‹ Bible de l'humanitéChapitre 14 sur 24 · RAPPORT INTIME DE L'INDE · texte numérisé non relu

RAPPORT INTIME DE L'INDE

« Et la parole le soutient,» dit la Perse. «L'homme veille, et son verbe incessamment évoque, perpétue la flamme de vie. »

« Feu ravi du ciel même, et malgré Jupiter, » ajoute l'audacieuse Grèce. « Ce flambeau de la vie, que nous nous passons en courant, un génie l'alluma et le remit à l'homme pour en faire jaillir l'art, se faire créateur, héros, dieu. Durs travaux !.. Il n'importe. Captif en Prométhée, il remonte au ciel en Hercule. »

Voilà l'identité réelle des trois frères, leur âme commune, voilée dans les premiers, et, dans le dernier, éclatante.

Mais quelle que fût Tunité intérieure, il était | essentiel aux libertés du genre humain qu'elle ne fût aperçue que tard, que l'Asie déjà vieille (cinq cents ans avant Jésus -Christ) n'étouffât pas la Grèce, que la Perse, altérée par [le mélange chaldéen, ne lui imposât ce chaos. Elle lui arrivait dans le cortège impur de Babylone, du Moloch phénicien, de la fangeuse Anaïtis, dont Artaxerce, près de l'autel du Feu, dressa partout l'indigne autel.

Le grand événement de ce globe incomparablement c'est la victoire de Salamine, la victoire éler-

nelle de l'Europe sur l'Asie. Fait de portée immense, devant lequel tout disparaît. Nous lisons, relisons, sans nous lasser jamais. Platée, Marathon, Salamine, toujours avec ravissement, avec le même élan de joie. Non sans cause. C'est notre naissance.

« Nous nous levons alors, » comme dit le Cid. C'est l'ère d'où part l'esprit européen, — disons l'esprit humain, dans sa liberté souveraine, dans sa force d'invention et de critique, — esprit sauveur du monde : sa victoire sur l'Asie assura la lumière dont fut éclairée l'Asie même.

La Grèce si petite a fait plus que tous les empires. Avec ses œuvres immortelles, elle a donné l'art qui les fît, Fart surtout de création, d'éducation, qui fait les. hommes. Elle est (c'est son grand nom) le peuple éducateur.

Telle y fut la force de vie que, deux mille ans après, après le long âge de plomb, il suffit dune ombre légère, d'un lointain reflet de la Grèce pour faire la Renaissance. Que restait-il? un rien. Ce rien mit tout dans l'ombre, subordonna, éclipsa tout.

Il fallait peu. Quelques fragments épars, des feuillets vermoulus, quelque tronc de statue, sont tirés de la terre... L'humanité frémit... Des deux mains elle embrasse le marbre mutilé !... Elle s'est retrouvée elle-même.

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