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LE COCUAGE BIBLIQUE GREC ET ROMAIN

Ilseraitcurieux,dansune étude bibliographique,

historique et littéraire, de suivre messer Cocuage, à travers les siècles, depuis l’origine du monde

jusqu’à nos jours, dans ses faits et gestes: Gesta

amoris per cornua. Je dis les faits et gestes de Amour par les cornes, parce que Cocuage et Cupidon ne font à mon avis qu’un seul et même Dieu. Seulement Dieu malin et frondeur, les flé-

ches dont il a frappé l’amant et la femme, il les

brise sur le front du mari et les cache sous son bandeau. Que de surprises comiques et navrantes sortiraient de ce voile protecteur, si un instant il en soulevait l’étoffe indiscrète ! La moitié de l’espêce humaine pleurerait sur l’autre ou s’en moquerait.

Sous toute facétie, il n’y a pas qu’un rire, le propre de l’homme, affirme Rabelais, il y a une leçon et une morale. Le rire, de sa nature, est

vrai, bon, honnête et sain, il instruit, il console, il corrige, il égaie, mais il ne pervertit pas :

donc, le’ rire malhonnèête est l’exception. Cette étude cocualienne cacherait sous son costume d’arlequin plus d’un enseignement : elle appren-

on par d’ illustres exemples, à l’homme qu'il ne doit point rougir des faiblesses honteuses et

: : ni. de sa femme, et à la femme qu’elle déshonore l’amour en sacrifiant à un amant ce

qui est dû à un mari, souvent plus beau, plus intelligent, plus vertueux que son indigne rival. La plaisanterie est une façon ingénieuse et gaie de parler du cœur humain, c’est le langage spirituel d’une passion. Croyez-vous que sous la plaisanterie fine, spirituelle, mordante, excentri- que et original ‘de Rabelais, de Montaigne, de Villon, de Marot, de Reonier, de Pascal, de

* Molicre, de La Fontaine... il n'y a pas une

morale aussi autorisée, un enseignement aussi fécond et aussi salutaire que dans un Bourdaloue froid et compassé, ou que dans un Massillon trop fleuri? Le théâtre, où Molière flagelle mes ridicules sous le fouet impitoyable de son ironie, m'instruit et me corrige autant que la chaire, du

. haut de laquelle Bossuet écrase et anéantit ma

raison, sans convaincre mon cœur. Bossuet, dans un ouvrage sur les cornes ? Pourquoi pas ! Con- fesseur austère, mais néanmoins assez courtisan d’une cour aussi galante que celle de Louis XIV,

ila reçu trop de confidences. jaunes, pour se ficher de coudoyer, dans notre brochure, Mo- lière ét tant d’autres. Au reste, pourquoi craindre

de dire que Bossuet, prêtre, a pu broyer sous sa logique implacable la luxure, la jalousie, la vo- lupté, Padultére, mais qu’il n’a pu trouver dans ses souffrances intimes, dans son 7101 trompé, dans

son cœur émietté par la jalousie, cette plaisan- > terie House et magistrale ui fait tellement

CAE

AR

rire dans Molière sur les He et les do. 5 frances d’un jaloux, qu’on pleurerait, Son à l’osait ? Il y a des larmes et des vraies sous cette plaisanterie éloquente, qu’il n’a si bien mamiée que parce qu’il était malheur eux. Molière, amoureux satisfait, mari aimé, n’eut jamais valu Molicre, jaloux trompé, cocu désespéré. Les fai- blesses de la Béjart ont, peut-être, plus fait pour la gloire de l’inimitable comédien que tout son

énie.

qu'on pourrait tirer des cornes He

savamment traitées, cela nous suffit ; à d’autres

de faire mieux, Un moineau ne prend + graine qu’autant qu’en tient son bec, c'est notre-cas;

nous ne touchons qu’ aux cornes que nous pou-

vons atteindre.

Voltaire, à qui on demandait à quelle pote en avait dû naître Cocuage, répondit fort spirituel-

lement : quinze jours après le mariage. Malgré

mon admiration pour son talent, j en doute, et

mon doute me vient de. l’autorité de cette Bible

qu’il a si souvent et si cruellement combattue et.

réfutée. La Genèse, en effet, dès ses premières pages, ouvre cette longue histoire des infortunes

conjugales. Il n'y avait, dans le paradis, qu'un homme et qu’une femme, deux dans la même

chair, et Cocuage pourtant, sous la forme peu séduisante d’un serpent, trouve le moyen de

persuader Eve et de tromper Adam. Que d’en-

seignements et que de menaces dans la faiblesse

de cette première femme, la mére des autres, dans la victoire si facile et si complète d'u un ser-

Cette passade Jittéfaire prouve tout le parti — sement et.

ee pent c et : dans le malheur si peu mérité de ce pr e- -mier homme, Adam, le plus beau des hommes!

Après un exemple biblique aussi solennel, ce qui Sn étonne, ce n’est pas qu’il y ait tant de COCUS, * çest qu Le n’y en ait pas bu Aussi le second Adam, le restaurateur de l'espèce hu- maine, le réparateur de la faute du premier, s’est = bien gardé de se marier. Il redoutait tellement = la femme qu’il resta vierge. Je le demande aux — théologiens, cés graves. régulateurs des Opéra- … tions mœæchialogiques, que füt-il arrivé dans l’éco- nomie divine de la rédemption, si Jésus s’était marié, s’il avait eu des enfants et si surtout sa … femme Jui avait donné le droit d’être admis dans Les: 3 jaune ? Cela vaut bien l’importante questic qu’ils ont soulevée de savoir si Marie, tout en restant vierge, a pu jouir dans la conception de son fils, des bénéfices de la maternité, en un mot Si le Saint-Esprit a traité la vierge en hom- me ou en dieu. Je ne parle pas de Saint-Joseph, je lui fais remise du jaune en faveur de l’heureuse faute, Felix Culpa, dont l’a honoré son rival divin. ‘Un trompé élevé aussi haut par une 7 RROeie aussi sacrée mérite tous nos respects. Avant l’ére chrétienne, la femme n'étant sou- vent que Pesclave de l’homme, toujours son inférieure et jamais sa compagne, le maitre ne ne songeait point à rougir de ses faiblesses : il pou- vait, sans craindre le ridicule, se taire, punir ou pardonner. Ce progrès, le ridicule et la honte, . était réservé aux siècles de lumière et de civilisation. Il fallait devenir la moitié de sa femme pour acquérir le droit de jouir de toute la honte de ses

faiblesses et de ses vices; il fallait l’élever jusqu’ à nous, pour qu’elle nous abaissa j jusqu’à l’humilation de rougir de ses indignes complaisances. Nous l'avons faite libre et respectée, la compagne de notre vie, la mère de nos enfants; elle. nous à fait malheureux et ridicules, compagnons forcés d’un inconnu préféré et pères d’enfants… étrangers. :

Voilà bien de tes coups aveugles et de tes contradictions injustes, sotte badauderie de tous les temps et de tous les pays; tu punis, de tes sarcasmes et de tes quolibets, l’innocent de la faute du coupable! Un mari a été trompé, trahi dans ses affections, sali dans ses rêves d’amour, frappé dans son orgueil d’honnête homme: tant mieux, il mérite toutes nos risées, c’est un sot!... Un voleur prend à un ennemi, son bœuf, son cheval ou son chien, tu le plains, et au besoin tu l’aides; il prend sa femme à ton ami le meilleur, tu en ris... Pourquoi cette cruelle inconséquence, ou plutôt ce déraillement intellectuel ?

Qu'en sait-on? par égoïsme, de peur et souvent pour rien, pour le plaisir de rire, et pourtant sous les cornes d’un mari il y a presque toujours une injustice, un malheur et souvent de cruelles souffrances. ;

La Bible ne nous raconte que les complaisances conjugales d? Abraham et de Sara, d’Isaac et de Rébecca et les violences adultères de David, non pas que la nation juive se privât de ces licences voluptueuses, mais la facilité de prendre plusieurs : femmes et l’obligation d’en prendre même plus qu’on ne voulait, puisque la loi hébraïque impo-

“sait de ne avec la veuve de son frère, et de 5 Sr donner des enfants, enlevaient à la passion son amorce la plus vive: l’envie et le désir de la 2 ne femme d’un autre. On ne convoite que ce qu'on PR : n’a pas, où RÉ mais rarement Gé AU ONVATENLe 0 re “trop. | :

Les comiques et les satiriques grecs et Lune nes dans leurs ouvrages, peu ou presque nie pas d’allusions plaisantes et caustiques contre les ORDRE infortunes conjugales des maris. Ces auteurs ES cherchaient plus haut leurs inspirations ; ils auraient rougi de faire rire aux dépens d’un innocent, et de placer sur un front injustement humilié les emblèmes des passions de la femme. Tacite se - n’a eu besoin que d’un mot vengeur et immor- Ré tel: Lassata sed non satiata, pour clouer une impé- Re ratrice impure dans ses Annales et en faire une flétrie impérissable. Il à mis tant de boue sur le ice nom de Messaline, que ce nom est devenu une : ‘insulte historique; mais il n'a jamais songé à es associer à cette honte, le faible empereur qui partageait avec elle sa couronne. Il a rendu à la NE femme de César ce qui était à la femme de César: Fes = son impudicité immonde. La solidarité de la et faute doit peser sur la femme et non sur l’homme; me = Par pari refertur : ses faiblesses déshonorent son 2 FT TES La sexe et non le nôtre | Rs ##e:.-Donc,- dans dla littérature ancienne, moins quelques piqûres d’Aristophane, quelques bou- tades de Ménandre, de Plaute et de Térence et : quelques épigrammes de Martial, on ne trouve aucun morceau important et sérieux sur les ; cornes. Ce n'est qu’ a partir .de l’ére nouvelle, \ . i

Ga ci : ; Er Re SA

‘de cette. époque de l'émancipation cou :

de la femme, que. la littérature qu’on pourrait nommer religieuse, s'occupe des maris pour les — plaisanter sur les DER galantes d € leurs. ee femmes. FR de

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