‹ Bible de l'humanitéChapitre 5 sur 24 · LA PERSE · texte numérisé non relu

LA PERSE

La Perse n'a point de caste. Tous sont égaux chez elle au point de vue religieux1- Tous également

Il s'agit de la Perse primitive. Les textes, quoique confus, laissent pourtant distinguer trois âges, le patriarcal, celui où le prêtre apparaît, enfin l'âge où le magisme médo-chaldéen se greffe sur la Perse. — Les mages ne furent pas proprement une caste, mais une tribu. Le magisme ne s'organise guère qu'après la conquête de Babylone. — Les Grecs n'ont connu la Perse que dans cet âge tardif et fort mêlé. Je suis uniquement YAvesta, en ce qu'il y a de plus antique. Je me tiens au plus près de Burnouf, de son Yacna, et de ses Études, où il rectifie souvent Anquetil.

Ses fécondes conversations m'ont soutenu aussi. Je ne crois pas avoir nulle part dévié de cet esprit. — Les travaux récents de l'Allemagne, de MM. Hang, Spiegel, etc., ont été admirablement résumés par M. Michel Nicolas, Revue germanique, t. vu et vin.

sont et s'appellent les purs. Chacun, pontife en sa maison, officie et prie pour les siens.

La Perse>n'a point de temples, point de cérémonies, de culte que la prière et la parole. Point de mythologie. Nulle poésie imaginative. Tout vrai, positif, grave et fort. L'énergie dans la sainteté. / Notez une vigueur précoce de sagesse et de bon /sens. Le Feu n'est plus un dieu, mais un symbole, l'esprit bienveillant du foyer.

L'animal est, non pas glorifié, mais aimé, bien traité et magnanimement, selon son rang dans la maison, sa place dans l'échelle des âmes. / La loi, simple, humaine entre toutes, que la Perse a laissée — que rien n'a surpassée, loi vivante toujours, et qui reste toujours la voie de l'avenir — c'est ï agriculture héreiquej le courageux effort du Bien contre le Mal, la vie. de pure lumière dans le Travail et la Justice.

De là une morale d'homme et de travailleur, — uoa d'oisif, de brahme ou de moine, — uft&jBfig,itfe> non d'abstention et de rêverie, mais active, d'énergie féconde. Elle est toute en ceci : Sois pur pour être fort. Sois fort pour être créateur.

Dès minuit, le feu pâlissant s'inquiète, réveille le chef de famille,, dit ; « Lève-toi, mets tes habits,

LA. TERRE, ft'AMRl WE VIE. M

lave tes maônsy apporte le bob pur qui me ferai

briller. Autrement les mauvais esprits poormenf se glisser et i» éteindre. »

Il ae lève, pread ses vêtements,, et il ranime le fenr hii dorme sa neurrrtare. Ea maison resplendit S4 les rôdeurs, les esprits des ténèbres errent déguisés en chacal, en couleuvre, ils feront kiem de s'éloigner. Le brillant esprit du foyer veille, et près de loi son hôte, qui déjà anticipe l'aube,, médite les travaux du matin. Le pur, Y irréprochable ! feu le garde,. lui, sa maison, son âme, ne permet-* tast q;uÊ de sages, fortes et courageuses pensées.

Quelles? Disons-les d'un mot :

Rends à tous ce qui est leur droit. Donne aoil ^ Feu, à la Terre l'aliment légitime. Fais justice à la plante, au taureau, au cheval. Ne sois pas ingrat pour le chien, et prends garde que la vaehe ne mugisse contre toi.

La Tesre a droit à la semence. IfégHgéer elle maudit, fécondée remercie. « A l'homme, qui l'aura remuée de gauche à droite et de droite à gauche, elle dira : « Que tes champs portent tout ce qui est heu à manger ; que tes villages, nom» breux, soient aboadants en tous biens, w AThoame qui ne la remue pas de gauche à droite et de droite à gauche, elle (fit : « Que les mets purs soient foin de toi, et que le démon te tourmente ! Puisse

champ, pour nourriture, ne te donner que des frayeurs! »

« Honneur, hommage à la Terre ! la Terre, la sainte femelle qui porte l'homme ! Elle exige les bonnes œuvres. — Hommage aux sources Àrdonisour, qui font que les femelles pures conçoivent pour enfanter ! »

Des bonnes œuvres la première est de désaltérer la terre, de lui venir en aide, d'y ramener sans } cesse la vie et la fraîcheur. C'est la créer en quelque sorte. La Perse n'est pas, comme l'Egypte, un don du NiP. Ses torrents passent, et la laissent altérée. La terre se meurt, se fend. Il faut chercher les eaux. Il faut les deviner. Il faut les évoquer du fond obscur de la montagne, les amener à la lumière. C'est le rôve de l'homme, et le paradis de ses songes. La voir jaillir du roc, sourdre du sable aride, la voir, fraîche et légère, courir, gazouiller, murmurer...

Il se relève encore, il dit : « Je prie, invoque toutes les eaux. Sources qui, du fond de la terre, montez et bouillonnez! Beaux canaux nourrissants ! Moelleuse eau limpide, douce eau courante,

1 Les pluies ne sont ni fortes, ni fréquentes. Peu ou point de rivières navigables. Déserts salés. Peu d'arbres ou plutôt des buissons. Malcolm, Eut. oflhePersia, t. I, p. 45.

qui multipliez l'arbre, et qui purifiez le désir... Soyez bonne, el coulez pour nous ! »

L'aube est venue. L'homme se lève, et du fer (la courte épée ou bien le fort poignard qu'on voit aux monuments), devant le soleil ami, il ouvre et fouille la Terre, lui fait la salutaire blessure. Dans la profondeur du sillon il verse la bonne semence.

Tous les purs sont avec l'homme. L'aigle, l'épervier le saluent à leur premier cri du jour. Le chien le suit et l'escorte. Le cheval joyeux hennit. Le fort taureau, de bon cœur, tire la charrue et souffle. La terre fume ; sa vivante haleine répond de sa fécondité. Tous d'accord. Tous savent que l'homme est juste et travaille pour eux.

Il est la conscience commune. Il sent qu'il fait l'œuvre haute qui, en nourrissant le corps et le faisant communier des forces de la nature, doit aussi soutenir l'âme. Il dit avec un positif qui pourtant n'est pas sans grandeur, il dit avec un bon sens rude et fort qui va au but : « Si Ton mange, on écoutera mieux la parole sacrée. Si l'on ne mange, on sera sans force pour les œuvres pures. Si l'on a faim, point de robustes enfants, point de vaillants laboureurs. Tel qu'il existe, ce monde n'existe / que par la nourriture. » '

Puis, s'exaltant par l'effort, le travail persévé-

8* LA TEIIB, L'ARDUE DE YIB.

ranfc, pur son courage plus grand devant le soleil

qui monte, il se dit : « Laboure et sème! Qui sème

N5 avec pureté accomplit toute la Loi... Celui qui donne

i à la Terre du grain fort est aussi grand que s'il avait

fait dix mille sacrifices. »

Et la Terre lui répend : « Oui !» — En quelle langue? En la sienne propre. Elle répond en grains dorés tous les ans. Ayez patience, donnez-lui quelques années : elle répond de plus en plus par un être nouveau, puissant, robuste et qui grandit toujours. 11 est déjà de taille d'homme, et, à la saison qui suit, le voiUt plus haut que l'homme. Biche, abondant, reconnaissant, il lui tend ses branches et ses feuilles, lui offre à midi la chose désirée, le bienfait de l'ombre, une protection tutélaire contre le ciel embrasé, l'abri et la vie sans doute. Mais le soleil descead un peu. L'homme avant de reprendre le travail, se tourne vers son bienfaiteur, et dit : « Saint* arbre de vie ! »

« Il est venu de la terre... Mais moi, d'où suis-je venu? De mon père. Mais le premier père?... » À cette question profonde, qui occupe sa rêverie sur le sillon muet du soir, il répond par les deux forces qu'il connaît : force de jeunesse, dans F arbre, toujours renouvelé ; — force d'action, de travail, dans son compagnon, le taureau. Si l'homme fort ne vient du taureau, peut-êtro il est ne de l'ar-

LA TEftftE, E'ARBRE BE VII. 89

bre- Celui-ci qui vît si kmgteMpa, n'est-il p» la vie ^ d'autrefois, et la \ie de Ta venir? bjref„la vie, Fini* \ mortelle vk?... L'Arbre, c'est l'immortalité.

Son nom sacré, c'est Hôraa. — Non, le Séoaa lé* g/er de riçdey la plante tombée du ciel, qui,, pétillant dans le Feu, remonle joyeuse au ciel et s'en va. nourrir les dieux. Celui-ci,, le robuste ttôma, solidement fondé dans la terre* est L'immortel arbre du, vie, le fort* Pour être fort aussi, l' homme doit manger ses pommes d'or. Ou bien, les broyant^ il en tire le jus puissant, la liqueur « qui ne|} l'âme en bon chemin. » Et ne vous figurez po% que ce soit pure allégorie. On dit et redit dans 1% Loi que Hôma est mangé,, veut l'être, que lui-même, incline ses branches pour qu'on mange ses fruits, d'or1.

Ce sont les. héros de la Perse qui les. premiers de , leurs glorieuses mains broyeni et font fermenter", f Hèmau fiés lors, éeumeux,, frémissant T il se fair ?~ entendre,, il parle, il. ferait parler Les ptarra» Il est la Parole même.

Miracle suprême! chez un peuple de gnavibé silenciettse, dont la langue cyclopéenme, informe cl avare de mots, est, si l'on ose le dire, un idiome de muets*. Le laboureur quir tout le jpur» sur son

1 Eug. Burnouf, Études, p. 231 (8» 1850).

* Cette langue, le zend, singulièrement frustre, semWe* parler

sillon derrière ses bœufs et le soir fatigué, repose, a besoin de peu de paroles. Autant l'Hindou, à la langue fluide, a affiné son sanscrit, autant la Perse a conservé, par le respect, par le silence, son vieux zend. Si ce muet parle, c'est Hôma qui parle en lui.

Parole et lumière sont deux mots identiques

dans la primitive langue sacrée1. Et ce n'est pas

sans raison. La lumière est pour ainsi dire le verbe

de la nature. Et la parole à son tour est la lumière

de l'esprit. L'univers écoute et répond. Un éter-

, nel dialogue se fait de la nature à l'âme. Si l'âme

i ne traduisait, n'illuminait ce que dit l'autre, cette

1 nature incomprise, obscure, serait comme n'étant

pas.

La lumière-parole (Hôma) est le soutien de l'existence. Incessamment elle l'évoque. Elle nomme, £ U un à un, tous les êtres, pour leur assurer la vie. * Tout nom est une incantation pour éveiller, susciter celui qui pourrait s'endormir, retomber dans le néant.

Une telle foi met l'homme bien haut. Que ce chef de famille, levé en pleine nuit, quand la

en silex, s'écrire en poignards, en fers de flèches, en coins, en clous. De là le nom de ses caractères antiques, les caractères cunéiformes.

* Burnouf, Yaçna, 214.

femme et l'enfant dorment, prononce, par-devant le Feu, les mots qui vivifient le monde, — en vérité cela est grand. Quelle sera la gravité, la sainteté de celui qui se sent si nécessaire à l'existence universelle! Dans le silence de minuit, seul, il se sent en accord avec toutes les tribus des purs, qui à cette heure disent aussi la même parole de vie.

Point de caste, point de mages, point de royauté encore. Le père, dans chaque maison, est roi-mage. Il est bien plus, le conservateur des êtres, le sauveur de toute vie. La puissance extraordinaire que Flnde donne à un richi, au grand roi Viçvâmitra, ici la voilà dans tous, dans le moindre laboureur. Celui qui, le matin, par la main et le soc, engendre dans la terre, la nuit par la Parole, crée encore, engendre le monde dont la vie incertaine est suspendue à sa prière.

LE COMBAT DU BIEN ET fitf MAL. - LE PARDON

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