dans lesquelles sont percées les galeries des salines de Bex , appartiennent à la formation du lias (terrains jurassiques inférieurs) caractérisé par de nombreux fossiles. Plus haut que le Coulât, sur les rocs qui bordent l'ancien chemin du Fondement, on trouve des bélemnites, l'ammonite de Buckland, des spinifères, etc. Les ammonites surtout abondent.
Le gypse est en grandes masses ; à l'extérieur, le gypse hydraté ; à l'intérieur, le gypse anhydre. Les mines de Bex fournissent les plus beaux cristaux de gypse que l'on connaisse.
La roche salée est toujours limitée et enfermée par l'anhydrite. Le sel est ordinairement répandu dans une couche de marne très dure et toute parsemée de rognons et de cailloux roulés. Ces boules, comme les appellent les mineurs, mettent souvent leur patience à l'épreuve. Plus rarement la pierre salée est mélangée avec l'anhydrite ; elle est alors de moitié moins riche.
On compte qu'un pied cube de roche salée ordinaire donne trente livres de sel, ce qui correspond, en poids, au 25 pour 100. Dans les mines du Tyrol analogues à celles de Bex, la proportion est souvent de 40 pour 100. Un pied cube d'eau salée, saturée à 26 pour 100, donne 17 livres de sel.
Outre le gypse et la marne salée, les galeries traversent encore de puissantes couches d'un calcaire plus ou moins argileux et de calcaire magnésien. Ces roches alternent assez régulièrement.
Entrée de la vallée de l'Avançon.