LE COMBAT *>U BIEN ET BU MAL
qui lait le mal «a venir à comprendre la pureté <ê* cœur. Donne-iûai de wir le grand chef «des Barwaads, n'aimer plus que la sainteté, et dire à jamais k Parole» parmi les démons convertis ! »
* Je fats prière, honneur, hommage à la Loi pore 1 — Hommage au mont d'Ormuzd (d'où descendent les eaux sur I» terre) 1 — Hommage aux boas génies, et aux âmes des miens !* — Hommage à wtprvpre âme J »
Qui songe à honorer son âme, à la parer, à l'embeXir, en soi, pour soi, dans le for intérieur? Qui songe à la faire telle qu'elle soit l'image de la Loi, identique à la Loi, à ce point qu'elle n'obéisse qu'à ce qu'elle voulut elle-même ? — Cette idée, grande, austère, constitue le fonds de la Perse.
Nul orgueil. C'est le rapport naturel de la Liberté et de la Justice.
La Perse y va par vingt chemins divers» Elle en
déduit toute une morale. Citons quelques mots au hasard :
Zoroastre, dans sa sublime familiarité avec Ormuzd, lui demande : Quand fleurit l'empire des Démons , quand ils prospèrent, grandissent ? — « C'est quand tu fais le mal. »
Le mal n'est pas seulement le crime, mais tout ce qui atteint la virginale beauté de l'âme : indécence ou licence (même aux plaisirs permis), parole violente et colérique, etc. — Chose profonde ! entre les péchés graves qu'on n'avoue qu'avec honte, on note le péché du chagrin. S'attrister au delà de certaine mesure, laisser tomber son âme de sa fermeté d'homme et de sa dignité, c'est faire tort à l'état de beauté souveraine où cette âme à la fin doit planer, vierge aux ailes d'or (Fravaschi)1.
Plus cette idée de l'âme est haute, plus on est étonné, scandalisé, presque indigné, que cette vierge héroïque qu'on porte en soi, faiblisse, s'affaisse, s'abandonne, dans la maladie, dans la mort. Dés que la personnalité apparaît aussi fortement, arrive l'orage sombre des questions qui troublent le cœur . La mort ? qu'est-ce ? et que signifie ce départ qu'on fait malgré soi? Est-ce un voyage ? est-ce une faute, un péché, une punition?...
1 Mot féminin que nous traduisons grossièrement par le masculin Férouer.
Et quelle? Que souffre- 1- on? La pauvre âme là-bas trouvera-t-elle ce qu'elle avait ici, de quoi se nourrir, se vêtir? Le froid surtout, le froid inquiète. Sur les hauts plateaux de la Perse, il gèle (et très-fort) au mois d'août1. Profonde est l'inquiétude, profonde la pitié, l'affliction. Dans les Fêtes des morts qui viennent à la lin de l'année, pendant dix nuits on les entend qui se parlent entre eux, qui demandent l'habit, l'aliment, surtout le souvenir.
L'Inde védique fut moins embarrassée. Ce mort qui, des loisirs de la vie pastorale, a passé aux loisirs de la vie éternelle, qu'a-t-il voulu ? Faire un voyage libre, sans embarras, immense, dans le ciel, sur la terre ; il a voulu connaître les montagnes « et la variété des plantes ; » il a voulu connaître la profondeur des grandes ondes, mesurer les nuages et faire un tour dans le Soleil. C'est le Soleil même (Sûrya), père de la vie, qui engendra aussi la mesure de la vie, Yâma, ou la mort. — À vrai dire, point de mort — Yâma, c'est : la loi des êtres. Rien de sombre en ceci. Le voyageur, de temps à autre, peut, du grand empire d'Yâma, évoqué par les siens, venir voir sa maison.
Bans la Perse, c'est tout le contraire. La mort est
1 Le 17 août, dit Malcolm, j'avais un pouce de glace dans ma tente.
m mal positif. C& n'est nutteiaent un voyage. C'est UM dèfeit&, une déroute, la crutflAe victoire d'ÂJarU iiape. Le mort est un vaincu quête traître a frappé* qu'il verrait adjuger à la mii> aux ténèbres, tous» dn règne de la. luwèje .,
Ge perfide, qui hait la vie «t te triait, invente la paresse, le sommeil, l'hiver et tetwert
{fais m ne lui cédera pas. On ne se tient pas pour battu., L'âme fenwaine,. w ceroteaicey s<*w la morsure de la douleur, va grandir, créer et. & éteedre* dans un second royaume de luwÀèce outte-tombe, doubler l'e*nptfe. d'Oraitusd..* Voilà ta victoire, 6 Haudit L
ôael mot le plias souvent dit le mawraat, près d'ezjwvef ?; * De la lumière I Encore plus de lumière! *
Ge>vœu est iremipti, obéi* Qu'il seiait d«i\ crne\r dfcaaturé, po\*r répanse à ce: njot, de lui donner le. cachot du sépulcre et l'hoireur de. la nuit I C'est tout ee qu'il craignait. La mort, poar la plupart^ es( moins dure eu elle-même que* leouduâien de la»
lumière.
U ne> faut pas que tes vivant» disent m hypocritement : « Mais c'est par honneur qu'on l'enfouit, qu'on le cache dans les ténèbres... » Oh! non, non ^
L'AME AltÉE. 105
ceux qui vraiment aiment n'ont pas l'impatience d*wa si eiuel arrachement. L'amour ne peut croire à la mort. Longtemps, longtemps après, il a toujours des- douées. Il dit toujours : « Si c'était faux? »
La Perse ne cacbe point l'être- aine et ne te bannit point du jour. Ce ne sent point les; vivants qui 1q quittent, c'est Lui qui les quittera. Qu& la forme s'altère et change, la famille, intrépidement, accepte la nécessité dure, tout ce, qui viendra de cruel, tout, pourvu qu'on le voie encore.
On le, place* ce. mort* par-devant le soleil, sur la piçrre. élevée où les. bêtes ne monteront pas. Sans doute aussi son. chien1, son inséparable {gardien* qjii vivant le suivit toujours,, reste, encore près de lui et veille. Donc,, il peut,, ce vaillant d'Ormuzd,. cet homme de lumière qui toujours vécut d'elle, rester devant elle à son poste, la face découverte,, assuré, confiant.
Deux jours, trois jours, les siens en larmes sont autour et observent, épient. Tout va conformément au rituel de la? naftore. Le soleil adopte ter mort. De se& puissants rayei» doublés dans le miroir du marbre, il l'aspire, il l'attire, te fait monter à lui. A pêne en laisse4-il une vaine enveloppe, une om~
« Seul animal* sacré, fe seul qui, à sa#mort, ait Tes funérailles
bre si légère, que ses enfants, sa veuve, les cœurs les plus blessés, sont sûrs, bien sûrs qu'il n'est plus là...
Où donc est-il? Là-haut. Le soleil but le corps. L'oiseau du ciel a cueilli l'âme.
L'oiseau fut son ami. Toujours au labourage, il allait derrière lui en purgeant le sillon. Il suivait son troupeau, l'avertissait du temps, lui prédisait Forage. C'est l'augure, le prophète, le conseiller de l'homme. Dans le travail long, monotone, il l'occupe de sa mobilité. Autour du travailleur fixé sur son labour, il est comme un esprit léger, un autre moi plus libre qui va, vient, vole et cause. Rien d'étonnant s'il revenait le jour de deuil auprès du mort. Qu'à ce moment un rayon lumineux dorât l'oiseau qui reprenait son vol, le transfigurât dans le ciel, on s'écriait : « l'âme a passé! »
Savez-vous bien ce que c'est que la mort? Aux survivants, c'est une éducation, une initiation forte et définitive. On reçoit là la souveraine épreuve, la solennelle empreinte que gardera la vie. A ce
moment, le cœur est là navré, sans force, sans nerf ni consistance, comme un métal passif, amolli par le feu, qu'on va graver d'un signe. Un pesant
balancier tombe et frappe... la mort. Ce misérable cœur est marqué pour toujours.
Grande et terrible différence si c'est la mort vaillante qui s'est empreinte en lui, lui a donné sa noble image — ou la mort des terreurs, la mort des peurs servi les, peur de la nuit et peur du diable, peur d'être enfoui vivant. Oh ! que voilà un homme pâle et débilité au retour de telles funérailles ! bien préparé à mourir lâchement, à vivre d'une vie d'esclave!... Heureux sujet pour tout dominateur ! Les vampires, qui savent humer l'âme au moment du passage où elle est désarmée, sont au premier degré docteurs en lâcheté, préparateurs habiles pour livrer aux tyrans des générations évidées à qui l'on a volé le cœur.
L'âme voyageuse de l'Indien partait légère et sans terreur, n'en laissait pas aux siens. Et, plus d'un, curieux, eût voulu partir avec elle. L'âme courageuse du Perse, qui ne reculait pas, qui bravait encore Âhrimane qui, paisible devant le soleil, se confiait à la lumière (ayant toujours vécu pour elle), elle ne laissait pas, en s'en allant, aux siens ce pitoyable legs de peur et de servilité.
Que lui arrivait-il après, on le savait. Pendant trois jours, gardée des bons esprits, sauvée de l'assaut
des mauvais, rame incertaine vole awkwr du corps- Après la troisième nuit, eMe fait son pèlerinage. Encouragée par le soleil brillant, menée par les génies au sommet du menti Alboréj, elle voit devant elle le grand passage, le pont aigu de Tchi~ nevad. Mais le chien redoutable -qui garde les trou* peau» du ciel ne ^'oppose pas, à son passage. Une* ligure charmante, soyriantey se* tient au pont, une belle fille de lumière, « forte comme un corps de quinze ans, haute , excellente, ailée, pure, comme <$ qu'il y a de plus pur au monde. »
« Qui es-tu? 6 beauté!..... Jamais je n'ai vu rien de tel. » — « Mats, ami, je suis ta vie même, ta pure pensée, ton pur parler, ton activité pure et sainte. J'étais belle. Tu me fis très-belle. Voilà de quoi tant je rayonne, glorifiée devant Ormusd. » Il admire ému, il cha» celle... mais elle lui jette les bras au cou, elle l'enlève tendrement et le pose au trône d'or.
Elle et lui, désormais, c'est un, H s'est réuni ht lui-même, U a retrouvé soa vrai «wty soa âme, — non passagère, de misère et d'illusion, — une belle âme immuable et vraie,. -*•* libre surtout, ailée et qui nage au rayon, qui plane d'un vol d'aigle ou perce les trois mondes d'un vol foudroyant d'épervèer.
Pfcmr être juste envers la Perse, il feut noter Tans-
iêrité sublime où se maintint chez elle cette grande conception, de l'âme ailée, de Fange. Cet ange n'a rien des mollesses, du fantasque arbitraire qu'y ont i mêlés plus tard les âges bâtards. L'ange n'est pas ici le blond fils de la Grâce, un Gabriel, un discret confident avec qui Ton s'entend, qu'on espère attendrir et dont la spéciale indulgence peut vous dispenser d'être juste. La vierge ailée qui est l'ange de la Perse n'est que la justice même, elle est la Loi, la loi que! tu te fis, l'exacte expression de tes œuvres.
Grande poésie 1 mais de raison profonde! Et plus elle est sévère et sage, plus aussi elle est vraisemblable1. Elle fut pour la vie d'ici-bas la plus noble émancipation. D'avance on se trouva fièrement relevé, soulevé. On se sentit pousser les ailes. Et tout le monde d'en bas parut comme un commencement. Des mondes à l'infini s'ouvrirent, et des percées profondes dans l'infini du ciel. Par moments, sans nul doute, on les voit, mais si vives que la paupière en baisse... L'obscurité se fait à force de lumière. Et l'on reste muet, réjoui? attristé?
1 Le livre fort, ému, poignant, sur ce sujet, c'est V Immortalité de Duraesnil, sorti d'une situation, plein de mort, plein de vie. Elle y coule à pleins bords. C'est beaucoup plus qu'un livre ; c'est chose personnelle, écrite pro remedio animas.
Si quelque chose, en tout pays, fixe le laboureur sur son sillon, arrête la charrue, c'est de voir s'agiter au ciel le sublime et bizarre hiéroglyphe que dessine la lutte de l'oiseau, du serpent. Combat sauvage, souvent de deux blessés. Ce n'est pas sans subir la dent et le poison que l'oiseau, aigle, grue, cigogne, a pris le dangereux reptile. L'homme combat de cœur avec eux. La lutte est incertaine; parfois l'oiseau semble lâcher, défaillir aux vives secousses des convulsions de l' ennemi. Les zigzags aigus, violents, que l'éclair trace aux nues, le noir serpent tordu les décrit dans l'azur. Mais l'oiseau ne lâche pas prise. Ils montent. A peine on les distingue. L'aigle emporte sa proie
aux profondeurs du ciel, et disparaît dans la lumière.
L'oiseau très-proprement lui appartient, appartient à la Perse. Il salue le retour du jour. Il le cherche et le veut, autant que le serpent le fuit. ; La Perse admire, envie l'oiseau, aspire à sa libre i et haute vie. Dès la vie d'icf-îtos et sur le terrain de l'Asie, elle se reconnut dans l'aigle, — et dans ses ennemis de Touran^ d'Assyrie, elle vit et maudit le dragon.
Quoique souvent le mythe soit un fruit spontané de l'âme, très-indépendant de l'histoire, on est tenté de croire que chez le Perse positif, moins îmegroatif que te Grec et l'Hindou, le mythe couvre pm fond historique. I) ait que de l'Ouest (probablement de l'Assyrie) , il lui vint un fléau, linvasioB du monstre Zohak, qui avait aux épaules des serpents affamés de chair humaine. Cette Perse si fière, cet aigle, devint l'esclave du serpent. Elle eut r comme la Judée, ses serntndes, et plus cruelles» L'Assyrie, selon Daniel, cachait a» fond des temples, adorait le dragon vivant.
Sur fEuphrate ou le Gange, au Ni), et plus encore dans la Guinée bouillante d'humide ehaleur, aux pays que l'insecte par moments rend inhabitables, l'ami est le serpent. L'insecte est si terrible <p»e devant lui le chameau, l'éléphant, fuient d'un
bout de l'Afrique à l'autre. Le chasseur d'insectes est béni. II amène la paix et la fertilité. Il est fin, \ avisé et sage. Mais pour entendre ce qu'il dit, il faut la fine oreille de la femme. Les nègres de Guinée qui n'ont pas plus changé que l'Afrique ellemême, font (depuis dix mille ans peut-être ou davantage) le mariage annuel de la femme et du serpent. La fille qu'on lui donne en devient folle et prophétise. De là tout un monde de fables, en Grèce, en Judée et partout, sur les séductions du serpent, ses amours odieuses, qui parfois éclairent l'avenir, en ouvrent les mystères, et parfois donnent un fils divin1.
Le point de vue est tout à fait contraire dans les . pays secs, élevé3, comme sont les hautes plaines de la Perse où l'insecte est plus rare. Là le serpent est l'ennemi. Même craintif et humble , blotti l l'hiver dans un coin de l'étable, sans défense, il fait peur, horreur. Ses ondulations, ses replis, ses étranges changements de peau, sa froide écaille, tout répugne, inquiète. Entre les animaux, on le croirait le traître. Aujourd'hui engourdi , demain sifflant et furieux, il effraye au delà de son pouvoir réel. En tout ce qui fait peur on retrouve sa forme. Dans la nue, le serpent de feu,
1 V. les textes réunis par Schwarlz, Ursprung der Mythologie.
qui, dardé d'en haut, brise et tue. Au torrent, Pécumeux dragon, imprévu, lancé par l'orage, qui fond de la montagne, et roule tout à coup les blés, les vergers, les troupeaux.
On peut juger l'horreur qu'eut la Perse de subir le fangeux empire du Dieu rampant, son mortel dégoût pour les fables obscènes du monde noir , des peuples souillés d'Assyrie, sur la puis ■ sance impure, la fascination du serpent. Le désespoir fut comblé par les tributs d'enfants qu'engloutissait le monstre au gouffre insatiable de l'infamie babylonique. Dans ce peuple agricole et simple, l'homme fort était un forgeron. Son grossier tablier de cuir fut le glorieux étendard de la délivrance. De son puissant marteau de fer, le dragon, brisé sur l'enclume, eut beau se tordre et se retordre, la queue aiguë, la tête hideuse, les anneaux dispersés1, ne se sont plus rejoints jamais.
L'Assyrie se desserre ; elle a deux têtes : Ninive etBabylone. Et la Perse, au contraire, se serre. Ses tribus sont un peuple, c'est le peuple du feu,
1 La Perse a, trois nv lie ans, quatre mille ans, chanté son forgeron. Elle a fait honneur au travail, et n'en a point rougi. Dans le grand poëme de ses traditions nationales, Guslasp, son héro?t qui s'en va voir l'empire de Rome, se trouve sans ressources. Dans cette Babylone d'ouest, qu'eût fait Roland? Qu'eût fait Achille, Ajax? Gustasp n'est pas embarrassé. Il s'offre, se propose à un forgeron. Mais trop grande est sa force. Du premier coup il fend l'enclume en deux.
un incendie en marche, qui veut épurer tout, tout conquérir à la lumière. On sent bien ce nouveiV esprit dans une prière à Hôma, véritable coup de fanfare qui sonne la conquête religieuse, la propagande puritaine, épurative et brise-idoles où ce peuple est bientôt lancé.
« Hôma d'or, donne-moi l'énergie, la victoire. Donne-moi d'aller fort et joyeux, de marcher sur les mondes, triomphant de la haine et frappant le cruel... De vaincre la haine de tous, haine des hommes, haine des Dèves, des démons sourds, des meurtriers bipèdes, des loups à quatre pattes, de l'armée aux grandes bandes qui courent et volent... »*
On sent que le monde est changé. Cette Perse est trop forte. Elle va déborder. Les purs, les pacifiques, pour la défense ont pris l'épée. Ils ont *k\ pris l'unité de guerre. Le premier Âmschapand devenu le roi du ciel, Ormuzd, contre le roi des nèbres Ahrimane. On a fait un roi de la terre, qui relie les tribus, semble le grand Férouer de la Perse, son âme brillante. Cette âme ailée vole à la guerre. Elle s'en va marcher sur les mondes, purifier l'Asie I de son épée de feu.
Babylone l'impie, son dragon-dieu, ne l'arrêtera
1 Eug. Burnouf, Journal asiatique, août 1845, t. IV, 148; Études, 241.
pas. Elle ira vers l'Egypte, plongera aux peuples noirs d'Afrique, ennemis-nés de la lumière. Elle menace le pâle Occident. Pour arrêter sa sauvage colère et ce génie de flamme, il ne faudra pas moins que Salamine.
j a L'histoire s'est mise en marche, » dit Quinet. "On le sent sur les bas-reliefs de Persépolis où les Perses vainqueurs apparaissent en longues files d'hommes. On entend le bruit de leurs pas. Mais celte revue est muette. Ils passent, et n'ont rien dit. Ce peuple de lumière nous reste obscur en son histoire.
Son monument de l'Àvesta, un simple recueil de prières, un rituel, est comme un amas de débris, restes d'un grand naufrage.
Supposez qu'un livre de nos offices, messe et vêpres, intervertis, survive à l'extinction du christianisme avec les mélanges confus (juif, grec, romain, chrétien) de religions, de sociétés diverses qu'offrent de telles compilations, — cela ne ressemblerait pas mal à l'Avesta. Le magisme médique et j chaldéen y trouble à chaque instant le véritable esprit de l'Iran primitif.
C'est pourtant là la source principale. Le reste
L'AIGLE ET LE SERPENT. Ifé
est accessoire. Les Juifs, disciples de la Perse, les Grecs ses ennemis,, n'offrent que des renseignements subsidiaires. Les derniers ne voient la Perse qu'en un confus mélange chaldéen, lui imputant' souvent ou la gloire ou la honte, la science, la corruption de Babylone son ennemie.
Celte Babylone Pavait-elle engloutie? s'était-elle noyée, perdue dans l'immensité de sa conquête? Conquise à son tour , humiliée par le fort génie grec et par Alexandre le Grand, ne s'était-elle pas abjurée, abandonnée elle-même? on aurait pu le croire, quand, sous les Sassanides, elle se retrouva immuable en sa foi, plus zoroastrique que jamais. Et la chute des Sassanides, et les conquêtes successives n'y firent rien, n y purent rien. Elle resta , sous tout empire, l'âme sainte et l'identité de l'Asie, se survivant et dans ses fils directs, les pauvres et honnêtes Guèbres ou Parsis, mais surtout, mais, bien plus dans son ascendant indirect sur les Musul-I mans, ses vainqueurs, sur les innombrables tribusJ les'sultans et les dynasties de toute race qui pas saicnt. Durant peu, les barbares eurent cependan assez de temps pour rendre hommage à cette âm supérieure, honorer sa tradition, s'en pénétrer et' se l'incorporer. Les Turcomans venus du Nord, lesi Arabes venus du Midi laissent leurs contes et leurs légendes sur le seuil de la Perse, comme le pèlerin
respectueux dépose sa chaussure au seuil de la mosquée. Ils entrent, prennent la grande âme antique, ses chants et ses poèmes. Ils ne chantent que le Shah Nameh.