‹ Bible de l'humanitéChapitre 7 sur 24 · LE COMBAT DU BIEN ET DU MAL · texte numérisé non relu

LE COMBAT DU BIEN ET DU MAL

quées de la terre, il faut, dans ce climat, leur conserver la nuit, les garder abritées par des canaux secrets, une circulation souterraine de travail inflni qui fait du laboureur un mineur et un constructeur.

Et tout cela fait, rien n'est fait. Il surgit l'enfant délicat, le blé faible, d'un vert si tendre. Il échappe du sein protecteur, se trahit, et se voit environné d'ennemis. Cent plantes robustes et mauvaises sont là pour l'étouffer, si la main paternelle ne vient leur faire la guerre. Cent bêtes dévorantes arrivent, des monstres qu'on ne peut repousser. Quels? non des lions, des tigres, — de paisibles troupeaux.

C'est le pasteur surtout qui, pour le laboureur, est le maudit. C'est contre lui que le champ est gardé. Le sombre travailleur, du poignard, trace autour la limite prolectrice. Il la creuse, et c'est un fossé. Il la plante, et c'est une haie. Il la borne, y enfonce le pieu, la pierre; que dis-je? sa parole et sa malédiction. Malheur à qui la passera !

I Guerre éternelle qu'on retrouve partout. C'est ] elle qui fit le divorce de l'Hindou védique et du / Perse, de l'Aryâ pasteur, de l'Aryâ cultivateur. Le y pasteur trouve odieuse, injuste l'appropriation . Il rit des bornes, des fossés. Ses bétes, malicieusement,

se font un jeu de les franchir. La chèvre blesse la haie. La vache y passe à l'étourdie. La douce bre- i bis, en cherchant sa petite vie innocemment, ra§ej*^t'4 le blé qui pointait, ce blé sacré, cette chère espérance où l'agriculteur a son âme. Il faut qu'il le garde, son blé. De plus en plus rêveur et sombre, dans ces bêtes malfaisantes qui mangent moins qu'elles ne détruisent, il croit voir, il maudit les agents des mauvais esprits, l'armée de la méchanceté, « du caprice hors de sens, » les jeux pervers de la magie1.

L'Hindou partit vers l'Est. Mais du Nord un bien autre voisin se révéla, l'affreux pasteur tartare, l'informe chaos des Mongols, démons centaures dont les petits chevaux, d'un instinct diabolique, font partout du champ la prairie. C'est l'empire maudit de Touran, éternel ennemi d'Iran ou de la Perse. Ces noirs sorciers (voyez le Shah Nameh) vont, viennent, comme la chauve-souris ou l'insecte nocturne qui gâte et détruit, disparaît. Fixe et

1 Le mobile Indra des pasteurs, qui là-haut se joue des orages, ie dieu guerrier, dont le sourire est l'éclair, qui, pour rafraîchir la prairie, lance les eaux qui couchent les blés mûrs, semble à l'agriculteur un cruel magicien. Il en fait le démon Andra, pour lequel il ne tarde pas à créer un enfer. Les Daevas ou dieux de l'Hindou, deviennent tous ainsi des démons. Les Perses s'appellent

9» LE COKBAT BU BiBft 1T M MAL.

Lourd, an contraire, des fanges de YEuphrate, vient et revkai set coucher sur Iran i' immonde dragon Assyrie», le monstrueux reptile qu'adorait Babylone {Daniel) , et qui* disent les Perses, ne vivait que de chair humaine.

De longs siècles, des milliers d'années qui se passèrent datas ces luttes cruelles, donnèrent au peuple travailleur,, d'esprit très-positif* une étrange poésie.

U &éle*a à sa conception souveraine, le combat * constant de deux mondes. D'une part, le saint D royaume d'Iran, le monde du Bien, le jardin de l'arbre de vie, le Paradis (mot qui veut dire jardin) K t :i — et le vague monde barbare, du Mal et du caprice injuste. — Tout apparut peuplé d'Esprits contraires. Entre les steppes rudes où sifflent les démons du nord, et tes déserts de sable que brûlent les démons, du midi, la Perse se jugea avec raison la terre bénie de travail, d'ordre et de Justice.

Et cela n'est pas un vain mota un jeu de fantaisie.

eux-mêmes Vi-Deeras (ennemis; des Déves). Aux misions <te «s Dèves, qui sont des esprits moqueurs, on répond par ces dérisions (qBtsembtaiâ un chant populaire) :. « Les Deme» quand le champ piradatt, sifflent {fit font umbèant éa rire). Quand poussent les plantes, ils toussent ; quand le efeaurae s'élève, ils pleurent ;, quand 1* forêt des épis se presse, iâs prennent la fuite... Aux maisons pfeiae» d'épis,, ka Datas- sont Budewent. flagellés (sous le fléau

LE PARBON DÉFINITIF. 91

C'est un ferme propos, une résolution dêtre juste- On a parfois de ces moments. Un écrivain célèbre (Montesquieu) dit qu'une fois un vif élan de conscience lui vint, qu'il eut une envie forte et décidée c d'être honnête homme,. » C'est précisément ce moment qu'est la Perse dans l'humanité : une résolution d'être juste.

Juste d'abord contre soi-même, contre le vice propre au laboureur, l'économie sordide, juste dans la maison pour l'humble serviteur qni ne se défend pas, l'animal par exemple. « Les trois purs se plaignent de l'homme injuste qui n'en a pas soin. La plante le maudit : a Sois sans enfant, toi qui ne me donnes pas la bonne chœe qui me plaît (l'eau). « Le cheval dit : « N'attends pas que je t'aime et sois ton ami, quand tu me monteras, toi qui ne me donnes pas la nourriture et la force pour paraître avec honneur dans l'assemblée de la tribut » La vache dit : « Maudit sois-tu, toi qui ne [ me rends pas heureuse, qui ne veux que m'en- 1 graisser pour ta femme et ton enfant1. »

Mais ces trois serviteurs sont de la maison même. Qu'il est plus difficile d'être juste hors de la maison I de l'être autour de soi avec des voisins disputeurs, pour les limites, etc. Notez que la vie de la Perse

1 Anquetil, Avessa, t. I, partie II, avec corrections d'Eug. Burnouf, Études, p. 406 (8°, 4850).

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