INTRODUCTION. VII
l'espère, de passeport près des bibliographes. Si l’on est surpris
de trouver dans cette bibliographie des pièces de théâtre et des
ouvrages mystiques, dont j'aurais pu et peut-être dû augmenter : les citations, qu'on réfléchisse à ceci : de même qu’il n’y a pas
de feu sans fumée, il n’y a pas d'ouvrages mystiques et de pièces
de théâtre sans amour. S'il y a exception, elle confirme la
règle, voilà tout. L'amour le plus dangereux n’est pas cet enfant malin, effronté, et un peu polisson parfois, qni se montre dans les coulisses et joue sur la scène; on le connaît, on sait ce qu’il peut faire, on s’en défie, en un mot il ne frappe que des avertis. Mais l’amour ascète, l’amour ermite, cet autre enfant à l’œil baissé, au costume sévère, au langage divin, qui, au lieu de flèches et de carquois, porte agnus, chapelets, disciplines et reliques, peut-on s’en défier? Quel langage pourtant! Quelles ardeurs! x
Mais la fin, dit-on, sanctifie les moyens; or, comme Dieu est la fin de cet amour mystique, qu'importe que les moyens soient très humains? Qu'importe! Le mysticisme, pour nous, n’est qu’un leurre clérical, pour tromper ou amuser la passion humaine aux dépens de Dieu. Vous avez beau comprimer les appétits du cœur, ils s’échappent toujours par quelque coin et de n'importe quelle façon : la religieuse aura toujours un saint préféré, et le religieux une sainte adorée qu'ils accableront de leurs déclarations les plus ardentes, qu’ils brûleront de la passion la plus folle. Le mysticisme n'est qu’une galanterie religieuse
déguisée, la manifestation souvent bouffonne et indécente de
rêves hystériques surexcités par l’isolement, les privations et
les fustigations corporelles.
L'Histoire des flagellants, par l’abbé Boileau, espèce de traité chirurgical sur les disciplines et leurs effets, éclairera sur ce sujet ceux qui auraient des doutes. Si nous pouvions étendre les limites de cet ouvrage, nous prouverions, en comparant le texte des œuvres les plus licencieuses avec celui des mystiques
ordinaires, que ce sont les mêmes expressions, les mêmes pen-
sées, la même allure et surtout la même crudité dans la passion ; nous dirions aussi qu'il est reconnu que le libertin, épuisé par ses excès, lassatus sed non satiatus, demande à des souffrances physiques, à des fustigations charnelles, un reste de vigueur perdu, et que le moine, que la religieuse, épuisés par les jeûnes