‹ Bible de l'humanitéChapitre 12 sur 24 · LE SHAH NAMEH. — LÀ FEMME FORTE · texte numérisé non relu

LE SHAH NAMEH. — LÀ FEMME FORTE

Cette sainte âme de la Perse, sous tous ces déluges barbares, s'était gardée, conservée dans la terre, comme une eau \ive qui coule fraîche et pure au fond obscur des canaux oubliés. Vers l'an 1000 (après J. C), un génie vint qui eut le sens, le culte des vieilles sources sacrées. Et toutes furent rouvertes pour lui, riches autant que jamais, murmurantes, éloquentes de choses antiques qu'on aurait crues perdues.

Je n'ai pas pris par caprice ou hasard cette comparaison des eaux. C'est que très-réellement ces eaux qui ont fait la contrée, firent aussi le poète. Elles furent la première inspiration de Firdousi.

Les eaux qui se cachent et se montrent, se per-

dent et se retrouvent , qui, quelque temps nocturnes, obscures, reviennent à la lumière dire en gazouillant : « Me voici ! » ce ne sont pas des personnes sans doute, mais elles ont l'air d'être des âmes, — des âmes qui furent ou qui seront, qui attendent l'organisation et la préparent. Un pays tout occupé d'elles, de leur évocation, de leur direction, de leurs départs, de leurs retours, fut mis par cela seul en voie de rêver l'âme, ses naissances et ses renaissances, d'espérer l'immortalité.

Firdousi naquit musulman. Son père avait un champ près d'une rivière et d'un canal à sec. L'enfant allait toujours rêver seul près du vieux canal. Cette ruine de l'ancienne Perse parlait assez dans son silence. Elle avait fait jadis la vie de la contrée. L'eau maintenant livrée à ses caprices, tantôt tarie, et tantôt débordante, en était souvent le fléau. L'ancien Paradis de l'Asie, le Jardin de l'arbre de vie, d'où coulaient les fleuves du ciel, santé, fraîcheur, fécondité, cette Perse qu'était-elle devenue? Le contraste était violent. Dans un seul canton très-petit, douze mille conduites d'eau l, dé- ; laissées, dégradées, restaient pour glorifier l'anti- ,| quité et pour accuser le présent. La torpeur et s l'orgueil faisaient mépriser aux, vainqueurs les

arts sacrés des temps Zoroastriques. Tout devenait j . déserts, sables salés, marais morbides. Telle terre, i tel homme. L'état de la famille était celui de la campagne. Dans la vie misérable du sérail musulman, elle était languissante} désolée et stérile.

Le genius lod parla, l'âme de la contrée s'éveilla chez l'enfant. Dans un vrai sentiment de Guèbre, un élan tout Zoroastrique , il dit à son canal : « Quand je serai grand, jeté ferai dans la rivière un barrage, une digue, et dès lors tu n'auras plus soif. »

De plus en plus uni à cette terre, il écoutait, ra- t massait, rédigeait toutes ses vieilles traditions, sans ■ s'arrêter à l'anathème qu'a lancé Mahomet contre le culte du feu. Dès seize ans, il se mit à les chanter, à les scander, à les consacrer par le rhythme. Mais, -; par un respect singulier, que n'ont guère les poètes, il se tenait fidèle aux vieux récits, qui lui venaient du fond des siècles. Son traducteur, M. Molh, dans sa belle introduction au Shah Nameh, observe qu'il ne flotte nullement au hasard de la fantaisie. « Ses fautes même, dit-il, prouvent qu'il suit une voie tracée dont il ne veut point s'écarter. » Et cela profite au poème. Ses figures ne sont point des ombres transparentes. Elles ont un caractère singulier de réalité* Qui a lu son Gustasp,

*-«l les ,

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comme un sacerdoce historique, leur était affecté. On les nommait Cultivateurs historiens. A cef foyer, le soir, portes fermées, la Perse revenait, . les vieilles ombres, les naïfs et sublimes dialogues d'Ormuzd et de Zoroastrc, les exploits deDscbem-, chid, de Gustasp et d'Isfendiar, le tablier du forgeron qui jadis sauva le pays.

C'étaient les mères surtout, on doit le croire, qui . perpétuaient, enseignaient la tradition. La femme, c'est la tradition elle-même. Plus lettrée en Perse qu'ailleurs, elle influait beaucoup dans ce pays. Elle était reine et maîtresse au foyer, et pour son fils un Dieu vivant. Le fils, devant la mère, ne pouvait pas s'asseoir. Les reines mères (comme Àm est ris, Parisatis) semblent avoir régné sous leurs fils. Dans l'Avesta, comme on a vu, l'ange de la Loi est une femme. L'âme du juste est exprimée 5 par le féminin Fravaschi. L'idéal de la pureté est/ non-seulement la fille enfant, la vierge, mais la chaste et fidèle épouse *.

* C'est un type anti-juif, anti-musulman. La femme chez les Juifs a fait la chute, et elle ne s'en relève pas. La femme arabe (voir Burkhardt, etc.), aventureuse, romanesque, circule de divorce en divorce. Chaque mari en est quitte en lui faisant don d'un chameau. — La fille et la femme perses sont au contraire l'objet d'un respect religieux, « Je prie, j'honore l'âme sainte des filles que l'on peut épouser : de la fille de prudence, de la fille de désir (qui désire dans la pureté), de la sainte qui fait le bien, de

son Roustem par exemple, les a vus face à face, et peut faire leur portrait.

Qui eût cru que cette œuvre immense et si puissante pût arriver plus tard,en des temps de malheurs, quand les flots de la barbarie passaient mobiles et violents? Comment, sur ce fonds trouble, roulerat-il le fleuve renouvelé des anciens jours? Peut-il être autrement que bourbeux, surchargé d'éléments variables, ou grossiers, ou subtils (autre signe de barbarie)? N'importe! qu'il est noble ce fleuve ! qu'il part de haut et de quelle forte pente ! Dans quelle grandeur il court, de quelle sublime volonté !

Un mystère est dessous qu'on ne nous a pas expliqué. Comment ce musulman, cet homme de la race conquérante, trouva-l-il au foyer des Parses une si étonnante confiance qu'ils lui livrèrent leur cœur, la tradition de la patrie? Il y fallut l'immense attraction d'un charmant cœur de poète, d'un homme-enfant, à qui on ne pouvait rien refuser. Possédé de l'ancienne Perse, soixante années durant, il en glorifia l'âme, et cette âme émue vint à lui.

Il se trouvait par grand bonheur que, partout, sous les conquérants, les chefs de famille indigènes gardaient, avec la vie patriarcale, le cher dépôt du vieux passé. Un nom même spécial,

comme un sacerdoce historique, leur était affecté. On les nommait Cultivateurs historiens. A ce) foyer, le soir, portes fermées, la Perse revenait, i les vieilles ombres, les naïfs et sublimes dialogues d'Ormuzd et de Zoroastre, les exploits deDschem-; chid, de Gustasp et d'Isfendiar, le tablier du forgeron qui jadis sauva le pays.

C'étaient les mères surtout, on doit le croire, quL perpétuaient, enseignaient la tradition. La femme, <\ c'est la tradition elle-même. Plus lettrée en Perse qu'ailleurs, elle influait beaucoup dans ce pays. Elle était reine et maîtresse au foyer, et pour son fils un Dieu vivant. Le fils, devant la mère, ne pouvait pas s'asseoir. Les reines mères (comme Amestris, Parisatis) semblent avoir régné sous leurs fils. Dans PAvesta, comme on a vu, l'ange de la Loi est une femme. L'âme du juste est exprimée 5 par le féminin Fravaschi. L'idéal de la pureté est non-seulement la fille enfant, la vierge, mais la chaste et fidèle épouse *. '

* C'est un type anti-juif, anti-musniman. La femme chez les Juifs a fait la chute, et elle ne s'en relève pas. La femme arabe (voir Burkhardt, etc.), aventureuse, romanesque, circule de divorce en divorce. Chaque mari en est quitte en lui faisant don d'un chameau. — La fille et la femme perses sont au contraire l'objet d'un respect religieux. « Je prie, j'honore l'âme sainte des filles que l'on peut épouser : de la fille de prudence, de la fille de désir (qui désire dans la pureté), de la sainte qui fait le bien, de

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Firdousi n'a nul souvenir de la femme musulmarie, vendue et achetée, captive. Il n'a peint que

V la femme perse. Les héroïnes, dans son livre fidèle

à la vraie tradition, sont d'une fierté, d'une grandeur antique. Si elles pèchent, ce n'est pas par faiblesse. Elles sont rudement fortes et vaillantes, d'initiative hardie, de fidélité héroïque. L'une d'elles, au lieu d'être enlevée, enlève son amant

la fille de lumière. » — La fiancée (celle du moins qui déjà n'est plus enfant) devra être consultée, consentir au mariage. Si, mariée, elle reste stérile, elle peut autoriser, introduire une seconde femme. — L'épouse doit être docile, chaque matin s'offrir au mari, lui dire par neuf fois: « Que veux-tu?» (Anquetil, Avesta, II, 561.) Il ne doit point la négliger, mais tous les neuf jours au moins il lui rendra ses devoirs. — La Perse n'a sur le mariage ni hésitation ni contradiction. Elle sent bien que, s'il est saint, tout ce qu'il impose est saint. La chaste et fidèle épouse qui suit, aime son devoir d'amour, pour cela n'en garde pas moins la suprême virginité d'âme. — « Le magicien, arrivant avec soixante-dix mille hommes, dit qu'il détruirait la ville si personne ne pouvait répondre à ses questions. Un Perse se présenta : < Dis-moi ce que la femme aime. — Ce qui lui plaît : c'est l'amour, le devoir du mariage. — Tu mens; ce qu'elle aime le plus, c'est d'être maîtresse de maison et d'avoir de beaux habits. — Je ne mens pas. Si vous doutez, demandez à votre femme. » — Le mécréant, qui avait épousé une dame de Perse, supposa qu'elle n'oserait dire la vérité. Il la fait venir, l'interroge. Elle reste silencieuse; mais enfin, forcée de parler, craignant de faire détruire la ville et d'aller elle-même en enfer, elle demanda un voile, se voila, parla ainsi : « 11 est vrai que la femme aime les habits et l'autorité de maîtresse de maison. Mais, sans l'union d'amour qu'elle a avec son mari, tout ce bien n'est plus que mal. » Le magicien, indigné de sa liberté courageuse, la tue. Son âme Ta au ciel, criant : t le suis pure 1 très-pure 1 »

endormi. Elles combattent avec leurs maris, affrontent tous les hasards. Parmi elles on voit déjà la Brunhild des Niebelungen, l'idéal de la forte vierge qui dompte l'homme, qui, la nuit des noces, lie, enchaîne son mari. Mais tout cela haut et pur. Point de mauvaise équivoque. Point d'imbroglio burlesque, obscène, comme celui que les Minnesinger ont mis dans cette fameuse nuit.

Ce qui est beaucoup plus beau qu'un si rude idéal de force, c'est l'héroïsme conjugal dont Fir-j dousi s'est complu à multiplier les modèles. Lai fille de l'empereur de Roum, persécutée par son père pour avoir épousé le héros Gustasp, est admirable pour lui. Elle partage ses souffrances, sa glorieuse pauvreté. La fille d'Afrasiah, le grand ennemi de la Perse, le roi de Touran, laquelle s'est donné pour mari un jeune héros persan, le défend, le nourrit, le sauve. Quand le cruel Afrasiah, pour prolonger ses douleurs, le scelle vivant sous une pierre, elle va quêtant pour lui. Noble image de dévouement que nulle histoire, nulle poésie n'a surpassé. A la longue, il est délivré. Sa glorieuse épouse le suit en Perse. Elle triomphe, est adorée,! portée sur le cœur du peuple.

Un hasard politique fut favorable à Firdousi. Un

chef intelligent, Mahmoud le Gazuevide, devenu maître de la Perse, crut que pour s'affranchir du calife de Bagdad il fallait faire appel au patriotisme local. Il lit un coup d'État étrange. Mahométan, il proscrivit l'idiome de Mahomet, défendit de parler jarabe, adopta la belle langue persane, mêlée de [tant de mots anciens. 11 fonda son nouvel empire sur cette idée de renaissance, voulut que sa langue persane reçût, renouvelât les souvenirs des héros. Mais pour lui donner le rhythme et le charme populaire, il fallait un chantre inspiré. Il trouva à

point Firdousi.

Son enthousiasme pour lui ne connut point de bornes. Il le nomma le poëte du paradis (c'est le sens du [mot Firdousi). Il voulait l'étouffer dans l'or. Firdousi refusa, ne voulant être payé qu'à la fin, pour construire sa digue, se retirer à son canal, et, vieux, voir sa terre natale rajeunie de fraiches eaux.

Mahmoud le logea chez lui-même, lui fit, dans ses jardins, un kiosque réservé où personne n'en* trait qu'Àyaz, favori du sultan. Dans ce pavillon, on avait peint sur les murs les batailles et les héros que célèbre le poëte. Firdousi, dans sa solitude, avait, outre les rossignols, un jeune ami, lettré, un petit musicien dont la grâce et le luth éveillaient son génie.

Dans le cours de ce long ouvrage qui devait remplir une vie, les choses changèrent étrangement. Mahmoud, n'ayant plus rien à craindre du côté de l'Occident, envahit l'Inde, dépouilla les pagodes, leurs trésors sacrés. Son fanatisme intéressé ouvrit, brisa des dieux pleins de diamants. Dans cette réaction musulmane, ses envieux eurent beau jeu contre lui. Mille bruits calomnieux coururent. Un jour il était schismatique, un jour guèbre, et enfin athée. Maître du palais, ils allaient jusqu'à l'oublier, l'affamer; ils négligeaient de le nourrir.

Firdousi avait soixante ans, et il avait perdu son soutien naturel, un fils âgé de trente-sept. Le travail et la vie pesaient. Il était loin encore d'avoir terminé son poëme. Dans ce moment de défaillance, il arrivait h la partie ardue et délicate, à l'époque où le héros Gustasp reçoit de Zoroastre,/ f ■ adopte le vieux culte et l'impose à toute la terre J Qu'allait faire le poète? Avouerait-il son respect i pour ce culte? Serait-il pour Gustasp et pour la \ Perse antique, au moment où son maître, le redouté Mahmoud, redevenait zélé musulman ? Cruel combat moral ! Il sentit sa captivité. Ce palais, ce kiosque, ces beaux jardins, qu'était-ce, sinon la cage en fer du pauvre chien mis près du lion ?

« L'ombre était noire comme jais. La nuit mar-

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chait, sans étoiles, dans un air qui semblait de rouille. Je sentais de tous côtés Ahrimane. A chaque soupir qu'il poussait, je le voyais comme un nègre affreux, qui souffle sur le noir charbon. Noir était le jardin, le ruisseau, le ciel immobile. Pas un oiseau, pas une bête. Nulle parole en bien ni en mal. Ni haut, ni bas, rien de distinct. Mon cœur, peu à peu, se serrait.

« Je me levai^descendis au jardin, et mon ami vint me trouver. Je lui demandai une lampe. U l'apporta, et des bougies, des oranges, des grenades, du vin, une coupe resplendissante . U but, I joua du luth. Un ange me fascinait, m'apaisait, » de la nuit me faisait le jour. — U me dit : « Bois I je lirai une histoire. — Oui, lui dis-je, mon svelte cyprès ! mon doux visage de lune I Conte-moi le bien et le mal que fait le ciel plein de contradictions*. . — Ecoute donc 1 Cette histoire, tu la mettras en vers, d'après le vieux livre pehlvi.»

La liqueur haïe du prophète et bénie de la Perse, le vin, lui raffermit le cœur. Ce chant est le meilleur du Shah Nameh, je crois. Il a beau assurer qu'il Ta pris au vieux Dakiki, son prédécesseur, poêle guèbre. U a beau soutenir que ce chant ne vaut rien. On ne l'en croira pas. Lui-même, l'ayant fini, laisse échapper ce mot de joie grave et profonde : «Voilà le monde et ses révolutions.

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L'empire n'est à personne : il flotte ; qui le tient, en est las... Ne sème pas le mal, autant que tu peux l'éviter. Mais prie le Seigneur, Dieu unique, de te laisser sur terre assez pour achever ce livre en ta belle langue. Puis, que le corps mortel retourne à la poussière 1 et que lame éloquente aille au saint Paradis ! »

Les zélés Musulmans rejetèrent Firdousi. Les? Parsis hautement le prirent pour un des leurs. ' Mahmoud, indisposé, dévot par avarice, se laissa donner l'indigne conseil de payer en argent ce qu'il avait promis de donner en or. Firdousi, alors au bain, vit arriver le favori Àyaz avec soixante mille pièces d'argent. Sans se plaindre, il en donna un tiers au messager, le second tiers an baigneur, et le reste à un esclave qui lui apporta i boire. Mahmoud était si furieux qu'il eût voulu le faire écraser par les éléphants. Firdousi l'apaisa quelque peu, mais prit son parti. Pauvre après tant d'années de travail inutile, avec le bâton de voyage, une mauvaise robe de derviche, il partit seul. Pas un ne lui fit la conduite, ne vint lui dire adieu. Il laissait à Ayaz un papier scellé qu'il devait ouvrir dans vingt jours, c'est-à-dire lorsque Firdousi serait déjà hors du royaume. On l'ouvre ; on trouve avec terreur une satire hardie où il dit à Mahmoud : « Fils d'esclave, as-to

oublié que moi aussi j'ai une épée qui perce, qui sait blesser, verser le sang? Ces vers que je te laisse, ce sera ton partage dans tous les siècles à venir. Là je couvrirai, sauverai cent hommes qui vaudront mieux que toi. »

C'était pourtant une terrible chose d'avoir un pareil ennemi qui le suivait, le réclamait, exigeait qu'on le livrât. L'infortuné vécut errant, déguisé, sous cette terreur. Il avait quatre-vingt-trois ans, quand Mahmoud, approchant lui-même de la mort et du Jugement, voulut expier, réparer. 11 lui envoya l'or promis. Cet or entra par une porte de la ville où Firdousi venait de mourir, précisément au moment où le convoi sortait par l'autre. Il fut offert à sa fille qui noblement refusa. Sa sœur l'accepta, mais seulement pour remplir son vœu d'enfance, exécuter sa volonté, bâtir avec cet or la digue qu'il avait promise au vieux canal et qui devait rendre au canton la vie et la fécondité.

c« Ceci est-ce une digression ? Un lecteur étourdi serait bien tenté de le dire. Eh bien, tout au contraire, c'est le fond du sujet, c'est l'âme. Cette âme de la Perse, évoquée primitivement par le mystère des eaux qui créa le pays, revient obstinément, trois mille ans après Zoroastre, et, contre toute

attente, elle avive l'esprit musulman, l'inonde de sa bonté féconde et de sa riche inspiration.

Le torrent des légendes, des sagas héroïques, [ avait toujours coulé par les voix populaires, mais couvert, obscurci du Magisme. Les rites, les purifications étaient au premier plan; l'histoire des héros au second. Il fallut la conquête et l'effacement du Magisme, pour que les musulmans euxmêmes, dans leur aridité, allassent chercher sous les ruines les cent mille canaux disparus de la vie héroïque, pour qu'un génie les réunit jdans son immense fleuve qui les porte à l'éternité.

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